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Le match quasi-parfait vu par... Darrin Fletcher

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Il y a 25 ans, soit le 3 juin 1995, le lanceur des Expos de Montréal Pedro Martinez avait lancé neuf manches parfaites à San Diego avant d’accorder un premier coup sûr aux Padres en fin de 10e manche. L’histoire tend à l’oublier, mais aux premières loges, le receveur Darrin Fletcher a aussi été privé d’un bel exploit ce jour-là.

«C’était simplement un autre match du baseball majeur où Pedro était dominant et moi, j’étais le gars assis derrière le marbre», résume Fletcher avec l’humilité caractérisant tout bon receveur.

S’il croit que son célèbre coéquipier méritait pleinement d’obtenir un match parfait, Fletcher n’éprouve aucun regret ni aucune amertume en repensant à cette rencontre disputée un samedi soir au vieux Jack Murphy Stadium. Les Expos l’avaient finalement emporté 1 à 0 en 10 manches, malgré le satané double du voltigeur des Padres Bip Roberts.

«Je pense que Pedro a peut-être eu encore plus de reconnaissance que s’il avait vraiment obtenu le match parfait, dit-il, notant que son mauvais sort fait encore jaser 25 ans plus tard. Ça reste un match spécial dans l’histoire du baseball.»

Sur une note personnelle, Fletcher aurait évidemment adoré avoir l’honneur d’être le receveur d’un match parfait, mais cela vient loin derrière son désir inassouvi de remporter la Série mondiale au terme de ses 14 saisons passées dans le baseball majeur.

«C’est arrivé comme ça, indique-t-il. Pedro lançait tellement bien et ce n’est certainement pas le seul match où il a dominé au monticule pour les Expos.»

Souvenirs du Stade olympique

Bercé par ses souvenirs, Fletcher rappelle immédiatement la rencontre du 13 avril 1994 au Stade olympique. À son deuxième départ dans l’uniforme des Expos en carrière, Martinez avait alors été parfait pendant sept manches et un tiers quand, en huitième manche, il avait atteint Reggie Sanders, des Reds de Cincinnati. Fletcher était encore une fois derrière le marbre et c’est lui qui avait tenté d’intercepter Sanders qui s’était dirigé vers le monticule pour s’en prendre à l’artilleur dominicain. Le receveur des Expos avait par ailleurs conclu la rencontre avec quatre coups sûrs en autant de présences au bâton, obtenant au passage deux circuits en solo dans un gain de 3 à 2.

Il y a une autre partie particulièrement mémorable que Fletcher a disputée au Stade olympique au cours de sa carrière, mais les partisans des Expos s’en rappellent peut-être pour de mauvaises raisons. L’Américain portait effectivement les couleurs des Phillies de Philadelphie et il était «assis derrière le marbre» quand Tommy Greene avait réussi un match sans point ni coup sûr.

«C’était un jour ensoleillé à Montréal, c’est quelque chose que j’ai fait et dont je suis très content, a-t-il commenté à propos de ce match du 23 mai 1991. En fin de neuvième manche, Andres Galarraga, Larry Walker et Tim Wallach étaient les frappeurs des Expos et nous avions réussi à les retirer dans l’ordre.»

Fletcher se souvient très bien des détails de ce match sans point ni coup sûr, davantage que ceux de la partie quasi-parfaite de Pedro Martinez. L’histoire ne serait sans doute pas la même si Roberts n’avait pas réussi ce fameux coup sûr en fin de 10e manche ou si les Expos avaient daigné compter un seul point durant les neuf premières manches.

Au bon endroit, au bon moment

Pas de chance pour «Pedro», Dennis Martinez demeure le seul et unique joueur dans l’histoire des Expos à avoir réussi l’exploit de lancer un match parfait.

«C’est tellement rare un match parfait, il faut être au bon endroit, au bon moment», résume le lanceur originaire du Nicaragua, qui avait accompli ce fait d’armes en juillet 1991, à Los Angeles, contre les Dodgers.

Celui qu’on surnomme «El Presidente» ou encore «El Perfecto» est rempli de compassion en pensant aux neuf manches parfaites lancées par Pedro Martinez, à San Diego, il y a 25 ans.

«J’étais parti des Expos quand c’est arrivé, mais j’avais regardé ce match depuis mon domicile de Miami», raconte-t-il, lors d’une entrevue téléphonique.

Parmi les autres matchs quasi-parfaits, Dennis Martinez conserve une pensée pour le lanceur des Tigers de Detroit Armando Gallaraga qui, en 2010, s’était fait carrément voler par l’arbitre Jim Joyce.

«Le coureur était retiré par un mille, on parle d’une erreur humaine, indique El Presidente. C’est dommage autant pour Pedro que pour Armando Gallaraga. Selon moi, ils mériteraient tous deux d’avoir un match parfait à leur fiche.»

Encore pire...

En remontant à une autre époque, il y a une prestation d’un lanceur qui attire également la sympathie, soit celle du gaucher Harvey Haddix.

Le 26 mai 1959, celui-ci portait les couleurs des Cardinals de St. Louis quand il a retiré les 36 premiers frappeurs à se présenter contre lui. Après 12 manches parfaites, c’est une erreur défensive qui avait permis à un joueur des Braves de Milwaukee d’atteindre les sentiers. Puis, Haddix a plus tard accordé un circuit pour, tenez-vous bien, subir la défaite.

Dans le cas de Haddix, on veut vraiment conclure qu’il était au mauvais endroit, au mauvais moment.