Series coupe Stanley 1987

Crédit : Le Journal de Montreal

Canadiens de Montréal

Une bagarre générale invraisemblable

Jonathan Bernier

Publié | Mis à jour

Ce n’était qu’une superstition enfantine, une habitude que Claude Lemieux et Shayne Corson avaient instaurée depuis le début de la saison. Pourtant, le soir du 14 mai 1987, l’idée de lancer une rondelle dans le filet adverse au terme de la période d’échauffement a transformé la glace du Forum en arène de boxe.

Las de voir les deux jeunes joueurs du Canadien faire leur petit manège, Ed Hospodar et Glenn Resch ont décidé qu’ils allaient y mettre un terme. Après une tentative infructueuse à Philadelphie, deux jours plus tôt (ils avaient tourné le filet face à la bande), les deux joueurs des Flyers ont pris les grands moyens. 

«Ils s’étaient cachés près de leur banc. Quand on est rembarqués sur la patinoire, ça a été la guerre», raconte Lemieux sur qui Hospodar s’était rué après que Resch eut passé près de le décapiter avec son bâton.

Sur la touche pendant pratiquement toute la durée des séries en raison de fractures aux côtes, Dave Poulin avait été témoin des frasques de Lemieux et Corson lors des cinq premières confrontations de cette finale de l’Association Prince-de-Galles.

Il savait que la mise en scène irritait ses coéquipiers, mais il ignorait que ça irait aussi loin.

«J’aurais pu me douter pour Hospodar. Mais jamais dans le cas de Resch, soutient Poulin, aujourd’hui analyste à TSN. Chico, c’était la voix de la raison, celui qui calmait habituellement tout le monde. En fait, c’était comme avoir son père à côté de soi.»

Sauf que, ce soir-là, la raison a pris le bord. Tout comme ce qui restait de réputation à la LNH, lorsque les joueurs des deux équipes, dont certains à moitié vêtus, sont revenus sur la glace pour participer à l’une des plus spectaculaires bagarres générales des années 1980.

«C’était surréel», qualifie Poulin.

Sur la glace en gougounes 

De retour au jeu lors de ce match, ce dernier raconte que c’est la clameur dans le Forum qui a d’abord attiré l’attention des joueurs. Puis, lorsque l’un des employés de soutien des Flyers a accouru dans le vestiaire pour alerter tout le monde, ce fut le branle-bas de combat.

Poulin, alors capitaine des Flyers, raconte que ses coéquipiers, dont la plupart avaient retiré la moitié de leur équipement, couraient dans tous les sens, tentant de déterminer s’ils allaient remettre leurs épaulettes ou simplement enfiler leur chandail. Mark Howe, futur membre du Temple de la Renommée, y est allé d’un choix plutôt inusité.

«Il s’est présenté avec un bâton dans les mains. Quand je lui ai demandé ce qu’il faisait là, il m’a répondu que c’était un vieux réflexe de l’époque de l’Association mondiale de hockey», décrit Poulin.

«Dans le temps, tu n’allais pas dans une mêlée générale sans ton bâton», lui avait répliqué le défenseur.

Toutefois, en revisionnant la séquence d’une quinzaine de minutes, il est toujours stupéfiant de remarquer que, non seulement certains patineurs des Flyers sont en bedaine, mais que l’un d’eux s’amène sur la glace en... gougounes.

«C’était Doug Crossman, confirme le lauréat du trophée Selke de cette saison 1986-87. C’était un pacificateur dans l’âme. D’ailleurs, il parlait comme un hippy : “Voyons les gars ! Il se passe quoi, là ?”»

La fin d’une époque 

Au total, cette bagarre générale aura duré une quinzaine de minutes... sans aucun officiel sur la patinoire. Une mêlée au terme de laquelle aucune punition n’a été décernée et un seul joueur, Hospodar, a été expulsé (le lendemain, il sera suspendu pour le reste des séries).

Gênée par cet œil au beurre noir, la LNH instaura, au cours de l’été suivant, une série de nouveaux règlements dans l’espoir d’éliminer ce genre d’événement embarrassant.

Parmi ceux-ci, le règlement 70,1 pénalisant tout joueur quittant le banc pour engager le combat. À l’époque, on parle d’une suspension de 10 matchs et d’une amende maximale de 10 000 $ US. Les entraîneurs s’exposent également à une sévère amende s’ils perdent le contrôle de leur banc.

«Je ne comprends pas pourquoi ça n’avait pas été fait après la bataille du Vendredi saint contre les Nordiques. Il faut croire que contre les Flyers, ça avait dépassé les bornes», plaide Chris Nilan, aujourd’hui hôte de l’émission Off the Cuff sur les ondes radiophoniques de TSN 690.

De plus, à partir de ce moment, la LNH a limité le nombre de joueurs pouvant prendre part à la période d’échauffement.

La mise en place de ces nouvelles règles a eu l’effet escompté. La bagarre générale entre le Canadien et les Flyers n’a pas été la dernière, mais ce genre de foire a, dès lors, pratiquement disparu.

Néanmoins, Poulin ne comprend pas que 33 ans plus tard, les officiels ne soient toujours pas sur la patinoire lors de la période d’échauffement.

Il faut dire que le hockey, comme la société, a évolué. D’ailleurs, Poulin et Nilan s’imaginent mal un pareil cirque en 2020.

«Si ce genre d’événement arrivait aujourd’hui, du monde serait arrêté et jeté en prison», souligne Nilan, sourire aux lèvres.

À l’époque, les protagonistes ont été mis à l’amende par la LNH. Une punition ridicule de 500 $ (1000 $ dans certains cas) pour un total de 24 500 $.