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Crédit : Joël Lemay / Agence QMI

Canadiens de Montréal

«Il me fait penser à Heatley et Pavelski»

Publié | Mis à jour

Les Canadiens de Montréal ont fait beaucoup de bruit l’an dernier en repêchant Cole Caufield avec leur choix de 1re ronde (15e au total). 

En sélectionnant ce petit ailier droit de 5 pieds 7 pouces et 162 livres, le CH venait de mettre la main sur un joueur que plusieurs experts qualifiaient, depuis déjà plusieurs mois, de «buteur d’exception».      

Après tout, Caufield venait de fracasser le record du plus grand nombre de buts inscrits au sein du Programme national de développement américain. Et cette marque appartenait à nul autre que Phil Kessel. 126 filets en 123 rencontres! Avouez que ce n’est pas rien... 

C’est donc avec une réputation du tonnerre (et les attentes qui venaient avec!) que Caufield a disputé sa première saison dans la NCAA avec les Badgers du Wisconsin lors des derniers mois. Et il n’a pas vraiment ralenti... 

Il a été nommé recrue par excellence de l’Association Big Ten de la NCAA, après une campagne où il a terminé au premier rang des buteurs chez les recrues (19) et au troisième échelon pour les points (36). 

Mais Caufield n’est pas parfait. Il a connu un Championnat mondial junior très difficile en décembre dernier, et n’est jamais vraiment parvenu à faire sa place au sein de la formation américaine. Et comme très rares sont les joueurs qui font l’unanimité, cette contre-performance lui a valu plusieurs critiques. 

Trop petit pour la LNH? Unidimensionnel? Dépendant de son joueur de centre? Feu de paille? 

Ces critiques étaient-elles justifiées? Allez savoir! Mais Caufield a démontré qu’elles étaient à prendre, comme le bon vin, avec modération en complétant sa saison de très belle façon. 

Malgré tout, il est quand même complètement légitime de se demander si Cole Caufield pourra vraiment, un jour, transposer sa formidable magie dans la LNH. 

Le TVASports.ca a aujourd’hui tenté de pousser la réflexion un peu plus loin, en interrogant un homme dont la crédibilité en matière de hockey universitaire n’est plus à faire. 

Todd Milewski couvre, à titre de journaliste sportif pour le Wisconsin State Journal, les activités des Badgers de l’Université du Wisconsin depuis 23 ans. Au fil des années, il a vu plusieurs joueurs évoluant aujourd’hui dans la LNH porter les couleurs de l’équipe. Et il n’a raté aucun match de Cole Caufield la saison dernière, le suivant même à l’extérieur de la patinoire et dans son quotidien de hockeyeur. 

Pour Milewski, il n’y a aucun doute possible : partisans des Canadiens, attendez-vous à être sur le bout de votre siège dans un avenir très rapproché! 

Dans la même catégorie que deux étoiles       

Lorsqu’on lui demande où il situe Caufield par rapport aux autres bons joueurs qu’il a vus passer au fil de sa carrière, Milewski se montre d’abord prudent. 

«C’est difficile pour moi de comparer Cole à d’autres joueurs, car il n’a joué qu’une seule saison avec les Badgers jusqu’ici, alors que la majorité en jouent plusieurs, habituellement. Ce que je peux dire, c’est qu’il a connu une excellente première saison dans la NCAA. Il a répondu aux attentes, sans aucun doute. 

«Il a su conclure les jeux avec constance, et il a toujours eu un gros impact sur les matchs de l’équipe. Avec ce qu’il a démontré, il n'est pas exagéré de croire qu’il aura une longue carrière dans la LNH. Cole a un talent de marqueur naturel. C’est impressionnant. Pour l’avoir observé de très près, il peut mettre la rondelle où il le veut. Et je n’exagère pas.»

Mais l’auteur de ces lignes, bien que satisfait de la réponse, est désireux d’avoir un comparatif à se mettre sous la dent. Il relance donc Milewski en lui demandant de n’évaluer que la première saison des autres joueurs dans son analyse. La réponse qui s’en suit est plutôt surprenante. 

«Je crois qu’il est juste de comparer le niveau de jeu de Cole, à sa première saison dans la NCAA, à celui qu’ont présenté Dany Heatley et Joe Pavelski au même moment. Il me faisait penser à eux, parfois. Cela dit, il est extrêmement difficile de savoir si Caufield pourra transposer sa sublime constance dans la LNH, à l’image de ce qu’ont fait Pavelski et Heatley. Mais si l’on concentre notre analyse seulement sur la première saison, je n’ai pas peur de dire que c’est un comparatif juste.»      

Impressionné par deux choses       

En discutant avec Milewski, on se rend compte qu’il est très objectif par rapport à son évaluation du jeu de Cole Caufield. S’il lui reconnaît certaines lacunes (que vous constaterez plus bas!), il n’hésite pas non plus à cibler deux aspects chez lui qui l’impressionnent beaucoup. 

«Sa préparation, bien honnêtement, est remarquable. C’est beaucoup plus que passer quelques heures sur la glace. Il met un effort complètement fou à travailler sur lui à l’extérieur de la glace. Et il trouve constamment des moyens originaux de le faire. Il m’a récemment dit qu’il passait des heures à dribbler avec son bâton et une balle de golf. 

«Quand je lui ai demandé pourquoi, il m’a répondu qu’il voulait seulement améliorer la vitesse de ses mains et les rendre plus efficaces dans les espaces restreints. Cole est un gars qui se sert de chaque minute passée à l’extérieur de l’aréna pour améliorer les petites choses. Et je crois que c’est ce genre de souci du détail qui finit par faire la différence entre un bon joueur et un joueur sublime.»

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Crédit photo : Joël Lemay / Agence QMI

Milewski cible également un autre domaine où excelle Caufield. Et soyons honnêtes, l’aptitude décrite ci-bas l’aidera assurément beaucoup à Montréal! 

«Il est extrêmement mature et il est de glace en entrevue devant les journalistes. Personne ne le déstabilise. Il dit ce qu’il veut dire, et c’est tout. Il n’avait que 18 ans la saison dernière et il avait déjà une énorme attention médiatique sur lui. Mais il a géré ça en professionnel et c’est clairement quelque chose qui va l’aider dans un marché comme Montréal.»

«C’est quelque chose de Marc Bergevin lui a demandé de travailler»      

Mais Caufield n’a pas que des qualités. Comme tous les jeunes joueurs, certaines facettes de son jeu demeurent à peaufiner. 

Lors du dernier Championnat mondial junior, où il n’a marqué qu’un seul but en cinq matchs, plusieurs ont critiqué le manque d’engagement et d’implication du petit attaquant. On lui reprochait beaucoup de ne jouer qu’en périphérie, d’attendre la passe parfaite et de ne pas suffisamment dicter le jeu par lui-même. Milewski avoue que certains entraîneurs à qui il a parlé sont également de cet avis. 

«Certains disent qu’il doit améliorer sa façon d’aborder quelques situations spécifiques. Il doit apprendre à dicter le tempo d’un match. Il ne doit pas seulement attendre une passe seul sur son île déserte en s’effaçant du jeu.

«Mais il sait qu’il doit devenir un joueur qui excelle sur la surface de jeu entière. Et il y travaille beaucoup. Il veut, et il doit s’impliquer davantage lors des sorties de zone. On veut le voir transporter la rondelle davantage, plutôt que de l’attendre constamment de l’autre côté. Marc Bergevin lui a justement demandé de travailler là-dessus et c’est quelque chose que Cole prend très au sérieux.      

«Il n’y a vraiment pas beaucoup de joueurs qui peuvent atteindre la LNH en étant exclusivement des marqueurs de buts. Cole doit démontrer qu’il sait faire autre chose. Cela dit, je ne suis pas du tout inquiet pour lui, car je sais qu’il est en mesure de le faire.»

Trop petit pour la LNH?       

Outre ses statistiques pour le moins renversantes, Caufield attire aussi l’attention (et les doutes!) en raison de son petit gabarit. 

Milewski croit-il que Caufield sera défavorisé par cet aspect? Sa réponse a le mérite d’être honnête.

«Évidemment! C’est sûr que c’est plus difficile de contourner un grand défenseur quand tu mesures 5 pieds 7 pouces que lorsque tu mesures 6 pieds 2 pouces. Il y a plusieurs grands défenseurs dans la LNH. Pour l’instant, il s’adapte très bien à cette réalité dans la NCAA. 

«Mais entre toi et moi, ce n’est pas du tout la même histoire dans la LNH. Il faudra voir comment il saura établir les bases de son jeu dans la grande ligue. C’est quelque chose qui est très difficile à prévoir.»

Attentes élevées      

Vous l’avez compris au fil de votre lecture : Caufield a connu une excellente première campagne dans la NCAA. 

Cependant, Marc Bergevin et le petit droitier ont convenu qu’il lui était préférable de retourner chez les Badgers pour une autre saison l’an prochain. 

Quelle genre de campagne, ou de carte de visite, devra-t-il laisser cette fois? 

«À la base, il a prouvé l’an dernier que c’était un gars qui pouvait produire au rythme d’un point par match. La formation changera beaucoup l’an prochain. Son joueur de centre, Alex Turcotte, ne sera plus là. L’avantage numérique sera aussi différent avec le départ de K’Andre Miller. 

«Mais d’autres bons éléments vont se greffer au groupe et Cole devra offrir une production supérieure à celle de l’an dernier. On doit voir une progression qui démontrera qu’il a travaillé fort cet été. Cole a récemment dit qu’il voulait remporter le trophée Hobey Baker, remis au joueur par excellence du circuit. Il a de grandes attentes envers lui. Il croit en ses moyens et il est légitime de croire qu’il pourrait réaliser l’exploit.»

Cole Caufield
Crédit photo : Photo courtoisie, Greg Anderson

«Il excitera les partisans!»      

Questionné sur ce qu’il pense que Caufield offrira comme niveau de jeu à Montréal, le journaliste du Wisconsin State Journal y va d’une réponse plutôt intéressante. 

«Il aime faire réagir la foule et impressionner les gens. Il excitera assurément les partisans! Il est en mesure de faire des choses avec une rondelle que personne d’autre ne sait faire. Parfois, ses tentatives sont ambitieuses, mais quand ça fonctionne, c’est très beau!»

Cette dernière phrase fait réagir l’auteur de ces lignes, qui associe aussitôt cette description à celle que l’on collait autrefois au jeune... P.K. Subban! Milewski acquiesce en riant. 

«Tu as totalement raison! Cole, à l’image de P.K., est du genre : "donne moi la rondelle et tu verras ce que je sais faire avec!".»      

Quelles sont ses limites?       

Impossible de laisser partir Todd Milewski sans lui demander une prédiction. Après tout, il a vu jouer Cole Caufield plus souvent que quiconque cette année! 

Alors, deviendra-t-il, selon lui, le marqueur tant espéré à Montréal? Où se situe la limite du franc-tireur? 25 buts, 30, 40? 

«Je vais te répondre ceci : peu importe la prédiction que les gens vont faire, il voudra tout faire pour dépasser ce chiffre. Il est comme ça. Il veut constamment prouver aux gens que son potentiel est illimité. Les gens disaient qu’il était trop petit, et regarde ce qu’il a fait avec le Programme national de développement américain! 

«Les gens disent que Cole a bénéficié de bons joueurs de centre au fil de son parcours. Ils nomment Alex Turcotte et Jack Hughes. C’est vrai qu’il a été bien entouré. Mais cela prenait quand même un joueur pour les terminer, ces jeux! Et Caufield a toujours répondu présent. 

«Si tu lui dis qu’il ne marquera pas 30 buts dans la LNH, il va tout faire pour te prouver que tu te trompes.»      

Il ne reste maintenant plus qu’à laisser le temps faire son œuvre...