Crédit : Rena Laverty

Repêchage LNH

Le Québécois qui transporte l’attaque des États-Unis

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Pendant que les Alexis Lafrenière, Hendrix Lapierre, Jérémie Poirier et Mavrik Bourque retenaient l’essentiel de l’attention auprès des amateurs québécois, Thomas Bordeleau passait sous le radar dans le pays de l'Oncle Sam cette saison. Son profil est ce qu’il y a de plus fascinant et atypique. 

Fils de Sébastien Bordeleau et petit-fils de Paulin, deux anciens attaquants de la LNH, Thomas est né à Houston et a passé son enfance en Suisse avant de s’installer à Montréal à l’âge de 10 ans. Au cours des deux dernières années, ce Québécois s’est trouvé à aider les États-Unis à gagner des matchs lors des tournois internationaux.        

Après avoir fait tourner les têtes avec les Phénix du Collège Esther-Blondin dans le midget AAA, Bordeleau a décidé de poursuivre son apprentissage avec le prestigieux programme de développement national américain (USNTPD). Une décision surprenante, mais il faut savoir que Jim Hughes, le père de Jack, premier choix au total de l’encan 2019, est un bon ami de la famille Bordeleau. 

Le USNTPD est composé de deux formations : celle des moins de 17 ans et celle des moins de 18 ans. L’an dernier, Seth Appert dirigeait le groupe «U17» et, cette saison, il se chargeait des «U18». Il alterne avec John Wroblewski, de sorte que chacun des deux entraîneurs veille au développement des mêmes joueurs pendant deux ans.

Il a été très intéressant pour Appert de superviser étroitement la progression de Bordeleau, un petit attaquant dynamique (5 pi 10) qui pourrait être repêché vers la fin du premier tour. Ce dernier n’est plus du tout le même joueur qu’à son arrivée à 16 ans dans la ville de Plymouth, terre d’accueil du programme américain dans l’État du Michigan. 

«L’atout principal de Thomas est son intelligence, il est un joueur de hockey incroyablement cérébral qui a beaucoup progressé en l’espace de deux ans, a raconté l’entraîneur américain au TVASports.ca. Au début, il pensait problablement davantage à l’attaque et moins aux autres choses. Cette année, il a commencé à devenir un joueur de hockey complet, très bon dans les deux sens de la patinoire. C’est très important si tu aspires à être un excellent joueur dans la LNH. Ce n’est pas que l’attaque qui entre en ligne de compte, de nos jours.» 

Le développement à la sauce américaine  

L’approche du USNTPD a ceci d’intéressant qu’elle fait jouer ses deux cohortes d’âge dans le même circuit, la United States Hockey League (USHL). Les résultats des deux formations sont combinés au cours de la saison, de sorte qu’une seule équipe apparaît au classement. Si la formation nationale américaine se qualifie pour les séries, c'est l'escouade des moins de 17 ans qui lutte pour l'obtention de la coupe Clark, alors que l'autre club est dépêché au Championnat du monde des moins de 18 ans.

D’ailleurs, si vous apercevez deux lignes de statistiques dans les fiches des joueurs du programme, c’est parce que l’une d’elles représente la somme des résultats compilés dans la USHL, les compétitions internationales et les matchs contre des équipes de la NCAA. 

On ne saura jamais si Bordeleau aurait dû opter pour la Ligue de hockey junior majeur du Québec (LHJMQ). Il aurait sans doute obtenu plus de visibilité en empilant, disons, 80 points dans ce circuit. Cependant, son jeu aurait-il progressé aussi nettement? 

«À leur première année à 16 ans, les joueurs de notre programme traversent beaucoup d’épreuves, a expliqué Appert. On parle d'un groupe constitué exclusivement d'enfants qui jouent dans le hockey junior et dans les tournois internationaux. C’est très difficile à cet âge, particulièrement quand il n’y a aucun vétéran pour t’épauler, mais nous croyons que toutes ces embûches stimulent la croissance de nos joueurs et les rendent plus réceptifs au coaching. S’ils en arrachent, ils sont plus ouverts à recevoir des conseils pour s’améliorer au lieu de se contenter de mettre des points au tableau.» 

Un singulier soldat   

Par le passé, on a notamment vu le Québécois Louis Leblanc évoluer dans la USHL avec les Lancers d'Omaha. Mais un Thomas Bordeleau au sein du programme américain qui défend les couleurs des États-Unis à travers le monde, c’est assez spécial! Et, tel un vrai patriote, Bordeleau a vraiment sonné la charge avec l'équipe nationale.

«Il a transporté notre équipe offensivement dans les trois derniers tournois internationaux, a mentionné son entraîneur-chef. Il jouait avec différents ailiers et son trio était le plus dominant de notre équipe. Il s’illustrait avec tous les types de compagnons, des gars habiles, robustes, d’autres qui amènent de l’énergie. Ça prouve qu’avec son intelligence et son talent, il peut générer de l’attaque avec n’importe qui.» 

Le stage de Bordeleau dans le programme américain est maintenant terminé, mais le jeune homme n’ira pas bien loin. Il jouera dans le même État la saison prochaine, lui qui rejoindra l’Université du Michigan dans la NCAA. 

D’ailleurs, Bordeleau a déjà prouvé qu’il pouvait tenir son bout contre des adultes, lui qui a amassé 13 points en 18 matchs cette année face aux équipes des collèges américains.

Voilà un beau talent qui a glissé entre les mains de la LHJMQ... et du Canada.