LNH

«Ç’aurait pu être mon père ou mon frère...»

«Ç’aurait pu être mon père ou mon frère...»

Louis Jean

Publié 01 juin
Mis à jour 01 juin

Plusieurs personnalités du sport professionnel ont uni leur voix pour décrier les conflits raciaux qui déchirent l’Amérique, à la suite du décès de George Floyd, au Minnesota.

L'attaquant québécois Daniel Walcott, du Crunch de Syracuse, a lui aussi été dégoûté par la scène de la tragédie.   

Voyez l'entrevue avec Daniel Walcott dans la vidéo, ci-dessus.  

«J’ai eu de la misère à regarder la vidéo au complet, mais je me suis forcé à la visionner jusqu’au bout, m'a-t-il confié dans une entrevue, lundi matin.

«Tout le long, j’avais vraiment mal au cœur. C’est difficile quand tu vois quelqu’un qui ne va vraiment pas bien et qu’absolument rien n’est fait (pour l'aider).»

Évidemment, peu importe l'individu qui aurait succombé au poids d’un genou sur cou alors qu’il est couché au sol, c'est extrêmement perturbant.

«Ç’aurait pu être mon père, ç’aurait pu être mon frère. N’importe quel Noir que je connais dans pareille situation, ç’aurait été triste.»     

Au cours de la dernière année, des mouvements de dénonciation et de manifestation se sont déroulés pour dire haut et fort que ça suffit. C’est assez. Le message lancé est aussi un appel à l'unité. 

«C’est plate qu’il ait fallu plusieurs morts, récemment, pour que ce mouvement soit créé. Ça fait des années, des décennies et des siècles que ça se passe. Je suis content que ça ait lieu.»

«Plus de racisme ici au Québec»     

Pendant que ça barde aux États-Unis, la situation n'est pas forcément mieux chez nous, ici au Canada.

Originaire de l’Île-Perrot, Walcott dit avoir voyagé pendant près de 15 ans aux États-Unis. Et bien qu’il ait été témoin d’incidents à caractère racial, il en avait vu des pires chez lui.

«J’ai vécu plus d’actes racistes en étant ici, au Québec, confie-t-il. Il faut être conscient que c’est aussi dans notre voisinage et les gens autour de nous. 

«Il faut qu’on se concentre sur nous avant de changer le monde au complet. C’est ce que j’aimerais que le monde comprenne en même temps.»     

Walcott, un choix de cinquième tour des Rangers de New York en 2014, avoue qu’être victime de racisme a été éprouvant pour lui. Que ce soit sur la glace ou à l’extérieur.

«Chaque fois que j’en parle, je me rappelle de tous les moments (malheureux). Quand je jouais avec l’Armada et que je conduisais à l’entraînement avec un coéquipier, je voyais un policier derrière moi et je savais que je me ferais arrêter. C’était comme un automatisme dans ma tête. Je savais que j’allais me faire appréhender.

«Comme de fait, je me suis fait (intercepter) et ce n’était que pour une vérification. Tu ne sais jamais ce qui peut se passer. Tu vois des vidéos aux États-Unis ou ailleurs dans le monde où quelqu’un se fait aborder et ça finit que la personne meurt. C’est toujours un stress pour moi. Ç’en est drôle des fois à quel point je me fais intercepter pour rien.»

Malgré tout, le hockeyeur de 26 ans croit qu’il faut continuer à faire entendre sa voix et mener le combat.

«C’est dur sur le moral. Ce sont de mauvais souvenirs, mais ça doit être fait pour pousser dans la bonne direction tout en partageant nos histoires.

«Il faut passer à l’acte et il faut penser deux fois avant de dire des choses (regrettables).»