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Crédit : Photo courtoisie, USA Hockey

Repêchage 2020 de la LNH

Thomas Bordeleau poursuit la tradition familiale

Kevin Dubé

Publié | Mis à jour

Il y a tout d’abord eu Paulin Bordeleau, qui a disputé trois saisons dans la Ligue nationale de hockey avec les Canucks de Vancouver entre 1973 et 1976, puis ce fut au tour de son fils Sébastien de jouer dans la LNH entre 1995 et 2002. 

Mercredi, les Sharks de San Jose ont offert à la troisième génération de cette famille de hockey une chance de suivre la lignée familiale en mettant la main sur Thomas Bordeleau, avec le 38e choix de la deuxième ronde. 

Bordeleau, qui possède les nationalités canadienne et américaine, a passé sa saison de repêchage au sein du programme national de développement américain des moins de 18 ans et s’apprête à faire ses débuts avec les Wolverines de l’Université du Michigan, qui, en théorie, devraient débuter leur saison le 15 novembre. Il était toutefois de retour à Montréal pour un voyage éclair, mercredi, lui qui tenait à vivre ce moment spécial avec sa famille.

«Ç’a été une longue épopée et j’ai été très chanceux de compter sur mon père et mon grand-père au cours de mon développement. Ils m’ont beaucoup aidé et je leur dois beaucoup. Mon père m’a beaucoup aidé à travailler sur mon jeu et j’ai eu la chance d’être dirigé par mon grand-père au niveau midget AAA. Ce qu’ils m’ont enseigné m’a permis d’être où je suis aujourd’hui.»

Joint au téléphone quelques minutes après la sélection de son fils, Sébastien Bordeleau avouait être soulagé que ce très long processus soit terminé pour Thomas.

Encore du chemin à faire

«La pression tombe. On est vraiment content et très fier. Thomas, comme tous les jeunes du programme américain, ont vécu plusieurs déceptions l’an dernier. Leur travail des deux dernières années devait se compléter avec le championnat mondial des moins de 18 ans, mais il a été annulé. Ensuite, ç’a été autour du repêchage. Finalement, on y est. C’est vraiment cool et je suis content pour lui», a-t-il mentionné, ajoutant que l’organisation des Sharks leur avait révélé qu’ils étaient passés près de le sélectionner avec le 31e choix au total de la première ronde lundi. Ils avaient plutôt opté pour l’attaquant canadien Ozzy Wiesblatt.

Ce n’était qu’une question de temps avant que Thomas ne rejoigne son père et son grand-père en tant que choix d’une équipe de la Ligue nationale. Le jeune hockeyeur de 5 pi 9 po et 179 lb veut maintenant faire honneur à la famille.

«Ce serait incroyable. Ce n’est pas tous les jours que tu as la chance de vivre cette expérience. C’est une fierté que je porte avec moi. J’ai hâte de voir ce que le futur me réserve», a-t-il mentionné.

Son père le sait pertinemment, toutefois : le travail ne fait que commencer.

«C’est très spécial de savoir que les trois générations pourraient avoir joué dans la LNH, a mentionné celui qui avait été le choix de troisième ronde du Canadien en 1993. Par contre, il n’a pas encore atteint son objectif, alors on s’en reparlera à ce moment. Néanmoins, c’est une belle étape pour lui. Il repart déjà demain matin (aujourd’hui) pour le camp du Mondial junior. Il devra faire sa place en tant que joueur de 18 ans. Ce sera une autre étape, mais je ne suis pas inquiet pour sa progression. C’est un jeune travaillant et passionné», a mentionné celui qui est l’entraîneur du développement des attaquants des Predators de Nashville.

Si Thomas Bordeleau a battu le rang de sélection de son père, hier, c’est le grand-père qui détient toujours la marque du Bordeleau repêché le plus hâtivement. En 1973, il avait été le 19e choix au total, par les Canucks de Vancouver.

Déménager à San Jose, ou dans n’importe quelle ville de la LNH, ne devrait pas être un problème pour Bordeleau, qui s’est promené aux quatre coins de l’Occident depuis sa naissance. Né à Houston en 2001, alors que son père évoluait avec les Aeros de la Ligue américaine, il a déménagé quelques mois plus tard en Suisse, où Sébastien a joué 10 saisons en Ligue nationale A. C’est là qu’il a fait ses premiers pas dans le

hockey. La famille Bordeleau est revenue au Québec en 2012 et Thomas a poursuivi son cheminement, des rangs pee-wee à midget AAA, ici. Détenant sa citoyenneté américaine, il a par la suite opté pour le programme national américain.

«Je me considère comme un citoyen du monde. Mon parcours n’a certainement pas été typique, mais pour moi, il a été incroyable», a-t-il lancé.

Et il est loin d’être terminé.

Une glissade qui motive Jérémie Poirier

Le défenseur québécois Jérémie Poirier divisait chez les recruteurs de la LNH, et on en a eu la preuve tangible hier. Considéré par certains comme un espoir de premier tour, l’arrière des Sea Dogs de Saint-Jean a finalement dû patienter jusqu’au milieu de la troisième ronde avant que les Flames de Calgary ne mettent fin à l’attente.

Poirier faisait partie des espoirs les plus polarisants de la cuvée 2020. Si son instinct offensif et ses habiletés individuelles ne mentent pas, plusieurs recruteurs se demandaient s’il serait en mesure de défendre dans la LNH.

C’est assurément ce qui l’a fait glisser jusqu’au 72e rang.

«Je me sens extrêmement bien, a-t-il assuré lorsque joint au bout du fil. Le stress est enfin parti et j’ai enfin la chance de me prouver avec une équipe qui croit en moi. C’est un sentiment incroyable.»

Poirier n’a pas caché s’être fait des attentes en vue de la première ronde d’hier et on peut le comprendre puisqu’il figurait au 18e rang chez les patineurs nord-américains sur la liste finale de la centrale de recrutement de la LNH.

Mais tout ça est derrière lui. Maintenant, il compte prouver que les Flames ont réalisé un vol au troisième tour.

«Il y avait beaucoup de gens des médias qui m’avaient [placé] plus haut, mais, en bout de ligne, ce n’est pas eux qui font les choix. J’ai peut-être glissé au repêchage, mais c’est relatif. Dans quelques années, on verra bien. Ça me sert de motivation pour prouver aux équipes qu’ils ont pris la mauvaise décision et que les Flames ont fait le bon choix.»

Tout pour ajouter à cette journée un peu bizarre : Poirier n’a même pas eu la chance de vivre le moment le plus important de sa jeune carrière de hockeyeur avec sa famille. Les frontières entre le Québec et le Nouveau-Brunswick étant fermés, il a regardé les deux jours du repêchage depuis sa famille de pension à Saint-Jean.

«C’était assez particulier, mais dès que j’ai été repêché, j’ai pu parler à mes parents par FaceTime.»

L’exemple Giordano

Poirier sait qu’il a encore du chemin à faire avant de jouer dans la LNH. À Calgary, il aura l’occasion de côtoyer un gagnant du trophée Norris en Mark Giordano.

«C’est une chance incroyable de pouvoir côtoyer des gars comme ça qui ont gagné le trophée Norris et qui font partie des meilleurs défenseurs de la LNH. Ça va être le fun de pouvoir profiter des conseils d’un vétéran comme lui. C’est une très bonne chose pour moi.»

Par ailleurs, 19 joueurs de la LHJMQ ont trouvé preneurs lors des sept rondes du repêchage, dont neuf Québécois. Quatre autres hockeyeurs de la province ont été sélectionnés, soit Thomas Bordeleau (San Jose), Jacob Perreault (Anaheim), Lucas Mercuri (Caroline) et Devon Levi (Floride).