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Alexis Lafrenière, la montée d’une superstar

Kevin Dubé

Publié | Mis à jour

De prédire qu’Alexis Lafrenière sera le tout premier choix du repêchage de la LNH n’est même plus un pari risqué. Au cours des derniers mois, le Québécois a confirmé son statut de meilleur espoir junior au monde.

Pourtant, il y a à peine quelques années, personne n’aurait cru qu’on parlerait du talentueux ailier québécois comme du meilleur joueur de son groupe d’âge au monde. C’est qu’il ne faisait même pas partie de l’élite... au Québec.

Le parcours de Lafrenière n’a rien de celui de plusieurs premiers choix au total dans la LNH, dont Connor McDavid, Jack Hughes ou Auston Matthews, qui se sont fait accoler le statut de joueur d’exception alors qu’ils n’étaient âgés que de 12 ou 13 ans.

Dans les rangs pee-wee, Lafrenière fait partie des bons joueurs de son équipe, sans plus. Les Xavier Parent, Samuel Poulin ou Xavier Simoneau font quant à eux écarquiller bien des yeux sur la scène provinciale.

«À sa deuxième année pee-wee, Alexis était probablement dans les cinq meilleurs attaquants de son équipe. Il n’était pas le plus gros et n’avait pas le meilleur coup de patin», se rappelle Tomi Paiement qui, à cette époque, s’occupe du programme bantam AAA des Seigneurs des Mille-Îles et qui, donc, épie souvent les jeunes pee-wee qui feraient le saut dans son programme la saison suivante.

«J’ai mis mon pied à terre»

La saison suivante, Lafrenière se présente au camp du bantam AAA, mais certaines lacunes sont évidentes. Son manque de maturité physique l’empêche de remporter des batailles à un contre un et le fait qu’il ne soit encore âgé que de douze ans – il est né en novembre – le désavantage. L’organisation estime qu’il serait probablement mieux de le céder au niveau AAA Relève pour une saison.

Gino Jacques n’est toutefois pas de cet avis.

À ce moment, M. Jacques est non seulement le directeur technique de la structure intégrée des Seigneurs des Mille-Îles, mais il a aussi pris les rênes de l’équipe pee-wee AAA de Lafrenière à la fin de la dernière saison.

«Quand ils m’ont dit qu’ils pensaient le retrancher, j’ai mis mon pied à terre. Je leur ai dit d’être patients avec ce gars-là. Je voyais le flair offensif, il faisait de belles lectures de jeu et prenait de bonnes décisions. Il n’était pas gros, mais son père mesure 6 pi 4 po, alors il y avait du potentiel.»

Sous les recommandations du directeur technique, Lafrenière perce donc la formation avec six autres joueurs de première année, dont ses amis Félix Lafrance et Nathan Légaré.

L’attaquant connaît un début de saison respectable, mais ne domine pas.

Un déclic

À la mi-saison, la région des Laurentides annonce l’équipe qui la représentera à la 50e finale des Jeux du Québec.

Lafrance y est, Légaré aussi, mais pas Lafrenière.

«Je pense qu’il a vécu sa vraie première déception dans le hockey à ce moment, mentionne Paiement qui était l’entraîneur adjoint de la sélection. Il a compris qu’il devait travailler encore plus fort s’il voulait aller loin.»

La déception dure un certain temps, mais, la veille du départ de l’équipe pour Drummondville, l’attaquant Alexandre Piché subit une fracture de la cheville et doit renoncer aux Jeux du Québec.

Après discussion, les entraîneurs décident de rappeler Lafrenière et de l’inviter à jouer le rôle de 10e attaquant de la sélection de sa région.

«J’ai reçu le coup de téléphone et Alexis n’était pas là. Il était au parc où il jouait au hockey avec des amis. Je suis donc allé le rejoindre pour lui dire qu’il était invité et sa réaction a été : non, j’y vais pas. Je ne serai pas leur bouche-trou!» raconte son père Hugo.

Après réflexion, la raison vient à bout de l’orgueil et le jeune attaquant accepte. Premièrement, parce qu’il veut avoir la chance de représenter sa région, mais, surtout, parce qu’il désire prouver aux entraîneurs qu’ils ont fait une erreur en le retranchant.

«On l’a mis sur la troisième ligne en début de tournoi et ça n’a pas été long qu’il nous a forcés à le mettre sur la première, relate Martin Daoust, l’entraîneur-chef de l’équipe des Laurentides en 2015. C’est lui qui créait tout en attaque et chaque opportunité se transformait en or.»

Lafrenière poursuit sur sa lancée en fin de saison et termine avec une récolte honnête de 19 points en 27 parties.

«Je me souviens de l’avoir vu à la fin de sa première saison bantam. Il sortait du lot et ça sautait aux yeux», explique quant à lui l’agent Olivier Fortier de la firme Momentum Hockey, qui représente les intérêts du clan Lafrenière.

Un été qui change tout

L’été suivant, Lafrenière ne change pas grand-chose à sa routine estivale qui, depuis des années, est surtout consacrée à la pratique du baseball, un sport où il excelle presque tout autant qu’au hockey.

Saison de baseball oblige, il arrive même légèrement en retard au camp de l’équipe bantam AAA pour entamer sa deuxième année à ce niveau. Et il est méconnaissable.

«Quand il est arrivé au camp, on a commencé à voir le joueur spécial qu’il est devenu, mentionne Paiement. Il était l’un des joueurs les plus rapides sur la glace et il maniait la rondelle comme Patrick Kane. Il anticipait les jeux deux ou trois secondes à l’avance.»

Cette année-là, Lafrenière et les Seigneurs de Mille-Îles ont tout raflé. L’attaquant conclut la saison au premier rang des pointeurs du circuit avec 69 points en 26 matchs.

Jacques, qui s’était retiré du monde du hockey la saison précédente pour des raisons familiales, retourne à l’aréna pour voir Alexis jouer vers la fin de la saison.

«Je ne le reconnaissais plus. Physiquement ce n’était plus le même. Il était fort et avait de la vitesse. Il faisait encore les mêmes lectures qu’avant, mais il était maintenant dominant sur la glace. Il avait une prestance, se souvient-il. C’est incroyable la progression qu’il a eue de pee-wee à bantam AAA deuxième année. Je le dis souvent à mes enfants : il n’a jamais abandonné. Tout ce qu’il a accompli, c’est grâce à lui. Il a travaillé pour obtenir ce qu’il voulait.»

La suite fait partie de l’histoire. La saison suivante, au niveau midget AAA, il déclasse littéralement la compétition. Ses 83 points récoltés en seulement 36 matchs, 15 points devant son plus proche rival Samuel Poulin, constituent un sommet dans la ligue.

Il sera ensuite sélectionné au premier rang par l’Océanic de Rimouski et, après trois saisons remplies de succès, il s’apprête à vivre la même expérience, mais, cette fois, dans la LNH. Et dire qu’on l’a retranché de l’équipe des Jeux du Québec, en 2015...