Crédit : Dominic Chan / Agence QMI

Repêchage 2020 de la LNH

Le premier Québécois depuis Louis Leblanc?

Publié | Mis à jour

Pressenti pour être sélectionné au premier tour, Mavrik Bourque est l’un des espoirs les plus prometteurs du prochain repêchage de la Ligue nationale. Mais il est aussi, comme le Québécois typique, un gros fan de hockey.

Si bien que, lorsque Bourque regardait les Canadiens de Montréal affronter les Penguins de Pittsburgh lors de la ronde de qualification, cela n’avait même pas effleuré son esprit que le dénouement de la série pourrait changer son destin.          

Maintenant que le CH a été éliminé au premier tour par les Flyers de Philadelphie, on sait qu’il repêchera au 16e rang. Et le nom de Bourque est soudainement très populaire dans les discussions autour de ce choix. La dernière fois que le Tricolore a repêché un Québécois au premier tour, c'était en 2009 - Louis Leblanc s'était avancé sur le podium sous les acclamations de la foule à Montréal.

«Honnêtement, pendant que ça jouait, je ne pensais pas tant à ça, a avoué le joueur de centre des Cataractes de Shawinigan lors d’un entretien avec le TVASports.ca. Je pensais plus au fait que, si les Canadiens gagnaient, les Penguins auraient leur boule dans la loterie pour avoir le premier choix [et Alexis Lafrenière]. C’est en tant que fan que je voyais cette série-là.» 

Du hockey, Bourque en mange. «Je te dirais que, pas mal chaque soir qu’il y en a, je l’écoute.»

Oui, il le fait en tant que partisan, par obsession pour son sport, mais aussi pour devenir un meilleur joueur. Il y a un éternel débat dans le monde du hockey : le sens du jeu, la vision du jeu, est-ce inné? Est-ce que cet instinct peut être développé? 

Pour Mavrik Bourque, tout peut sembler facile sur la patinoire. Il voit le jeu comme peu de joueurs en sont capables. Beaucoup de séquences ont défilé devant ses yeux pour qu’il en arrive là, toutefois. 

«C’est sûr que si tu ne regardes pas de matchs, que tu ne les analyses pas et que tu as un bon sens du hockey, ça se peut que ce soit [entièrement] naturel. Mais de mon côté, je pense que c’est une combinaison des deux. Je dois sûrement l’avoir en moi, mais j’analyse aussi beaucoup le jeu, j’analyse beaucoup mes anciens matchs. Alors, quand j’arrive sur la glace, je n’ai pas besoin de penser, a illustré le fin passeur. J’ai déjà vu la même séquence dans ma tête. Ce côté-là m’aide beaucoup.» 

«C’est un gars qui est extrêmement brillant, son sens du hockey est excellent, a corroboré le directeur général des Cataractes, Martin Mondou, à TVA Sports. Il a un bon niveau d’engagement. C’est un très bon passeur, mais c’est aussi un très bon marqueur. Il a des outils, son jeu est complet. Il faut qu’il continue de travailler fort. Il veut améliorer encore son patin un petit peu pour le futur, mais regarde, c’est certain qu’il a des outils très intéressants.» 

«On va parler de points, points, points, mais c’est un gars qui est assez brillant pour être capable de jouer la game des deux côtés», a ajouté Mondou. 

Dans le moule de Point et... Suzuki   

Brayden Point est un joueur que mentionne souvent Bourque lors de ses entrevues avec les équipes de la LNH. Point est, comme lui, un joueur avec un sens du hockey élevé dont le coup de patin faisait l’objet de critiques au niveau junior. 

Lors des séries, Bourque a aussi eu de la misère à lâcher des yeux la nouvelle coqueluche des partisans du Tricolore, Nick Suzuki. 

«C’est un joueur que je me mets de plus en plus à observer avec ce qu’il a montré durant le tournoi, a-t-il confié. Il est très intelligent, très bon offensivement et il commence à avoir des minutes en désavantage numérique. C’est un autre joueur auquel je peux me comparer. Ce n’est pas le plus rapide, mais il se démarque par sa vision du jeu.» 

Un autre Suzuki? Il n’y a aucune garantie au repêchage, mais voilà qui est intrigant pour le CH. L’état-major de l’organisation a d’ailleurs fait ses devoirs en passant Bourque en entrevue pour une deuxième fois, tout récemment. Le «biceps club» était d’office pour l’occasion. 

«J’ai eu une discussion avec les Canadiens par Zoom ce matin [mardi]. Ç’a été une bonne entrevue. Ça s’est bien passé, et je peux en dire autant de la majorité de ceux que j’ai faites.» 

Le bon joueur pour le CH?   

Si, et bien si, le CH prononçait le nom de Bouque au 16e rang, il serait difficile d’entrevoir pour lui un avenir à sa position naturelle à Montréal, surtout lorsque l’on considère les récentes performances de Suzuki et de Jesperi Kotkaniemi. Cela dit, il ne serait pas le premier joueur de centre à être muté à l’aile dans la Ligue nationale. 

«Qu’ils me demandent de jouer à gauche ou à droite, l’important, c’est de gagner la confiance de l’organisation qui va me repêcher, a souligné Bourque. S’il faut que je sois à l’aile droite, je vais le faire. Je me sens à l’aise de jouer à cette position.»

Après tout, les joueurs intelligents finissent par trouver une solution. 

«À Shawinigan, j’ai joué à l’aile cette saison avec Vasiliy Ponomarev, a mentionné Bourque. Pendant peut-être maximum 10 parties, même pas. Au final, ça reste une game de hockey. J’ai été utilisé à l’aile pendant la série Subway, sur un quatrième trio. J’ai montré que j’avais une utilité au-delà de mon talent offensif.»  

Pour ce qui est de la pression pour un Québécois de jouer à Montréal, le principal intéressé n’y voit pas un problème, malgré toutes les critiques qui ont visé Jonathan Drouin avant qu'il ne se mette en marche lors des séries éliminatoires. 

«Drouin, beaucoup de monde le critiquait, a concédé Bourque, mais tu dois en prendre et en laisser. Regarde Phillip Danault, c’est un Québécois et il n’y a pas nécessairement beaucoup de monde qui le critique, car c’est un joueur qui se présente chaque soir. Je pense que c’est une question d’engagement. Que tu sois un Québécois, un Américain ou un Russe, ça va t’aider si tu travailles chaque soir. Des distractions, il va y en avoir n’importe où.»  

Son directeur général n’en doute pas une seconde : Bourque a les nerfs assez solides pour la jungle montréalaise. 

«La pression ne l’effraie pas beaucoup, a noté Martin Mondou. On voit les performances qu’il a eues à un très jeune âge dans la Ligue. Il a été capable de répéter ça, de continuer à grandir et d'être encore plus performant même s’il avait eu une super année à 16 ans... Non, ce n’est pas quelque chose qui m’inquiète du tout.» 

Plus puissant   

Lorsque l’on discute à bâtons rompus avec les recruteurs, ce sont souvent les mêmes critiques qui reviennent dans le cas de Mavrik Bourque. 

«Il n’est pas assez fort physiquement.» 

«Son coup de patin n’est pas exceptionnel.» 

Depuis l’arrêt des activités dans la LHJMQ, Bourque a travaillé très fort dans le gymnase pour remédier à la situation. Disons qu’il a perdu un peu de «gras de bébé». 

«Je suis vraiment rendu plus fort, a-t-il indiqué. Je n’ai pas forcément réussi à gagner du poids, mais je suis plus bâti. Je le sens dans le gym, je peux augmenter la charge.» 

Pour un deuxième été consécutif, Bourque s’est entraîné à Québec avec le préparateur physique Jean-Philippe Riopel. 

«On travaillait le bas du corps quatre fois semaine, juste une fois semaine le haut du corps. On faisait beaucoup d’haltérophilie pour aller chercher de l’explosion, des sprints, de l’agilité, du cardio.»

L’attaquant devrait donc se présenter au camp d’entraînement des Cataractes, dimanche, dans une excellente forme. Et cette fois, il sera frais et dispo. 

L’an passé, il lui est arrivé de manquer d’énergie par moments. 

«J’étais revenu du Hlinka-Gretzky l’an dernier et je voulais absolument participer à mon camp d’entraînement. Daniel Renaud me disait : "Mav, fais attention, tu peux te brûler." Moi je voyais les gars et je voulais jouer. Je suis réembarqué dans la roue assez vite. Et j’ai comme eu une accumulation de fatigue au début de la saison. Je me mettais beaucoup de pression. Ça n’allait pas nécessairement de la façon que je voulais.»

Bourque se faisait parfois confier 25 minutes de temps de glace. Une situation parfaite pour mettre des points au tableau, direz-vous, mais trop ce n’est comme pas assez, comme le veut le dicton. 

Il a frappé un mur lorsqu’il est revenu de la série Canada-Russie. 

«J’étais revenu brûlé. Je suis allé jouer à Victoriaville. Après le match, je "feelais" vraiment pas. Le dimanche, j’étais supposé aller à Chicoutimi, mais je n’ai pas joué. Ensuite, j’ai joué un excellent match contre Saint John. Mon temps de jeu a diminué, mais j’ai été beaucoup plus efficace à partir de ce moment. J’ai vraiment pu démontrer ce que j’étais réellement.» 

Bourque travaillera avec un troisième entraîneur-chef en deux ans la saison prochaine : derrière le banc des Cataractes, Ron Choules succédera à Gordie Dwyer, qui avait remplacé Daniel Renaud au mois de février. Plus puissant et d’attaque, le jeune homme ne devrait pas tarder à gagner la confiance du nouveau maître à bord. Il reste à voir s’il deviendra un espoir de la Sainte-Flanelle au mois d’octobre. 

«Je pense que cette année, je suis prêt à faire un plus gros "step".»