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Quand Bernier avait ramené Davies à l'ordre

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Ayant tout juste lancé un livre qui retrace son parcours, le Québécois Patrice Bernier est réellement passé maître dans l’art de raconter des histoires. Avec le récent triomphe du Canadien Alphonso Davies à la Ligue des champions de l’UEFA, dans l’uniforme du Bayern Munich, il semble mordre encore davantage dans une anecdote qui remonte à quelques années.

Bernier, le vétéran, avait été sollicité pour partager la même chambre d’hôtel que le jeune Davies, à l’époque âgé de 16 ans, pendant un camp de l’équipe nationale canadienne. Pourtant, à titre de capitaine de la sélection, l’ex-joueur de l’Impact avait normalement droit au privilège de loger seul. Sans faire des chichis, Bernier avait naturellement accepté la proposition de l’entraîneur Octavio Zambrano de prendre Davies sous son aile.

«L’équipe voulait qu’il soit avec un vétéran, se souvient Bernier, avant de livrer l’anecdote. C’était en juin 2017, Alphonso était mon cochambreur pendant le camp de l’équipe nationale. On restait à l’hôtel Sheraton, à Laval, en vue d’un match amical contre Curaçao au stade Saputo. Lors de la première soirée, Alphonso devait arriver directement de Vancouver. J’avais décidé de l’attendre pour l’accueillir, mais il était rendu tard et je suis allé me coucher.»

«Il devait être aux alentours de minuit quand Alphonso rentre finalement dans la chambre, de poursuivre Bernier, un brin amusé. Il ouvre les lumières et là, je me dis qu’il va faire ses affaires rapidement et qu’il va se coucher, mais les lumières ne s’éteignent jamais. [...] Un moment donné, je me retourne et je lui dis, mais en anglais: "Hé le jeune, tu n’es pas tout seul!" Alphonso était là, au coin de son lit, à regarder son téléphone ou à jouer à un jeu.»

Encore aujourd’hui, Bernier ignore si Davies n’avait simplement pas pris conscience que le vétéran était là ou s’il avait simplement pris un peu trop son temps avant d’éteindre les lumières.

«Le reste du camp, ç’a bien été», résume celui qui est maintenant adjoint de l’entraîneur Thierry Henry chez l’Impact.

La fin de l’enfant rêveur

Environ trois ans plus tard, Bernier se réjouit évidemment des récents succès de Davies. D’abord pour le jeune, mais aussi pour la santé du soccer canadien.

«Ça prend des moments pour créer des rêves et un jeune Canadien qui, à 19 ans, gagne la Ligue des champions avec un club prestigieux comme le Bayern Munich, c’est un très beau moment, qualifie Bernier. Si je suis un jeune dans un pays où le hockey est habituellement roi et que j’observe Davies accomplir ça, c’est un stimulant.»

Son livre intitulé «Maître de son destin», publié aux Éditions de l’Homme sous la plume de Mathias Brunet, pourrait assurément avoir un effet semblable. Bernier y raconte sa propre carrière sportive au cours de laquelle il a préféré le soccer au hockey, non sans un intéressant passage dans la Ligue de hockey junior majeur du Québec.

«Ç’a eu quelque chose de thérapeutique et ça vient un peu fermer la porte de cet enfant rêveur que j’étais», estime Bernier, à propos de la publication du bouquin.

Une question d’attitude

Aujourd’hui, l’histoire de Bernier tout comme celle de Davies qui commence à s’écrire ne peuvent que contribuer à faire rêver d’autres enfants.

«C’est un très bon jeune, beaucoup de gens parlent de ses habiletés et c’est vrai qu’il est talentueux, mais moi, ce qui m’a marqué dès le départ, c’est son attitude, vient conclure Bernier, qui a vite oublié la lumière laissée allumée. Alphonso est un gars toujours positif et il est à l’écoute. T’as beau avoir tout le talent du monde, mais si tu n’as pas la bonne attitude, tu ne réussiras pas.»

Bernier est bien placé pour le savoir.