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Canadiens de Montréal

EXCLUSIF: Le médecin de Domi à Montréal lui recommande de jouer

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Si Max Domi appelait dès maintenant le médecin qu’il consulte habituellement à Montréal, celui-ci lui recommanderait sans détour de participer au camp d’entraînement des Canadiens et au tournoi éliminatoire de la Ligue nationale de hockey (LNH). 

Quand Domi est en ville, Rémi Rabasa-Lhoret est le médecin qu’il contacte. Endocrinologue à l’Institut de recherches cliniques de Montréal (IRCM) et au Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM), il est considéré comme une sommité dans le domaine du diabète. 

Domi compose avec une rare forme de diabète, celui de type 1. Les Canadiens ont annoncé dimanche s’être entendus avec l’attaquant pour attendre une période de sept à 10 jours avant de déterminer s’il prendra part à la Phase 3 du processus de retour au jeu de la LNH, qui coïncide avec le début des camps d’entraînement. 

«S'il m’appelait, je lui dirais qu’il peut très bien aller faire le camp d’entraînement et les séries sans risque particulier, a fait savoir Rabasa-Lhoret au TVASports.ca. Ces gens-là vont être dépistés et redépistés. Ils vivent dans une bulle. Je ne vois pas de raison pour laquelle il pourrait ne pas vouloir y aller. Le surrisque [risque supplémentaire dans le jargon de la médecine] est très modeste.»  

Bien que les autorités de santé publique du Québec ont prévenu la population que les patients atteints de diabète étaient plus à risque de subir des complications liées à la COVID-19, le docteur estime qu’il faut faire la part des choses. Le diabète de type 1 est généralement diagnostiqué chez les plus jeunes, et il faut considérer que Domi est un athlète professionnel de 25 ans en excellente forme. 

«Ce n’est pas tout le monde qui fait la différence entre tous les types de diabète, a expliqué Rabasa-Lhoret. Plus de 90% des gens ont le diabète de type 2. Ce sont des gens qui ont souvent plus de 50 ans, un certain degré de surpoids et des antécédents familiaux.»

«Si on reprend le cas de Max, le diabète de type 1 présente moins de risques que le diabète de type 2. Les jeunes sont moins à risque que les gens âgés et les gens sans surpoids sont moins à risque que les gens en surpoids», a ajouté le médecin, qui raconte que lors de sa dernière garde au CHUM, il y a trois semaines, l'ensemble des patients qui avaient recours à la ventilation artificielle souffraient de surpoids ou d'obésité. 

Autre facteur atténuant : Domi prouve depuis le début de sa carrière qu’il est en mesure de bien gérer sa condition et de maintenir son taux de glycémie à un niveau stable. 

«On a une grosse étude anglaise qui nous suggère que les gens avec le diabète mal équilibré, donc ceux qui ont de la misère à avoir de bons taux de sucre, ont plus de risques, a mentionné le chercheur. Max a lui-même dit aux médias qu’il a un diabète équilibré et sans complications. Son risque est beaucoup plus modeste que la Santé publique pourrait le suggérer.» 

Si Rabasa-Lhoret admet que Domi a plus de chances de développer une forme sévère de la COVID-19 qu’une personne normale, il estime que les probabilités sont supérieures de seulement quelques pourcents. 

«Il y a un petit surrisque que, s’il l’attrape, ce soit un peu plus difficile à gérer. Quand on a une infection, on a parfois moins d’appétit et une glycémie plus élevée. Max, quand il attrape une bonne vieille grippe l’hiver, il est obligé de gérer son taux de sucre, alors que pour vous et moi, le pancréas fait ce travail sans problème.» 

Le docteur juge également plausible la théorie selon laquelle Domi est encore plus en sécurité en étant constamment dépisté dans une bulle, sous une supervision médicale étroite. 

Des discussions avec le CH   

Rabasa-Lhoret a par ailleurs révélé qu’il a eu des discussions avec les Canadiens lorsque ceux-ci ont fait l’acquisition de Domi en cédant Alex Galchenyuk aux Coyotes de l’Arizona. Apparemment, le personnel médical de l’équipe manquait de renseignements par rapport à la condition de son nouveau joueur. 

«Je pense que les Canadiens n’avaient pas bien compris ce qu’il avait comme maladie, mais ce n’était pas grave, car il avait prouvé qu’il était capable de fonctionner en Arizona», a-t-il raconté. 

Lorsqu’un patient avec un diabète de type 1 a un taux de sucre très bas, il fait de l’hypoglycémie et, dans les situations les plus graves, il peut subir un coma, voire périr. 

«Le risque d’hypoglycémie durant l’exercice survient pendant et après la partie, a indiqué le spécialiste. C’est pour ça que j’ai beaucoup d’admiration pour Max. Je passe ma vie à essayer d’aider ces patients à bien s’équilibrer. Max est très volontaire. Il est très, très intéressé. C’était fascinant de voir l’incompréhension du personnel médical des Canadiens. J’ai essayé de leur faire comprendre [la maladie], car s’il avait loupé le but gagnant en demi-finale contre les Rangers de New York parce qu’il est en hypoglycémie, je n’aurais pas été très à l’aise!» 

Même si Rabasa-Lhoret n’a pas été en contact avec Domi au cours de la pandémie, il dit entretenir une belle relation avec l’attaquant, qui lui a autographié son livre «No Days Off», racontant sa vie avec le diabète de type 1. Le docteur n’est jamais trop loin lorsque Domi a besoin de lui. 

«Si quelqu’un dans son entourage a oublié de mettre l’insuline dans son sac quand il part en voyage, on a ce qu’on appelle les "Domi Box" à l'institut. Il nous dit à quel hôtel il se trouve et on fait une livraison par FedEx.»