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Boxe

Le rêve que n'a pu réaliser Adonis Stevenson

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Durant son règne de champion, Adonis Stevenson avait formulé le souhait de se battre à Haïti. En 2015, son rêve avait bien failli se réaliser grâce au Groupe GYM.

Pour organiser un gala à Haïti, la logistique doit frôler la perfection. Bernard Barré et Alexandra Croft du groupe GYM, le producteur de télévision Claude Brière, le directeur de production Sylvain Pelletier ainsi que le concepteur d’éclairage André Langevin s’étaient donc rendus à Port-au-Prince pour poser les bases de ce projet ambitieux.

Tout commence avec une visite du stade de soccer de Pétion-Ville où devait être présenté le combat de Stevenson. Les cinq représentants du Groupe GYM se pointent à cet endroit avec l’objectif de faire du repérage.

Ils profitent de l’occasion pour présenter le plan détaillé de l’organisation d’un gala de boxe à une personne du gouvernement.

Un entrepôt spécial

Lors de la deuxième journée du séjour, le groupe doit établir un contact avec plusieurs compagnies pour la logistique de l’événement.

«On va rencontrer une compagnie de sonorisation et d’éclairage. On croyait qu’elle était fiable parce qu’elle faisait affaire avec le gouvernement, précise Pelletier. On avait roulé pendant 20 minutes et on s’était arrêté devant une école primaire.»

Pelletier tend une longue liste de matériel au propriétaire de la compagnie qui est sorti de l’école. Celui-ci dit qu’il possède tout le matériel nécessaire.

«Je lui demande d’aller voir son entrepôt. Je le suis dans l’école et il ouvre une porte de classe. Il y a de l’équipement partout dans la pièce. C’est pêle-mêle. Plusieurs appareils ne sont pas en bon état.»

Du courant indépendant

À Port-au-Prince, l’électricité est produite à l’aide d’énormes génératrices. Pour le gala de boxe, les organisateurs décident d’utiliser un réseau électrique indépendant pour éviter les coupures soudaines de courant durant la soirée.

Ils ont besoin de trois génératrices qui peuvent produire 400 kilowatts chacune. Une compagnie haïtienne est capable de fournir l’équipement avec les standards requis.

«À la fin de la journée, on a fait un bilan. La plupart du matériel proposé ne répondait pas à nos critères, explique Pelletier. On décide alors de faire venir plusieurs choses du continent à l’aide d’un bateau.»

Promenade dangereuse

C’est bien beau le transport maritime, mais il fallait trouver une manière de transporter le matériel jusqu’au stade.

«À Port-au-Prince, les lignes électriques et de téléphone sont très basses, précise Pelletier. Après notre réunion, on a décidé d’aller identifier les endroits problématiques pour le passage éventuel des camions.»

Vers 23 heures, Pelletier et le producteur Claude Brière décident de faire une promenade nocturne en compagnie de dix agents de sécurité.

«Dans notre camion VUS, je fais remarquer à Claude qu’il y a trois impacts de balle dans sa fenêtre. Un moment donné, on s’arrête en plein milieu d’un boulevard pour aucune raison apparente. Il y a trois agents de sécurité qui discutent ensemble.»

«Je décide de sortir pour aller voir ce qui se passe. Tous les autres agents sortent des autres VUS avec leurs vestes [pare-balles] et leurs mitraillettes en mains pour m’encercler. On me fait rapidement comprendre que nous sommes à quelques mètres de Sun City où le taux de criminalité est le plus élevé à Haïti. Je suis retourné sagement dans mon véhicule.»

Le duo finit son tour de reconnaissance sans anicroche et rentre à l’hôtel. Les cinq représentants québécois repartent vers Montréal avec plusieurs réponses aux nombreuses questions qu’ils avaient au départ.

Le gouvernement recule

Après quelques semaines de réflexion, le gouvernement d’Haïti a décidé de reculer dans le projet qui avait un budget de 5 millions $.

«Tout le monde était prêt à aller de l’avant. Le réseau Showtime, Al Haymon et Adonis étaient favorables au projet», se souvient le promoteur Yvon Michel.

«Cependant, le gouvernement s’est retiré du dossier parce qu’il n’avait pas les fonds nécessaires. C’est dommage parce que le site du combat d’Adonis aurait fourni des images extraordinaires pour la télévision.»

Le projet de GYM et de son champion avait achoppé, mais ce n’était pas faute de ne pas avoir essayé. Malgré tout, tous les intervenants se rappelleront l’accueil chaleureux d’un peuple qui voulait bien faire les choses.