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«Enfiler mon équipement était devenu un fardeau»

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On entend souvent parler de carrières qui se sont terminées à la suite d’une ou de trop nombreuses blessures. Mais en vérité, combien de parcours ont, sans prendre fin à proprement dit, pris une tournure négative à la suite d’un problème de santé? 

En cherchant un peu, il est malheureusement possible de constater que plusieurs hockeyeurs, qui avaient un immense potentiel, n’ont finalement jamais pu exploiter la totalité de leur talent en raison de pépins médicaux. Certains (beaucoup) plus graves que d'autres.       

Joël Perrault fait clairement partie de cette catégorie de patineurs. Soyons bien clairs : le Québécois peut être très fier de sa carrière professionnelle. Il a accompli des choses que la majorité des jeunes hockeyeurs d’ici n’arriveront jamais à faire. 

96 matchs dans la LNH, parcours junior ponctué de réussites... Le hic, c’est que malgré la fierté liée à son cheminement, Perrault a l’impression qu’il aurait pu faire encore mieux. Peut-être même beaucoup mieux. 

Chaque fois où il semblait sur le point de s’établir pour de bon dans la LNH, la malchance lui tombait dessus. Et la patience d’un homme a ses limites. 

Portrait d’un ex-hockeyeur professionnel dont la carrière aurait pu être bien différente...

Dans la moyenne       

Originaire de Saint-Hubert, Perrault dispute la totalité de son hockey mineur dans cette municipalité de la Montérégie. 

«J’étais bon, mais je n’étais pas considéré, plus jeune, comme un gars de l’élite. En général, je jouais au niveau CC à ma première année, puis AA à ma deuxième.»

Perrault se développe toutefois assez rapidement et plus les années passent, plus il sort du lot parmi les joueurs de son âge. À 16 ans, il parvient à se tailler un poste chez les Gaulois du Collège Antoine-Girouard dans le midget AAA.

Les plans de Joël sont toutefois contrecarrés une première fois à son cinquième match avec les Gaulois. 

«Je me suis fracturé la clavicule. J’ai raté trois mois et demi!»     

Perrault dispute finalement 19 matchs cette année-là, récoltant tout de même 11 points. 

Il se rend au repêchage de la LHJMQ sans trop d’attentes. 

Direction...      

La journée de l’encan arrive et le jeune patineur n’a finalement pas à attendre trop longtemps avant d’être sélectionné. 

Dès la troisième ronde, les dirigeants du Drakkar de Baie-Comeau montent sur l’estrade et prononcent son nom. 

Direction la Côte-Nord pour Perrault!

Crédit photo : LHJMQ

Premiers coups de patin      

Loin d’être intimidé par ce nouveau chapitre, Joël, alors âgé de 17 ans, attire les regards dès son premier camp d’entraînement. 

«J’ai honnêtement connu un sublime camp. J’ai fait le club à ma première saison.»

Cette saison-là, l’équipe compte sur un solide noyau. Yanick Lehoux et Marco Charpentier, deux talentueux vétérans, constituent la base d’une offensive assez âgée. 

Malgré un talent et une volonté indéniables, le temps de glace de Perrault, l’un des plus jeunes joueurs de l’équipe, demeure relativement très bas. 

«Quand je jouais, c’était sur la quatrième ligne. Parfois, quand quelqu’un se blessait, j’allais faire quelques présences sur la première ligne, mais je n’obtenais pas vraiment de grosses minutes.»     

Mais le patineur de Saint-Hubert sait que même s’il dispute sa première année dans la LHJMQ et que cela demande une certaine patience, il joue également son futur. À 17 ans, cette saison-là est également celle dont les formations de la LNH vont se servir pour l’évaluer en vue du repêchage ayant lieu... à peine quelques mois plus tard! 

Perrault, malgré un nombre assez bas de présences sur la glace, parvient quand même à conclure sa première saison junior avec 24 points en 68 matchs. 

L’encan de la LNH se tenant en Floride, il décide de s’y rendre avec son père, son frère et son agent. 

«Une belle surprise»     

Perrault débarque donc en Floride avec les membres de «sa garde rapprochée». Il ne s’attend vraiment à rien. 

Les premières rondes passent et plusieurs noms sont prononcés, mais pas le sien. 

Puis arrive la cinquième ronde. Plongé dans ses pensées, le hockeyeur en est soudainement extirpé. 

«Du Drakkar de Baie-Comeau, les Mighty Ducks sont fiers de sélectionner : Joël Perrault!»

Encore aujourd’hui, le sympathique gaillard est tout sourire lorsqu’il revient sur cette journée. 

«C’était vraiment une belle surprise! À l’époque, il y avait neuf rondes et c’est sûr que considérant la première saison junior que j’avais eue, c’était assez surprenant moi pour de sortir en cinquième ronde. Disons, toutefois, que ça m’a donné énormément confiance pour la suite des choses dans la LHJMQ...»     

Preuves irréfutables      

À sa deuxième saison dans le circuit Courteau, Perrault obtient beaucoup plus de temps de glace. Et cela se répercute sur ses statistiques. 

Il conclut sa saison de 18 ans avec une récolte de 62 points en 57 matchs. 

Puis, à 19 ans, l’éclosion.

En 2002-2003, le Drakkar termine la saison au 1er rang du circuit. Et disons que Perrault a un énorme mot à dire sur les succès de l’équipe. 

Il marque 51 buts, récolte 116 points en 70 matchs et s’approprie le prestigieux titre de champion-marqueur de la LHJMQ. Il devance des joueurs comme Pierre-Alexandre Parenteau, Maxime Talbot et Steve Bernier. Il est également nommé «joueur de l’année» dans la LHJMQ et est également considéré pour le titre de «joueur de l’année» dans la Ligue canadienne. 

L’été arrive, et Perrault n’a qu’un objectif pour l’automne à venir : passez chez les professionnels et... y performer! 

Premier coup dur      

En 2003-2004, Perrault prend donc la route de Cincinnati, où se trouve le club-école des Mighty Ducks. 

Sa première saison dans la Ligue américaine est plutôt concluante, alors qu’il amasse 28 points en 65 matchs. 

«J’avais beaucoup de temps de glace et les entraîneurs me faisaient confiance.»

À sa deuxième saison dans l’AHL, l’année du lock-out dans la LNH, Perrault poursuit son bon travail. Il connaît un excellent départ. 

«Ça se passait très bien. Je sentais vraiment que je progressais dans la hiérarchie des Mighty Ducks. Je figurais bien parmi les espoirs du club.»

Au mois de décembre 2004, il occupe le premier rang des pointeurs de l’équipe des Mighty Ducks de Cincinnati et il déborde de confiance. Mais la malchance lui tombe subitement dessus. 

«J’ai fait ma première commotion cérébrale. Ça a fait reculer ma progression de façon significative. J’ai dû rater deux mois et demi. Quand je suis revenu au jeu, tous les symptômes sont revenus. J’ai donc dû quitter à nouveau. Globalement, j’ai raté près d’un an de hockey à cause de cette commotion-là.     

«C’était très dur à vivre. À un certain moment, je me suis même demandé si j’allais pouvoir rejouer. En plus de ma situation médicale, je savais que je disputais ma dernière année de contrat, donc ça me mettait beaucoup de pression.»

Un retour remarqué      

Perrault ne revient au jeu qu’en janvier 2006. Pendant sa convalescence, le club-école des Mighty Ducks déménage à Portland et c’est donc à cet endroit que le talentueux patineur renoue avec l’action, après un bref passage de trois matchs dans la Ligue East Coast. 

«L’entraîneur, à Portland, m’avait suggéré de me rendre à Augusta pour tester ma tête. J’étais un peu fâché au début, mais je l’ai remercié après tout ça.»

Dans l’ECHL, Joël prouve que ses maux de tête sont véritablement derrière lui. 

Il amasse six points en trois matchs et revient dans la Ligue américaine rempli de confiance.

«À Portland, nous avions une excellente équipe, honnêtement. Il y avait des gars comme Getzlaf, Perry, Parenteau et Penner dans le club. 

«Sur le plan personnel, ça s’est super bien passé. J’avais plus d’un point par match.»

Nouveau départ     

Cette année-là, Anaheim possède une formation qui aspire à remporter la coupe Stanley. En recherche de profondeur en vue des éliminatoires, le directeur général du club, Brian Burke, échange Perrault aux Coyotes de l’Arizona à la date limite des transactions. 

Même s’il est quelque peu surpris par l’annonce au départ, le Québécois comprend rapidement que la transaction constitue une véritable bénédiction pour lui. 

À son arrivée à San Antonio, les dirigeants des Coyotes le contactent en lui disant qu’il aura rapidement sa chance dans la LNH. 

12 matchs et sept points plus tard, le téléphone sonne. Il est rappelé par les Coyotes et disputera les cinq dernières rencontres de la saison avec l’équipe!

«J’étais vraiment heureux. J’étais passé d’un gars qui n’était plus certain de pouvoir jouer au hockey à un gars qui allait disputer son premier match dans la LNH. C’était vraiment un sentiment fantastique. À cette époque-là, Wayne Gretzky était l’entraîneur-chef des Coyotes et il m’a vraiment donné une chance. C’est un gars que j’ai adoré.»     

Après quatre parties, Perrault revendique une aide. Puis, lors du tout dernier match de la saison 2005-2006, à St. Louis, il vit un moment qu’il n’est pas près d’oublier. 

«Nous étions entre la première et la deuxième période. Dans le vestaire, Wayne était venu me voir et il m’avait dit : "Tu vas voir, tu vas marquer ton premier but en deuxième!"

«La deuxième période a repris et devine quoi? J’ai marqué! C’était sur une échappée. À mon retour au banc, Gretzky m’attendait. il avait le sourire fendu jusqu’aux oreilles! Après tout ce que j’avais enduré lors de la saison précédente, c’était vraiment la meilleure façon de terminer la campagne.»

Avant l’été, il signe une prolongation de contrat d’un an (deux volets) avec les Coyotes. 

Grandes attentes, plans changés       

Le camp d’entraînement des Coyotes et le mois de septembre arrivent rapidement. 

Perrault, qui s’est entraîné fort tout l’été, voit grand. 

«Je devais, avec raison, faire ma place. Cette année-là, les Coyotes avaient signé plusieurs vétérans. Owen Nolan, Jeremy Roenick et Yanic Perreault, pour ne nommer que ceux-là, étaient notamment parmi les meneurs du groupe. La compétition était relevée.

«Mais j’ai eu un excellent camp et j’ai entamé la saison à Phoenix.»

Crédit photo : Zimbio

Perrault marque dès le premier match de la saison, mais l’équipe sombre rapidement dans une mauvaise séquence. Après neuf matchs, Perrault est retourné à San Antonio. Mais son contrat implique qu’il doit passer par le ballotage avant de s’y rendre...

«Les Blues de St. Louis en ont profité pour me réclamer. Je me sentais un peu déçu. J’avais beaucoup aimé mon passage avec les Coyotes et je me sentais vraiment bien avec Wayne Gretzky. J’ai su par après que les Coyotes étaient également déçus de me perdre.»

Un endroit «pas pour moi»     

Perrault débarque tout de même à St. Louis plein de bonnes intentions, mais constate rapidement que les Blues ne sont peut-être pas l’équipe pour lui.

«Je ne me sentais pas très à l’aise. Je suis arrivé là-bas et l’équipe devait être sur une séquence de 15 défaites consécutives. L’entraîneur venait d’être congédié et l’équipe était remplie de vétérans, dont Keith Tkachuk et Doug Weight. C’est sûr que l’entraîneur en poste devait être réticent à l'idée de faire jouer un jeune comme moi, qui n’avait que quelques matchs d’expérience dans la LNH.

«J’étais constamment dans les estrades et je me retrouvais seul à l’hôtel, dans une organisation que je ne connaissais pas. Quand je jouais, c’était deux minutes par match.»     

En décembre, les Blues annoncent à Perrault qu’il est retourné dans la Ligue américaine. Mais encore une fois, il doit passer par le ballotage. Et devinez qui le réclame... 

«Les Coyotes m’ont rapatrié! J’étais vraiment content. Je sentais vraiment que je faisais du surplace à St. Louis...»

Nouvelle malchance     

À son retour à Phoenix, Perrault dispute quelques matchs dans la LNH. Il retrouve ses anciens coéquipiers et entraîneurs, et on lui offre un temps de glace raisonnable. 

Après quelques matchs, on lui indique le chemin de San Antonio, en décembre. 

«Les entraîneurs m’ont dit qu’ils souhaitaient que j’amasse quelques points dans la Ligue américaine.»

Perrault répond aux attentes. Après 7 matchs, il revendique 10 points. 

«Tout roulait. J’étais dangereux offensivement. Une fin de semaine, nous étions en voyage au Canada. Nous avions deux matchs. Nous avions joué contre Toronto le vendredi, et devions affronter Hamilton le lendemain. Je marque deux buts contre Toronto, puis le directeur général me dit que je vais rejoindre les Coyotes après le match contre Hamilton. 

«J’étais très heureux, car je sentais que j’avais retrouvé mon rythme. Mais je me suis disloqué l’épaule contre Hamilton. Et j’ai raté le reste de la saison...»     

Une autre blessure! Heureusement, les Coyotes sont satisfaits du jeu de Perrault et le lui font savoir à leur façon en lui octroyant un nouveau contrat d’un an (deux volets). 

Remonter la pente      

Perrault l’avoue lui-même : le camp d’entraînement suivant cette blessure à l’épaule (2007-2008) n’a pas été facile. 

«Je n’avais pas joué depuis un bon moment et j’étais un peu rouillé. Pendant mon absence, certains jeunes avaient pris ma place. J’ai dû retourner dans la Ligue américaine, mais j’ai gardé une belle attitude. Je voulais vraiment produire offensivement pour montrer que j’étais prêt à prendre un poste régulier dans la LNH.»

Et le Québécois fait honneur à ses attentes. 

Il connaît un début de saison du tonnerre dans l’AHL et occupe, en décembre, le premier rang des buteurs du circuit. 

AHL Rockford v San Antonio Hockey
Crédit photo : Darren Abate/pressphotointl.com

Le 15 décembre, il est rappelé par les Coyotes en compagnie de Keith Yandle. 

Avec trois matchs à disputer avant la pause du temps des fêtes, Perrault souhaite frapper un grand coup. Et il y parvient. 

Lors d’un match contre les Rangers, il marque deux buts, amasse une aide et est utilisé à outrance sur l’avantage numérique. Il quitte pour Noël rempli de confiance... 

«Pendant le congé des fêtes, je suis allé chercher plusieurs items à San Antonio. Je me doutais que j’allais rester quelques temps à Phoenix. À mon retour, j’ai vraiment eu une vraie chance.»     

Et pour une vraie chance, il obtient une vraie chance! En janvier, Perrault constate à son arrivée dans le vestiaire qu’il est jumelé à nul autre que Shane Doan et Peter Mueller. 

«J’ai commencé à amasser ma part de points. De plus en plus, je m’établissais comme un joueur régulier dans la LNH...»

Utilisé entre 18 et 20 minutes par match, Perrault connaît ses meilleurs moments dans la LNH. Il conclue la saison avec 17 points en 49 matchs. Et il est récompensé à la fin de la campagne. 

Les Coyotes, pendant l’été, lui offrent une entente de deux ans. La première saison doit être à deux volets, puis la deuxième est vouée à être entièrement consacrée à la LNH. 

«Je sentais vraiment que j’avais un pied dans la grande ligue. C’était une belle journée pour moi.»

Nouvelle embûche     

Mais encore une fois, alors que Perrault semble être sur une pente ascendante, la malchance lui tombe dessus. 

«Tout juste avant le camp d’entraînement de 2008, j’étais avec quelques gars à Scottsdale pour disputer un match de remise en forme, sans contact. Mais un gars a décidé que c’était avec contact et il m’a fait subir une autre commotion cérébrale, alors que j’étais vulnérable. 

«Quand tu subis une commotion, tu ressens vraiment beaucoup d’émotions. Je sentais vraiment que cette commotion cérébrale, comparativement à la première que j’avais eue, venait de me changer à jamais.»     

Visiblement très amoché, Perrault rate le camp d’entraînement des Coyotes. 

L’équipe l’assigne à San Antonio à des fins de remise en forme, mais il ne peut reprendre l’action qu’en décembre... encore une fois! 

Heureusement, Perrault se concentre sur le positif et parvient à utiliser l'élan de la saison précédente à son avantage. Dans la Ligue américaine, il ne tarde pas à récolter sa part de points et démontre aux dirigeants des Coyotes qu’il semble en pleine possession de ses moyens. 

Quelque part en février, il est rappelé par Phoenix et amasse deux buts et une aide en sept parties. Toutefois, il sent, au fond de lui, que quelque chose a changé.

«J’avais perdu ma place sur le premier trio, après tous ces mois d’absence. Et je sentais, depuis ma commotion, que je n’étais plus le même joueur. Je n’avais plus la même hargne qu’auparavant.»

Quelque chose de différent      

Mais le patineur dispose d’une entente de deux ans. Et il ne veut pas lancer la serviette. Sauf que pendant l’été, les Coyotes changent d’entraîneur et, par la bande, changent aussi leur approche avec Perreault. 

«Wayne Gretzky, qui me faisait confiance, n’étais plus là. Et le nouvel entraîneur ne m’a vraiment pas donné ma chance. J’ai tout de suite été envoyé dans les mineures, cette année-là.»

À San Antonio, on lui donne en quelque sorte le rôle de «mentor». Il guide et conseille un jeune et talentueux joueur du nom de Kyle Turris (!) et dispose d’un rôle offensif. 

«Mais j’avais seulement 26 ans et j’aspirais à mieux. Je visais plus haut que tout ça. Dans ma tête, j’étais capable de jouer dans la Ligue nationale et je voulais une chance.»

Vers la fin de la saison, Perrault est rappelé pour deux matchs. Il marque un but, mais est tout de même réassigné à San Antonio par la suite. 

Cette année-là, les Coyotes parviennent à se tailler une place en séries. Perrault est sur la liste de réserve, mais ne dispute pas de match. 

«Faux» départ pour la Suisse     

Après avoir subi sa part de blessures et avoir été contraint d’effectuer d’innombrables voyages entre la Ligue américaine et la Ligue nationale, Perrault, dont le contrat est arrivé à échéance, prend la décision de s’envoler vers la Suisse pour y poursuivre sa carrière. 

«J’avais eu une excellente offre d’un club de l’endroit. Un contrat de deux ans qui me donnait autant d’argent, sinon plus qu’une entente à un volet au salaire minimum dans la LNH. Dans ma tête, je partais pour de bon. Mais j’avais quand pris soin d’ajouter une clause à mon contrat qui stipulait que celui-ci était annulé si je recevais une offre à un volet de la part d’une équipe de la LNH.»

Mais le premier juillet, le téléphone de Perrault sonne. 

«Mon agent m’annonce que Vancouver m’offre un contrat à un volet. Cette année-là, les Canucks avaient une équipe fantastique. Je me disais qu’avec leur alignement, j’aurais beaucoup de difficultés à obtenir de bonnes minutes. Mais j’ai quand même accepté leur offre, car je l’aurais regretté autrement.»     

Rien ne va plus      

Mais à son arrivée au camp d’entraînement de l’équipe, quelque chose cloche.  

«Je n’étais plus le même joueur. Mes commotions me rattrapaient. J’ai probablement disputé mon pire camp à vie et j’ai donc été envoyé au Manitoba, dans l’AHL.

«Là-bas, mon professionnalisme et ma concentration faisaient défaut. Je n’étais vraiment plus le même. Avec du recul, je me dis que je ne devais vraiment pas être agréable à entraîner. 

«Enfiler mon équipement et jouer des matchs était devenu un fardeau. Je n’aimais pas me sentir comme ça. Ça ne m’était jamais arrivé. L’entraîneur le ressentait et nous avons eu quelques prises de bec. Je ne jouais pas vraiment du bon hockey. On me donnait beaucoup d’argent pour jouer dans l’AHL et je n’avais pas vraiment de succès.»     

Cette année-là, il est quand même rappelé pour sept matchs avec les Canucks. Mais difficile, pour un joueur plutôt méconnu des dirigeants, de déloger Henrik Sedin, Ryan Kesler et Manny Malhotra...

Crédit photo : Zimbio

«Je jouais entre deux et trois minutes par match. Quand j’embarquais, c’était pour permettre aux autres de prendre une gorgée d’eau. Il y a des joueurs qui sont bons dans ce type de rôle. Moi, j’avoue que ça n’a jamais vraiment été ma force. Je n’étais pas capable d’avoir une utilité en jouant deux ou trois minutes...»

Perrault est cédé dans l’AHL après ses sept matchs chez les Canucks. À son retour au Manitoba, il joue de mieux en mieux, mais une fracture de la cheville (une autre blessure!) vient le mettre à l’écart pour deux mois. Un refrain trop habituel pour le Québécois, alors âgé de 27 ans. 

«Chaque fois où je sentais que les choses s’amélioraient, une blessure venait briser mes plans». 

Derniers moments chez les pros      

De retour sur patins pour la date limite des transactions, Perrault apprend, sans grand étonnement, qu’il est échangé aux Mighty Ducks, l’équipe qui l’avait repêché quelques années plus tôt. 

Une clause dans son contrat stipule toutefois qu’il doit demeurer et joueur au Manitoba, jusqu’au moment où il sera complètement rétabli de sa blessure. 

«Bob Murray, le DG à Anaheim, m’avait dit que je n’allais passer que quelques matchs au Manitoba. Il m’avait dit qu’il souhaitait me rappeler en vue des séries éliminatoires dans la LNH.»

Perrault, motivé, retourne donc sur la patinoire et dispute quatre matchs avec le Moose. Mais la malchance ne veut visiblement rien savoir de lui laisser un moment de répit. À sa cinquième partie, le Québécois se déchire le muscle ischio-jambier. 

«Ma saison était terminée. Dès que j’ai compris à quel type de blessure je faisais face, j’ai appelé mon agent pour lui dire de me trouver un contrat en Suisse. C’était assez. Mentalement, je n’étais plus là. À partir de là, je n’avais plus vraiment la même passion pour le sport.»     

Le chant du cygne     

Perrault disputera finalement six saisons en Europe, partagées entre la Suisse, l’Allemagne, la Finlande et la France.

C’est en tant que champion qu’il se retire, alors que son équipe de Rouen, en France, triomphe lors de sa dernière campagne en 2015-2016.

«À ce moment-là, mon corps ne suivait vraiment plus. J’étais juste content qu’on gagne. Je me rappelle que le capitaine de l’équipe m’avait donné le trophée en premier lors des célébrations. Je ne regrette rien de mon passage en Europe. J’avais besoin de ça pour me redonner un peu de passion.» 

Toujours impliqué      

Aujourd’hui, Joël Perrault est toujours très impliqué dans le monde du hockey. 

Il dirige depuis quatre ans les opérations de sa propre école de hockey sur la Rive-Sud de Montréal en compagnie de l’ancien joueur de la LHJMQ, Danny Groulx. L’école en question se nomme «L’Académie de hockey des pros».

«Danny m’a approché après l’annonce de ma retraite. Nous avons été, pendant quatre ans, en charge du département Sports-Études du Collège Charles-Lemoyne, en plus de gérer l’académie. Nous avons connu beaucoup de succès. Je gravis aussi les échelons du coaching tranquillement. J’essaie de m’impliquer beaucoup au sein d’Hockey Québec. J’étais d’ailleurs supposé diriger Équipe Québec au Challenge Gatorade, mais l’événement a été annulé.»

Avant de conclure l’entrevue, Joël Perrault y va d’une dernière réflexion, très songée. 

«Je me sens extrêmement privilégié d’avoir pu disputer tous ces matchs dans la LNH. Il y a des gars qui étaient meilleurs que moi qui n’ont jamais eu la chance ou le timing approprié pour pouvoir le faire. Mais je peux te dire qu’une commotion cérébrale, ça ne change pas juste un joueur de hockey. Ça change un être humain.»