Marc Bergevin

Crédit : Photo d'archives, Pierre-Paul Poulin

Canadiens de Montréal

Purge chez les Sabres: et si ça avait été le CH?

Publié | Mis à jour

Les Sabres ont procédé à un grand ménage d’une proportion épique dans les derniers jours. Tandis que la planète hockey s’indigne, deux anciens porte-couleurs québécois de l’organisation, Martin Biron et Jason Pominville, affirment que l’ampleur du coup de balai est renversante, mais justifiée.

Les Sabres n’ont pas fait les séries depuis la saison 2010-11 et se retrouvent cette année tout juste exclus du tournoi éliminatoire regroupant 24 équipes, qui devrait prendre son envol en août.

Dehors, donc, le directeur général Jason Botteril. Dehors, ses deux assistants. Dehors l’entraîneur-chef du club-école de Rochester, Chris Taylor, ainsi que deux adjoints. Au total, 22 hommes de hockey, dont 13 dépisteurs, sont passés dans le tordeur.

«Botterill et ses hommes sont de bonnes têtes de hockey, mais avec les résultats des dernières années, il fallait s’y attendre. Ce n’est pas normal que 24 équipes fassent partie des séries et que les Sabres ne soient pas là. Je m’attendais juste à ce que ça arrive il y a un mois plutôt que cette semaine», a réagi Biron, en entrevue au Journal.

«Avec la situation de la COVID, la saison s’est terminée dans l’incertitude et les propriétaires n’avaient pas eu l’opportunité d’étudier tous leurs dossiers, ce qu’ils ont fait dans les dernières semaines pour en arriver là.»

Mauvais repêchages

L’ancien gardien, qui réside à Buffalo et qui est analyste aux matchs des Sabres, est d’avis que des repêchages difficiles pendant plusieurs années ont mené au sabrage dans l’équipe de dépisteurs.

«Après cinq ou six années de résultats mitigés, à l’interne, tu te dois d’évaluer ton personnel. Buffalo est un petit marché et c’est fini le temps où les échanges et agents libres bâtissaient l’équipe. Tu dois viser juste au repêchage», a indiqué Biron.

L’exemple des Bills

Les Sabres sont la propriété de Terry et Kim Pegula, qui sont aussi propriétaires des Bills, dans la NFL.

«Quand ils sont arrivés avec les Bills, ils ont aussi fait le ménage et les ont ramenés sur la voie du succès. Leur recette a porté fruit et ils veulent l’appliquer aux Sabres», croit Biron.

Cependant, plusieurs médias et partisans de Buffalo les sentent justement davantage investis dans la cause du football que du hockey, ce qui leur vaut de nombreuses critiques.

«Ils ont payé les Sabres 190 millions $ et les Bills 1,4 milliard $. Notre attention serait peut-être aussi plus soutenue sur le gros investissement», a pour sa part lancé en riant Jason Pominville.

Ce dernier a disputé 10 saisons avec les Sabres et a bien connu les propriétaires, qu’il n’est pas prêt à condamner.

«J’ai joué pour les Pegula et ils traitent très bien leurs joueurs. Ils ont refait le vestiaire, les bureaux de l’équipe, le gymnase. Ils sont très impliqués dans l’équipe et on les voyait régulièrement. Ce sont de bons propriétaires», a-t-il tranché.

Quant au nouveau grand patron Kevyn Adams, Pominville l’a connu à l’époque où il était entraîneur adjoint chez les Sabres, avant de graduer jusqu’à devenir bras droit des Pegula sur le plan des affaires.

«Il est placé dans une situation où il a peu d’expérience au niveau des opérations hockey. Plusieurs à Buffalo semblent penser qu’il a été mis dans ce rôle pour couper les budgets. Il faudra voir si les propriétaires lui laissent carte blanche pour s’entourer d’hommes de hockey d’expérience», s’est-il questionné.

Et si c'était le Canadien?

Au moment de l’interruption des activités dans la LNH le 12 mars, le Canadien devait se mesurer aux Sabres. Difficile de ne pas se demander si les événements n’auraient pas tourné autrement advenant une victoire de Buffalo.

Au moment de l’affrontement, les Sabres accusaient un retard de trois points sur le Tricolore, mais bénéficiaient de deux matchs en main. Imaginons un seul instant qu’ils l’aient emporté et que la route se soit ensuite poursuivie.

«Si les Sabres avaient gagné ce match-là, que la saison s’était étirée juste un peu et qu’ils s’étaient taillés une place dans le tournoi, il n’y a aucune chance que le ménage qu’on voit ne soit arrivé», a soulevé Pominville.

«Les décisions qu’on voit en ce moment auraient pu être inversées dans les deux organisations. Les questions entoureraient probablement plus Marc Bergevin et les opérations hockey du Canadien que les Sabres. La ligne est très mince», a renchéri Biron.

Sur la bonne voie ?

L’histoire ne peut être refaite de toute façon et sur l’avenir des Sabres, Pominville et Biron ne partagent pas forcément la même évaluation.

«Je pense qu’ils s’en allaient dans la bonne direction. Je suis allé les voir jouer souvent cette saison et les choses s’amélioraient», estime le premier.

«On ne peut pas dire que les Sabres sont près du but», réfléchit le second. Il y a encore beaucoup de trous, surtout à l’attaque. Il y a de très beaux morceaux en place, mais je ne crois pas qu’ils soient si proches d’être un club de séries.»

Là où les deux Québécois sont entièrement d’accord, c’est dans leur croyance que malgré la tempête, l’organisation fait les choses comme il se doit.

«C’est frustrant pour les partisans parce qu’ils réclament un club gagnant, mais les propriétaires posent justement les gestes pour en arriver là. Ils savent qu’il y a des choses à améliorer et ils y travaillent», fait valoir Biron.

«C’est très rare de voir un tel ménage. Je me demande même si c’est du jamais-vu. La situation est spéciale, mais je suis convaincu qu’ils ont un bon plan», ajoute Pominville.