Crédit : Joël Lemay / Agence QMI

Impact de Montréal

La stratégie derrière le transfert surprise de Luis Binks

La stratégie derrière le transfert surprise de Luis Binks

Vincent Destouches

Publié 13 août
Mis à jour 13 août

La nouvelle a fait l’effet d’une bombe, sur les coups de midi: Luis Binks, le jeune défenseur de l’Impact, a été transféré de Montréal à Bologne – mais il restera en prêt avec le Bleu-Blanc-Noir jusqu’à la fin décembre.

Une bombe? Oui, car même en ayant simplement joué huit matchs officiels avec l’Impact, l’Anglais de 18 ans a réussi à faire l’unanimité auprès des partisans.

Son recrutement (il a été arraché à Tottenham) était devenu le symbole du nouveau projet sportif de l’Impact et des capacités de son directeur sportif, Olivier Renard.

Son transfert, ironiquement, est aussi un symbole de ce projet... Car l’Impact vise maintenant à faire des « coups », à bien recruter et à bien vendre. De toute évidence, c’est le cas avec Binks, puisque six mois à peine après son arrivée, il est devenu le premier joueur vendu par Montréal à son club sœur, Bologne. Le propriétaire des deux clubs, Joey Saputo, doit être content! Et Walter Sabatini, le directeur sportif global, mène bien sa barque – il aurait été fou de passer à côté de Binks...

Mais le défenseur a-t-il vraiment été bien vendu? L’Impact aurait-il pu gagner plus d’argent en le vendant à un autre club, voire en patientant quelques mois avant de le transférer? Est-ce que ce mouvement n’avantage pas Bologne bien plus que Montréal, qui va se retrouver affaibli et amputé d’un de ses meilleurs éléments? Ce transfert soulève bien des questions...

Mais du côté de l’Impact, on considère avoir toutes les cartes en main. D’une part, parce que le joueur, même transféré, ne partira peut-être pas de sitôt.

En effet, rejoindre Bologne durant le mercato d’hiver, alors que l’effectif est déjà en place et que l’équipe est en cours de saison, n’est pas chose aisée. Si Binks rejoint l’Italie pour cirer le banc de Bologne, ça n’arrange personne.

Ce n’est que mon opinion, mais je parierais sur le fait que l’Anglais restera en prêt avec Montréal au moins jusqu’en juin 2021. Il lui sera plus facile de se faire une place et de prétendre à des minutes de jeu en Serie A s’il commence la saison suivante avec Bologne.

Saputo va compenser

Admettons que je me trompe et que Binks rejoigne l’Italie en décembre. Dans ce cas de figure, des sources me mentionnent que Saputo devrait compenser cette perte dans l’effectif montréalais. D’autant que Bologne aura acquis à moindre coût un défenseur central gaucher prometteur (un type de joueur très recherché sur le marché), plutôt que de dépenser des millions d’euros en transfert sur le marché européen... Bref, merci l’Impact!

Une chose est sûre : la valeur sur le marché d’un «Binks joueur de Serie A» est bien supérieure à la valeur d’un «Binks joueur de MLS». Cette donnée n’est pas négligeable.

Car, toujours selon les mêmes sources, si l’aventure bolognaise tourne bien pour l’Anglais et qu’un transfert ailleurs est signé ultérieurement, Saputo réaffectera une partie de l’argent sur le budget transferts de l’Impact. Ce n’est pas un pourcentage à la revente à proprement parler, mais le principe est grosso modo le même.

Une manière de garder l’argent dans la famille, et de permettre à l’Impact d’avoir accès à une manne financière qu’il n’aurait jamais touché si le club montréalais avait vendu Binks aujourd’hui à un autre club.

Car il s’agit là d’une vérité : la cote des joueurs est (dans une certaine mesure) relative aux résultats, à l’importance d’un club. Et la cote de l’Impact, et donc par extension d’un joueur de l’Impact, n’est pas optimale à l’heure actuelle.

Rêve ou réalité

Petit détail intéressant : lors de la vente d’un joueur de MLS, le club vendeur ne peut utiliser qu’un maximum d’un million de dollars sur l’argent du transfert – en argent d’allocation général (GAM) – pour améliorer le club. Lorsqu’il s’agit d’un transfert vers un club sœur, cette règle ne tient même plus vraiment, afin d’éviter les petits arrangements.

Le but ultime de l’Impact, dans cette opération, est davantage de toucher un pactole sur un transfert ultérieur de Binks, qui pourrait alors être réutilisé pour l’acquisition de joueurs désignés.

Tout ça est bien beau, mais est-ce que cela se réalisera? Ou est-ce qu’il s’agit de belles promesses? L’idée derrière le transfert de Binks est intéressante, mais beaucoup attendront de voir avant d’y croire. La confiance, ça se gagne... À l’Impact de gagner celle des partisans!