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Crédit : Stevens LeBlanc/JOURNAL DE QUEBEC

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Patrice Lefebvre veut sa chance

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Patrice Lefebvre, premier marqueur de l’histoire de la Ligue de hockey junior majeur du Québec, vit des jours heureux en Italie. C’est là qu’il a accroché ses patins, il y a une dizaine d’années, après une carrière bien remplie de 22 saisons dans les rangs professionnels.

L’ancien petit gars de Pointe-Saint-Charles a vu du pays. Après sa fulgurante carrière junior avec les Cataractes de Shawinigan, il a joué dans de gracieuses villes européennes comme Paris, Francfort, Lausanne et Milan. 

Bien avant la naissance des Golden Knights de Vegas, il a été la première vedette du hockey dans la capitale américaine des casinos. Il a évolué aussi dans des villes reculées comme Springfield et Milwaukee.

Il a même porté les couleurs des Roadrunners de Montréal, de la défunte Ligue internationale de roller-hockey.

Depuis 16 ans, il partage sa vie avec sa bien-aimée Ilaria Capra, qui lui a donné deux filles. Béatrice célébrera ses 15 ans en octobre. Sophie a eu 10 ans en juin.

Lefebvre est fier de dire qu’elles parlent québécois, en plus de l’italien, évidemment, et de l’anglais. Sa conjointe parle aussi les trois langues.

Lefebvre s’exprime en plus en allemand, qu’il a appris durant ses deux saisons à Mannheim et à Francfort.

La famille habite en périphérie de Milan. Lefebvre est représentant pour une compagnie qui fabrique du matériel de sécurité en tous genres, incluant des masques médicaux. Il vient de faire parvenir, d’ailleurs, une soumission aux CIUSSS du Québec.

La question est réglée 

Il s’estime un privilégié de la vie. Mais il lui manque un petit quelque chose.

Après avoir été entraîneur en Italie et en Autriche au cours des 11 dernières années, il aimerait bien obtenir une chance de montrer son savoir-faire dans la LHJMQ.

La question est réglée avec les trois femmes de sa vie. Elles l’appuieraient inconditionnellement si une équipe du circuit junior québécois désirait l’embaucher.

Le Drakkar de Baie-Comeau lui a fait passer une entrevue l’année dernière. Il y a deux ans, ce furent les Sea Dogs de Saint John.

Les pourparlers ne se sont pas terminés comme il l’aurait espéré. Lefebvre a sa petite idée quant aux réticences des équipes à faire appel à lui.

«Je pense qu’elles craignent que je ne connaisse pas la ligue», dit-il lors d’un entretien téléphonique.

«Pourtant, il n’y a pas de secrets de nos jours avec l’aide de la technologie. Les vidéos nous montrent tout ce qu’il y a à savoir. De toute façon, du hockey, ça reste du hockey.»

Victime de discrimination 

Lefebvre possède une expérience diversifiée dans le monde du hockey. Pour commencer, il a dû surmonter les préjugés que sa petite constitution lui causait.

Dans sa jeunesse, on lui disait tous les jours que le Bon Dieu amenait qu’il était trop petit pour jouer au hockey. Trop petit pour la Ligue midget AAA, trop petit pour la LHJMQ, trop petit pour les ligues professionnelles.

Il a fait mentir tout le monde.

« N’était-ce pas de la discrimination ? demande-t-il. Je le dis sans prétention, mais j’aurais dû jouer dans la LNH. »

Lors de la saison 1998-1999, il a disputé trois matchs avec les Capitals de Washington. Mais ce n’était pas en le faisant jouer dans un quatrième trio à raison de six à huit minutes par match, comme le faisait son entraîneur Ron Wilson, qu’il pouvait produire offensivement.

C’est ce que Martin St-Louis a vécu avec les Flames de Calgary, lui qui a été intronisé au Panthéon du hockey il y a deux ans.

Lefebvre lui servait d’ailleurs d’inspiration dans sa jeunesse. Martin partait du secteur Sainte-Dorothée en compagnie de son grand ami Éric Perrin, qui était lui aussi de petite taille, pour aller au Colisée Laval, situé dans le quartier Saint-Vincent-de-Paul, afin de voir Lefebvre à l’œuvre contre le Collège français.

Plus dur que les autres 

Comme John Tortorella l’a fait pour St-Louis, il aurait fallu qu’un entraîneur de la LNH croie aux capacités de Lefebvre. 

Lorsque St-Louis a joué avec les Lumberjacks de Cleveland, dans la Ligue internationale, Lefebvre cassait tout avec le Thunder de Las Vegas depuis cinq ans.

«C’était l’époque des bœufs de l’Ouest», continue Lefebvre.

«Est-ce que ça m’a empêché d’être dominant? J’aurais été le premier à m’incliner si je n’avais pas été capable de faire ma place. J’aurais vendu des chips et des hot-dogs.

«Pour y arriver, il fallait que je sois plus tough que les autres. Je me suis toujours battu contre les plus durs. J’avais le syndrome du petit homme. J’ai connu cinq saisons dépassant 100 minutes de pénalité dans ma carrière.»

Éprouve-t-il de l’amertume?

«D’une certaine manière, oui, répond-il. Je mentirais en disant le contraire. Mais ce n’est plus comme ça de nos jours. Sinon, on ne verrait pas de Mitch Marner dans la Ligue nationale. »

Lefebvre, qui a célébré son 53e anniversaire de naissance dimanche dernier, aurait dû naître 20 ans plus tard. Mais il ne veut surtout pas passer pour un pleurnichard.

«J’ai connu une longue et belle carrière, répétera-t-il souvent au cours de l’entrevue. Je suis heureux.»

La cerise sur le gâteau 

Mais il serait comblé si quelqu’un dans la Ligue de hockey junior majeur du Québec daignait lui accorder une chance comme entraîneur.

Lefebvre a été une figure importante de la LHJMQ. Il a été choisi au 10e rang dans le groupe des 50 meilleurs joueurs de la ligue, dévoilé l’an dernier lors des célébrations du cinquantenaire du circuit.

Il pourrait être ouvert à un rôle d’adjoint pour commencer.

Il ne dirait peut-être pas non à un poste d’entraîneur en chef dans la Ligue midget AAA non plus.

Lefebvre connaît très bien, par ailleurs, Marc Bergevin, qui était un ami d’enfance à Pointe-Saint-Charles. Il lui a rendu visite il y a quelques années au complexe d’entraînement du Canadien, à Brossard. Mais il n’y avait pas de poste vacant dans l’organisation.

Le sport professionnel demeure un cercle fermé pour les dirigeants et les entraîneurs. Nombreux sont ceux qui embauchent leurs amis. Or, les bonnes têtes de hockey ne devraient pas avoir peur de s’entourer de gens compétents.

Une chance, c’est tout ce que ça prend.

Lefebvre en a fait la démonstration toute sa carrière.