Crédit : Joël Lemay / Agence QMI

Boxe

Boxe au Québec: la résistance s’organise

Publié | Mis à jour

Les boxeurs professionnels québécois n’ont pas l’intention de baisser les bras devant le directeur national de santé publique, le Dr Horacio Arruda.

Comme on le sait, le Dr Arruda a mentionné qu’il envisage la possibilité de garder les sports de combat confinés jusqu’au moment où il y aurait un vaccin ou un remède à la COVID-19.

Au cours des dernières heures, plusieurs intervenants du monde de la boxe professionnelle québécoise ont décidé de prendre les réseaux sociaux d’assaut. Parmi eux, il y a Kim Clavel.

La pugiliste, qui a travaillé dans les zones chaudes des CHSLD durant plusieurs mois, en a gros sur le cœur.

«C’est mon métier, ma passion et je suis dans le peak de ma carrière, a-t-elle écrit. Oui, je boxe aux États-Unis le 21 juillet, mais la suite, ça va être quoi?

«Je vais revenir ici et attendre un vaccin? Il n’en est pas question. On m’a envoyée travailler dans les derniers mois dans les sections des CHSLD les plus contaminées du Québec, mais on m’empêcherait d’aller boxer dans des zones sécurisées avec un entourage et un adversaire testés?»

Elle a poursuivi sur sa lancée.

«Pourquoi je peux suivre un protocole fixe et sécuritaire aux États-Unis, mais pas ici au Québec? Quelle est la vraie raison? C’est le gagne-pain de plusieurs athlètes, entraîneurs, promoteurs, préparateurs physiques et gymnases.

«Empêcher la boxe au Québec pour encore quelques mois détruirait une décennie, des rêves, des réalités et des carrières.»

Décarie en rajoute

Après le promoteur Camille Estephan, ce fut au tour du directeur général d’Eye of the Tiger Management, Antonin Décarie, de faire connaître son opinion sur la situation des sports de combat.

«C’est une situation aberrante, a-t-il indiqué dans une vidéo diffusée sur ses réseaux sociaux. Je comprends que Dr Arruda veut protéger la population en évitant une propagation du virus.

«Par contre, on a soumis un protocole très professionnel pour la tenue d’un gala. On diminue les risques de répandre le virus presque à zéro. Ce serait sécuritaire pour les boxeurs.»

«La situation est critique. La carrière de plusieurs boxeurs est en jeu. C’est important que la Santé publique comprenne que toutes les mesures seraient prises pour que notre sport soit pratiqué de façon sécuritaire.»

Mouvement sur Facebook

Jeudi soir, la boxeuse Marie-Pier Houle a lancé une page Facebook qui s’oppose au projet du Dr Arruda.

En moins de 24 heures, plus de 300 personnes ont démontré leur appui à la cause des intervenants des sports de combat professionnels au Québec.

«Je trouve totalement irréaliste de laisser le gouvernement s’ingérer directement dans notre sport en ne faisant rien pour faire bouger les choses, a indiqué Houle lorsque Le Journal l’a contactée vendredi.

«Depuis le lancement de la page, je reçois des messages, des témoignages et des encouragements de partout afin de ne pas lâcher la cause. Je suis prête à partir à la guerre pour que la boxe revienne!»

Un appel au dialogue

Si la Direction de santé publique décide d’interdire les combats au Québec jusqu’à la découverte d’un vaccin contre la COVID-19, ce ne sont pas seulement pas les boxeurs professionnels qui seront pénalisés.

La boxe amateur pourrait aussi souffrir d’une telle décision.

«Ce qui est frustrant, c’est qu’on n’a pas eu de dialogue avec le gouvernement ou la Santé publique, a mentionné la présidente de la Fédération québécoise de boxe olympique (FQBO), Ariane Fortin. C’est décevant.

«J’espère qu’il y aura une certaine ouverture bientôt.»

Les fédérations des sports de combat, dont fait partie la FQBO, ont fait de nouvelles propositions pour leur phase 2 de déconfinement.

«Ce que nous avons proposé est plus restrictif, a ajouté Fortin. On ferait des sous-groupes de quatre boxeurs qui pourraient faire des mitaines et du sparring ensemble. On n’a toujours pas eu de réponse après une semaine. Je suppose qu’ils ne sont pas encore rendus là.»

Fortin aimerait surtout comprendre les motivations derrière les décisions de la Santé publique.

«On n’a pas le rationnel et on n’a pas d’échéancier par rapport au processus, a-t-elle souligné. On mérite de le savoir. Je crois qu’il y a une méconnaissance du sport et du milieu.»

Direction Alberta

Du côté de Boxe Canada, dont le centre national est situé à Montréal, une possible interdiction des sports de combat en sol québécois pourrait avoir un impact important.

«C’est l’interdiction du sparring qui ferait le plus mal à notre équipe nationale», a indiqué le directeur haute performance Daniel Trépanier. Pour ce qui est des combats et des tournois, l’impact serait moins important, car on participe surtout à des compétitions à l’international.

«Au cours des dernières semaines, on avait l’intention d’imiter la fédération de judo et d’aller s’entraîner en Alberta, où les contacts sont permis. Si Arruda va de l’avant, ce projet deviendra réalité.»

Par contre, cette réalité a un coût. Pour un camp de 14 jours pour une vingtaine de personnes, on parle d’un budget de 40 000 $.

Trépanier croit également qu’une telle décision ferait mal au programme national à long terme.

«On verrait un effet néfaste sur le nombre de boxeurs affiliés. Si un boxeur ne peut pas avoir accès à la compétition au Québec, est-ce qu’il va vouloir payer ses frais d’affiliation à Boxe Canada? La réponse est non.» À l’heure actuelle, on retrouve huit Québécois sur les 13 membres de l’équipe nationale.