Impact de Montréal

Henry n’a pas encore trouvé la recette (et c’est ok)

Henry n’a pas encore trouvé la recette (et c’est ok)

Vincent Destouches

Publié 17 juillet
Mis à jour 17 juillet

Un des problèmes qui a miné l’Impact de Montréal tout au long de ces années, c’est que le club s’est vu plus gros qu’il ne l’était réellement. Être un grand club prend plus que de l’envie, ça prend aussi du temps. Le temps de se construire, pierre par pierre.

Malheureusement, l’impatience est un défaut très montréalais, dont même les fans se rendent coupables. Loin de moi l’idée de tomber sur les partisans du Bleu-Blanc-Noir, qui ont été des saints, par moments, dans la courte histoire de l’Impact.    

Mais je vois beaucoup de négativisme entourant les résultats du club au tournoi « La MLS est de retour » (défaites 1-0 contre le Revolution et 4-3 face à Toronto), et je voudrais les remettre en contexte.

L’Impact n’a pas disputé les séries éliminatoires lors des trois dernières saisons. Il a engagé un nouvel entraîneur, Thierry Henry, qui a lui-même fait venir une trâlée de nouveaux joueurs. Cette équipe, qui commençait à peine à prendre ses repères, a passé quatre mois sans jouer. De retour sur les terrains, le nouvel entraîneur a cherché la bonne formule, au gré des formes, des méformes et des blessures, afin d’avoir des résultats immédiats. Et ils ont perdu deux matchs, à chaque fois par un but, contre deux équipes qui, elles, étaient en séries éliminatoires en 2019, qui n’ont pas changé d’entraîneur et qui n’ont pas révolutionné leur effectif ni leur façon de jouer.

Voilà le portrait.

Est-ce que tout va bien dans le meilleur des mondes sur la planète Impact? Bien sûr que non. Et dans une certaine mesure, c’est sain de critiquer, de mettre la pression sur le club pour qu’il s’améliore. Mais il faut être réaliste sur la place du club dans l’échiquier MLS, et sur les capacités réelles de cette équipe à ce stade des choses. L’Impact version Henry n’a même pas 10 matchs en compétition officielle derrière la cravate...

Ça va prendre un peu de temps. Patience et non impatience.

À la Klopp

Depuis qu’il est arrivé à Montréal, Henry n’a cessé de parler de la trajectoire de Jurgen Klopp à Liverpool. Loué dans le monde entier pour son travail avec les Reds, l’Allemand s’est vu donner plusieurs années pour mettre en place ses idées, a noté Henry.  

Le message est on ne peut plus clair : le pilote français réclame, justement, du temps.

C’est le cas de tous les nouveaux entraîneurs, en fait. Prenez Ronny Deila, qui a repris en main New York City. Son club sort d’une saison où il a remporté l’association Est, et pourtant, l’entraîneur norvégien vient d’enchaîner quatre défaites en quatre matchs MLS, avec un effectif pourtant stable. C’est le signe que le succès n’est ni rapide, ni automatique. Il se bâtit. Dome Torrent, le précédent entraîneur de NYC, avait pris six mois avant de faire marcher son équipe. Au final, il a été couvert de louanges.

À Orlando, Henry a montré qu’il cherchait encore la bonne recette, la bonne carburation pour son équipe. Il a fait des expérimentations (le rôle hybride arrière droit/milieu de Samuel Piette lors du match inaugural), il a lancé des nouveaux dans le grand bain de la MLS (Victor Wanyama, Emanuel Maciel), il a essayé différentes combinaisons au milieu de terrain, il a géré la forme de joueurs clés (Bojan et Rod Fanni remplaçants contre Toronto)...

Crédit photo : Douglas DeFelice-USA TODAY Sports

À l’heure actuelle, personne ne peut vraiment dire avec certitude quel est le XI partant type de Thierry Henry dans cette saison 2020. L’entraîneur cherche encore des réponses, et les joueurs sont en train de lui en donner. Par exemple, il me paraît de plus en plus évident que Bojan ne fera pas de vieux os à Montréal, car il ne convainc pas. À l’inverse, Romell Quioto va forcer son entraîneur à lui faire une place dans l’équipe, Maciel aussi.

D’ailleurs, et c’est bien là la seule véritable bonne nouvelle du tournoi pour l’instant : les petits nouveaux ont été les meilleurs joueurs de l’Impact en Floride. Wanyama, Binks, Quioto, Maciel, Ballou aussi... Henry et son directeur sportif, Olivier Renard, ont eu la main verte au niveau du recrutement. Le signe d’un club qui se construit (enfin) sur de bonnes bases? 

Léger espoir

Deux défaites en deux matchs ont douché les espoirs de qualification de l’Impact pour les huitièmes de finale. Malgré tout, il reste une lueur d’espoir : Montréal peut espérer se qualifier en tant que l’un des quatre meilleurs troisièmes.

Pour cela, il faudra bien évidemment battre DC United mardi soir, à 22h30, et si possible avec un écart conséquent afin d’afficher une bonne différence de buts (c’est le premier bris d’égalité). Pour l’instant, Montréal est à -2.

Difficile? Oui. Mais prenez l’exemple de l’Euro 2016, qui se disputait dans un format identique à celui du tournoi « La MLS est de retour » : parmi les quatre meilleurs troisièmes, il y avait deux équipes ayant terminé avec quatre points, et deux équipes ayant terminé avec trois points (chacune avec un différentiel de zéro).

L’une de ces équipes avec trois points, c’était le Portugal. Et elle a fini par gagner l’Euro.

L’important n’est pas de passer par la grande ou la petite porte, mais de rentrer. À l’Impact de faire le travail... avec une bonne recette du chef Henry.