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LHJMQ

Des Harfangs prêts à impressionner

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En 1990, la Ligue de hockey junior majeur du Québec (LHJMQ) se préparait à effectuer son retour dans la grande région de Québec qui avait vu cinq ans plus tôt ses Remparts chéris mourir dans une indifférence totale.

Si les Harfangs de Beauport n’avaient au départ rien du prestige de ses prédécesseurs, la formation d’expansion s’est fait respecter à travers le circuit grâce à la détermination et à la résilience des joueurs largués formant la première équipe en 1990-1991. 

Cette nouvelle ère allait paver la voie à la renaissance des Remparts à l’automne 1997.

Menés par l’entraîneur Alain Chainey, qui avait œuvré comme adjoint chez les Nordiques de Québec lors des trois saisons précédentes, les Harfangs ont cogné à la porte des séries éliminatoires, finissant à seulement un point des Cataractes de Shawinigan et d’une invitation au grand bal. 

Ils se sont forgé un dossier de 26-40-4 pour 56 points, une récolte enviable pour une bande de gars qui n’avaient jamais joué ensemble avant le premier jour du camp d’entraînement.

«On s’en allait à Beauport, je savais que c’était à Québec, mais pas vraiment où. C’était particulier et c’était un peu le néant», reconnaît au «Journal de Québec» l’ancien attaquant Gilles Bouchard, qui avait amorcé sa carrière junior à Shawinigan et à Trois-Rivières.

Une fierté à défendre

Bouchard faisait partie des vétérans du club beauportois en compagnie notamment du capitaine Steven Paiement et d’Éric Cool. À l’instar de tous leurs coéquipiers choisis à l’expansion, ils avaient l’intention de faire mentir leur ancienne équipe. 

Pour d’autres, comme la recrue Matthew Barnaby, dernier choix du repêchage des joueurs d’âge midget, l’occasion était unique pour se faire connaître.

Les amateurs sont tombés sous le charme de ces infatigables travailleurs. Ce n’est pas pour rien que le petit aréna Marcel-Bédard, qui avait été agrandi à environ 2000 sièges pour répondre aux exigences de l’époque de la LHJMQ, est devenu un endroit hostile aux visiteurs avec ses bruyants partisans.

«Il y avait un sentiment de fierté qui se dégageait de nos joueurs, révèle Chainey, qui a piloté la barque jusqu’à sa démission surprise pendant la campagne 1992-1993. Ils se disaient qu’ils étaient les rejets de certaines équipes et ils voulaient prouver qu’ils étaient meilleurs que ce que ces équipes pensaient. [...] Ils ont fait preuve de détermination et de résilience.»

«On voulait prouver plus et je pense qu’on a quand même eu une bonne saison pour une première année dans la Ligue, renchérit Bouchard, aujourd’hui adjoint avec le Crunch de Syracuse dans la Ligue américaine. On avait un groupe orgueilleux.»

Cette première saison réussie avait placé la barre un peu trop haut pour l’année suivante, selon l’ancien entraîneur. Les Harfangs avaient aussi raté les séries en 1992, cette fois par quatre points.

«Les attentes étaient très élevées vu qu’on avait tellement bien fait à notre première saison. Tout le monde pensait qu’on serait dans le top 10 des équipes juniors au Canada, mais on n’était pas rendu là.»

Crédit photo : Daniel Mallard / Journal de Quebec

Stratégie

Dès le début, Chainey a embarqué à fond dans l’aventure des Harfangs. Certes, les Nordiques avaient connu une misérable saison de 12 victoires en 1989-1990, mais il quittait un club promis à des jours meilleurs avec l’émergence de Joe Sakic.

«Il y avait une marge en termes de talent entre les Joe Sakic de ce monde dans la Ligue nationale et les joueurs des Harfangs, mais j’avais la passion du hockey de travailler avec de jeunes joueurs, se souvient-il.

«Je venais de travailler avec quatre entraîneurs en trois ans avec les Nordiques et j’avais décidé de voler de mes propres ailes. [...] Je n’ai jamais rencontré Dave Chambers et j’avais décidé par moi-même d’appliquer pour le poste [à Beauport].»

«C’était tout un défi, mais j’étais bien entouré avec René Young comme directeur général et mon adjoint Guy Lamontagne. Ç’a été une belle expérience.»

Un retour attendu à Québec

La fin des Remparts de la première édition en 1985 a créé un immense trou sur le territoire de la LHJMQ. À la tête du hockey junior québécois dès février 1986, le commissaire Gilles Courteau s’était donné comme mission d’implanter une nouvelle équipe rapidement dans la Vieille Capitale.

Son vœu s’est exaucé le 27 mai 1989 lorsque le bureau des gouverneurs a accordé, sous conditions, la concession de Beauport à l’homme d’affaires suisse Jurg Staubli, rapportait «Le Journal» dans son édition du lendemain sous la plume de Marc Lachapelle.

Et le vendredi 14 septembre 1990, après avoir remporté six parties préparatoires, les Harfangs faisaient officiellement leurs débuts dans une défaite de 6-3 contre les Lynx, à Saint-Jean.

«On avait besoin de faire un retour dans la région de Québec le plus rapidement possible», signale aujourd’hui le commissaire Courteau. 

«À ce moment, Drummondville et Shawinigan étaient les villes les plus rapprochées pour Chicoutimi à 3 h 30 min de route. Les dirigeants des Saguenéens avaient hâte de revoir un club à l’autre bout de la 175», rappelle Courteau.

Crédit photo : Les archives / Journal de Quebec

Rencontre au sommet

Ce dernier se souvient que Staubli avait mandaté son fondé de pouvoir, Me François-Xavier Simard, pour connaître l’intérêt de la LHJMQ d’établir un club d’expansion à Beauport.

Bien implantés au Colisée, les Nordiques occupaient toute l’attention de la scène sportive en ville en saison hivernale. Courteau était néanmoins convaincu que le projet fonctionnerait.

«C’était un pari risqué, avoue le commissaire. Mais il y avait tellement de belles possibilités au niveau du bassin. [...] J’étais convaincu qu’il n’y aurait pas de problème à trouver une clientèle, à avoir une couverture médiatique. On a eu une bonne réponse et une bonne commandite. Ces éléments étaient favorables pour que ça fonctionne.»

Fin abrupte

Après une troisième saison ardue, les Harfangs sont revenus en force au cours des trois années suivantes, s’inclinant même en finale des séries de 1996 devant les Prédateurs de Granby qui allaient éventuellement soulever la coupe Memorial.

Des joueurs comme Éric Dazé, Ian McIntyre, Éric Bélanger, Simon Toupin, Matthew Barnaby et Martin Biron ont notamment marqué l’histoire de la concession. Si les succès s’enchaînaient sur la glace, c’était tout le contraire en coulisses. Les problèmes financiers du propriétaire Staubli mettaient la concession en péril.

«Au début, ça n’allait pas si mal, mais après trois ans, ç’a commencé à se détériorer, et à la fin, ce n’était même pas drôle», signale Raymond Bolduc, qui a été recruteur-chef pendant deux ans avant d’occuper les fonctions de directeur général.

Bolduc, qui a ensuite été DG avec les Remparts, se souvient d’un moment qui semble surréaliste aujourd’hui quelques heures avant le repêchage de 1996.

«Jean-D Legault [copropriétaire] m’a fait venir à sa chambre d’hôtel pour me dire qu’ils vendaient le premier choix. J’étais avec les recruteurs, je me suis assis avec eux et je suis retourné le voir pour lui dire que s’il vendait le premier choix, on démissionnait tous. Il a décidé de ne pas le vendre. On a finalement repêché Simon Gagné!»

Rachetée par la ligue, l’équipe était passée près de déménager à Lewiston, au Maine, avant que Jacques Tanguay, Patrick Roy et Michel Cadrin n’en fassent l’acquisition en décembre 1996 au coût de 750 000 $. 

Les Remparts allaient renaître à l’automne 1997 au PEPS, mettant fin à une époque folklorique entre les murs de l’aréna Marcel-Bédard.