Repêchage 2020 de la LNH

Repêchage: un Paul Byron sur les stéroïdes

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Des bons joueurs, Mike Johnston en a vu défiler au cours de sa carrière d’entraîneur. Celui qui a dirigé les Sidney Crosby, Evgeni Malkin et Kristopher Letang pendant un peu plus d’un an avec les Penguins de Pittsburgh a aussi eu la chance de développer des joyaux comme Seth Jones, Ryan Johansen, Nino Niederreiter et Cody Glass. 

Le pilote des Winterhawks de Portland dans la la Ligue junior de l’Ouest (WHL) est très enthousiaste au sujet de son petit dernier, un attaquant dynamique du nom de Seth Jarvis. Au bout du fil, on croirait qu’il fait la description d’un Paul Byron dopé aux stéroïdes, doté de mains de soie.    

Cette saison, le Manitobain a récolté 98 points, dont 42 buts, en 58 matchs pour traîner son équipe jusqu’au sommet du classement de la WHL. Sa moyenne de point par match est supérieure à celle de Leon Draisaitl au même âge. Et Jarvis a compilé ces chiffres en évoluant à la droite d’un joueur de centre de 16 ans, Jack O’Brien. 

Jarvis présente l’un des profils les plus uniques parmi les espoirs admissibles au prochain repêchage de la Ligue nationale de hockey (LNH). D’ordinaire, on dit des petits joueurs ayant empilé les points dans le junior qu’ils représentent un risque, mais que ce risque pourrait s’avérer très payant. 

Ce serait un raccourci intellectuel que d’évaluer Jarvis de cette façon. 

«Je vais être honnête avec toi, par le passé, j’ai eu des joueurs qui ont affiché des statistiques phénoménales dans le junior, mais je voyais certains aspects de leur jeu qui ne se transposeraient pas dans la LNH, confie Johnston dans le cadre d'un entretien avec le TVASports.ca. Ils n’étaient pas assez compétitifs, ils n’avaient pas la vitesse ou ils n’avaient pas une approche professionnelle ou encore la résilience nécessaire.» 

«Mais il n’y a pas vraiment de failles dans le jeu de Jarvis. Les recruteurs me demandent quelles sont ses faiblesses et je réponds franchement : "Écoute, je ne suis vraiment pas capable d’en trouver, le jeune coche toutes les cases."»     

Il n’y a aucun doute dans l’esprit de Johnston : Jarvis sera un joueur de la LNH et un couteau suisse dans l’arsenal de son futur entraîneur. Cette saison, le jeune homme a excellé en infériorité numérique pour les Winterhawks. 

«La plupart des vedettes dans le junior ne sont pas forcément des joueurs de premier plan à court d’un homme, note Johnston. J’ai dit aux recruteurs qu’à sa première année dans la Ligue, il peut jouer au sein du troisième ou du quatrième trio. Il peut tout faire. Il peut écouler des punitions et tu peux le déployer en fin de match, il est responsable.» 

Ses virages donnent le tournis     

Jarvis est tombé dans l’œil de Jack Han, un ancien expert du développement avec les Maple Leafs de Toronto. Han, qui se spécialise dans l’analyse vidéo et statistique, est particulièrement intrigué par le talent inné de l’attaquant pour changer de direction et de vitesse avec la rondelle. 

«Ses mains et ses pieds peuvent travailler de façon indépendante dans le tempo d’un match, ce qui lui permet de faire mine d’aller vers l’extérieur avant d’attaquer le centre de la glace, peut-on lire dans un récent blogue de Han. C’est une caractéristique qu’on retrouve chez tous les attaquants de la LNH qui sont dominants en zone neutre, comme Nikolaj Ehlers, William Nylander, Mathew Barzal et Nathan MacKinnon.» 

On retrouve chez Jarvis cette coordination presque impeccable, cette finesse dans le maniement de rondelle qui ne ment pas et qui a tendance à être très précieuse dans la LNH, où la cadence est extrêmement élevée par rapport aux autres ligues.  

«Ce n’est pas Connor McDavid, mais il joue à un tempo élevé, mentionne pour sa part Johnston. Glass et Johansen, deux joueurs que j’ai dirigés, aimaient ralentir le jeu et attirer des gens vers eux. Ce gars-là joue à pleine vitesse. Il pivote adroitement, il est vif dans ses virages.» 

Dans le viseur de Timmins?    

Jarvis pourrait être un prix de consolation très intéressant pour les Canadiens de Montréal si l’équipe devait surprendre les Penguins et hériter d’un choix au repêchage moins enviable. Dans les différentes listes, le marchand de vitesse est classé entre les 11e et 20e rangs. Le service de recrutement ISS Hockey en est moins friand, lui attribuant le 29e échelon. 

Toutefois, on ne peut jamais exclure la possibilité qu’une équipe ayant eu un coup de foudre défie le consensus. Jarvis n’a cessé de progresser au fur et à mesure que la saison avançait. 

«Il a fait un gros bond lors de la deuxième moitié du calendrier, raconte Johnston. Au début, je le trouvais bon et je le voyais probablement sortir vers la fin du premier tour. Puis, il a décollé, il a simplement atteint un autre niveau. Il a montré à tout le monde qu’il pouvait transporter une jeune équipe.» 

«Il a pris un pouce et demi et presque 15 livres au cours de l’année, donc il commence à vraiment à "remplir" sa charpente», ajoute-t-il. 

Ailier à la Panarin    

Invité à mentionner un joueur de la LNH dont le style est semblable à celui de Jarvis, Johnston prend quelques instants pour réfléchir puis y va d'une précision concernant la position de l'espoir.

La Centrale de recrutement considère Jarvis comme un joueur de centre, mais il a en fait passé l'essentiel de la saison à l'aile, où il est plus efficace selon l'entraîneur-chef des Winterhawks. 

«Ça lui donne plus de liberté pour attaquer les espaces libres avec sa vitesse, fait valoir Johnston. Même si je ne le vois pas nécessairement comme un centre, je dirais qu'il est un peu comme Brayden Point. Ou Artemi Panarin [qui lui joue à l'aile].»