Louis Jean

Le «Coaches Café», l’idée lumineuse de Jon Goyens

Le «Coaches Café», l’idée lumineuse de Jon Goyens

Louis Jean

Publié 29 août
Mis à jour 29 août

Au cours de la dernière année, Jon Goyens aura vécu une montagne russe d’émotions. À l’âge de 42 ans, il a réalisé son rêve de devenir entraîneur-chef dans la LHJMQ se joignant au Drakkar de Baie-Comeau. 

Loin de sa famille, Goyens a dû composer avec son fils qui a eu une frousse médicale, le décès de son père et la pandémie qui a mis fin abruptement à la saison. Samedi, il devait prendre le chemin vers la Côte-Nord pour le début du camp d’entraînement.  

Mais ce ne sera pas le cas. Goyens a plutôt décidé de rester auprès de sa famille.

«C’est la décision la plus difficile que j’aie eu à prendre dans ma vie, m’a-t-il confié en entrevue. Je n’ai jamais démissionné d’un travail auparavant, mais pour des raisons personnelles je devais rester auprès de mon épouse Elara et de mon fils, Henri.»

Jamais Goyens ne se doutait qu’il ne serait pas derrière le banc du Drakkar cette saison. Aujourd’hui, il est sans travail et sans revenu. Mais tous ceux qui le connaissent savent qu’il est un coach dans l’âme. 

«Aujourd’hui, c’est un pas en arrière pour en faire deux bientôt par en avant», a observé Benoit Groulx, l’entraîneur-chef du Crunch de Syracuse dans la ligue américaine de hockey.

La naissance du «Coaches Café» 

Au cours des derniers mois, Groulx et Goyens ont souvent parlé et échangé sur la vie, mais surtout sur le hockey. C’est que pendant la pandémie, Goyens a créé un forum pour les entraîneurs. Ce moment de rencontre et discussion a commencé tout bonnement et a pris une ampleur inimaginable.

«Après deux semaines à la maison, je commençais à trouver le temps long, a-t-il expliqué. J’ai contacté mon ami Jim Montgomery (ancien entraîneur des Stars de Dallas) et je lui ai demandé s’il avait le goût de faire des discussions en ligne. J’ai immédiatement pensé à Benoit Groulx qui est un mentor pour moi et m’a invité à participer aux camps du Crunch comme entraîneur-invité dans le passé. Lors de la première rencontre, nous étions huit. Rod Brind’Amour (Hurricanes), DJ Smith (Sénateurs) ont Gordie Dwyer ont immédiatement embarqué et il y a eu un effet boule de neige.»

Et c’est ainsi que le «Coaches Café» a vu le jour. 

La liste de participants est impressionnante. Mike Babcock, Barry Trotz, Scotty Bowman, Ken Hitchcock, John Hynes, Jeff Blashill et Jacques Lemaire, pour ne nommer qu’eux, étaient des réguliers lors des discussions en ligne. Dix-huit entraîneurs-chefs actuels ou passés dans la LNH ont participé aux rencontres et une dizaine de la ligue américaine. Plusieurs femmes ont aussi participé aux discussions.

«Jamais je ne me serais attendu à cela, a lancé Goyens. Le but c’était de faire une rencontre par semaine, mais tout le monde en redemandait. Nous avons commencé avec huit entraîneurs et au terme de notre 49ieme rencontre, il y a avait 108 entraîneurs de tous les niveaux qui s’étaient joints à nous.»

Les lundi, mercredi et vendredi à 11 h étaient les moments que les coachs attendaient avec impatience. Trois ou quatre entraîneurs différents faisaient une présentation sur un sujet prédéterminé. Il y a aussi eu un Navy Seal qui a fait une présentation marquante et un entraîneur de la NFL qui a parlé de son approche. Ensuite, place à la discussion, aux débats et aux échanges d’idées.

«Je ne connaissais pas Jon avant le "Coaches café". En fait, je ne connaissais pas la plupart des entraîneurs, m’a affirmé Ken Hitchcock lorsque joint au téléphone. Un ami m’a texté pour me demander si je voulais participer à ce forum de discussions. J’ai tellement apprécié et aimé cela, que j’avais hâte à la prochaine vidéoconférence. J’ai été surpris à quel point j’ai appris des choses.»

«Pour moi, avoir l’occasion de pouvoir entendre et discuter avec Trotz, Babcock, nomme-les, a été une expérience très enrichissante, soutient Groulx. De voir aussi le point de vue des meilleurs coachs de la NCAA, j’ai l’impression que pendant les cinq derniers mois j’ai fait un retour à l’école et j’ai pu apprendre davantage sur le hockey.»

Parmi les sujets abordés, il y a eu l’utilisation des statistiques avancées, comment gérer un banc, le stress relié au travail, etc. Mais concrètement, que retiennent Hitchcock et Groulx?

«Ce qui m’a le plus impressionné, a dit Hitchcock, est l’attention que portent les jeunes entraîneurs sur les aspects qui n’ont rien à voir avec la stratégie ou le plan de match. La "game" est entre de bonnes mains avec la prochaine génération d’entraîneurs. Ils portent beaucoup d’attention sur le respect et sur la santé mentale de leurs joueurs. J’ai trouvé qu’il y a beaucoup d’entraîneurs qui n’évoluent pas dans la LNH qui font preuve d’une grande maturité sur comment composer avec les joueurs.»

Groulx abonde dans le même sens. 

«J’avais déjà cette conviction, mais nos discussions ont réaffirmé que le message, la communication sont plus importants que les X et les O, a-t-il indiqué. Une équipe ne gagne pas avec les X et les O. C’est la chimie, l’attitude, la culture, la collaboration entre joueurs et les coachs et la relation avec la direction qui font la plus grande différence. Ç’a été très stimulant.»

Goyens impressionne 

Aux yeux des deux entraîneurs d’expérience, la première étoile de ces rencontres semble est nul autre que l’instigateur lui-même. 

«Jon était non seulement celui qui a tout coordonné, mais il était aussi la voix de la raison, avance Hitchcock. J’ai beaucoup appris sur sa façon de composer avec les jeunes joueurs. Cela m’a fasciné. Il était très allumé sur le hockey d’aujourd’hui et n’avait pas peur de se prononcer sur les sujets malgré le fait qu’il y avait des coachs avance des feuilles de route très impressionnantes qui participaient au forums.»

«Je connaissais très bien Jon auparavant, mais il m’a montré un autre côté de lui lors des cinq derniers mois, a avoué Groulx. C’est un gars proactif, ingénieux et il va toujours au fond des choses. Il a montré à tout le monde que c’est un gars intelligent, organisé, il a beaucoup de ressources, il est "sharp". Je l’ai écouté avec la même attention que Brind’Amour, Babcock, parce qu’il a des idées.»

Qu’adviendra-t-il du «Coaches Café» ?

«Nous allons probablement essayer de faire une 50ieme rencontre avant la finale de la Coupe Stanley, a indiqué Goyens. Il y a un intérêt de poursuivre les visioconférences pendant la saison morte. Déjà le sujet de la bulle ou de la nouvelle réalité dans le monde du sport risque d’être le thème abordé. Est-ce que le forum pourrait continuer une fois par mois en saison? On verra, mais une chose est certaine, nous voulons développer davantage un programme de mentorat pour donner des outils à la relève.»

Avec la forte impression qu’il a laissée auprès d’entraîneurs influents dans le monde du hockey, il y a fort à parier que le «Coaches Café» n’en est qu’à ses premiers balbutiements, mais surtout que Goyens ne restera sur les lignes de côté longtemps.