Regis Levesque

Crédit : Courtoisie Willie Dagenais

Boxe

«Pour moi, c’est le meilleur»

Stéphane Cadorette

Publié | Mis à jour

L’un a combattu en livrant quelques-uns des duels parmi les plus mémorables de l’histoire de la boxe au Québec. L’autre a souvent agi comme chef d’orchestre échevelé, mais efficace, derrière ces grands affrontements. Aujourd’hui, Fernand Marcotte se désole de voir que le promoteur Régis Lévesque se rapproche de la cloche qui sonne la fin.

La maladie ravage Régis Lévesque depuis un bon moment déjà, mais voilà qu’il lui faudra bientôt passer aux soins palliatifs, comme l’écrivait le 13 mai dernier le chroniqueur du Journal Réjean Tremblay.

Marcotte, lui, semble toujours pétant de santé à 71 ans. Les quelque 90 combats professionnels qu’a livrés l’ancien champion canadien l’ont parfois ébranlé, même s’ils ne l’ont jamais empêché de se tenir droit comme un chêne.

C’est toutefois avec un pas de côté que l’une des légendes de la boxe québécoise a constaté l’état de santé d’une autre légende, celle de la mise en marché colorée d’un sport qui s’est élevé avec l’apport des deux complices.

«Les gros combats de boxe, pour la plupart, c’est lui. Pour moi, c’est le meilleur. Régis, c’est tout un spécimen ! Il a toujours donné son spectacle devant les caméras, mais il n’est pas différent dans la vie. Ses conférences de presse folles, c’est lui. Le gars que vous voyez dans ces moments-là, il est tout le temps pareil, identique», indique Marcotte.

Un grand manque

Même si Lévesque n’a pas encore rendu les armes sur son lit d’hôpital, il y a longtemps qu’il ne sévit plus dans le monde pugilistique. Aux yeux de Marcotte, nul doute que le noble art en souffre.

«Un personnage comme Régis, ça manque d’aplomb à la boxe québécoise ! Il n’y en a pas un qui met autant d’enthousiasme pour vendre un combat. Il a toujours eu le don de mettre la guerre entre deux boxeurs. En ce moment, les promoteurs remplissent leurs cartes avec des boxeurs du Mexique ou du Venezuela qui viennent ici. Ça ne parle pas au monde», déplore Marcotte.

La trilogie contre Melo

Au total, l’ancien champion canadien estime que Régis Lévesque aura agi comme promoteur pour une quinzaine de ses combats. Parmi ceux-ci, la trilogie entre Marcotte et le jeune Torontois Eddie Melo a frappé l’imaginaire des amateurs québécois.

Pour le premier affrontement, le 31 octobre 1978, Melo s’amenait à titre d’étoile montante de la boxe... à seulement 17 ans ! La commission athlétique de Montréal refusait de laisser boxer Melo sur son territoire, si bien que Lévesque avait déplacé le combat à l’Auditorium de Verdun, qui ne faisait pas partie de Montréal.

«C’était toute une histoire, il n’y avait que lui pour faire ça. Moi, j’étais content, ça faisait mon affaire. Tout ça a viré en trilogie, c’était vendeur au bout. C’était l’enfer !» se souvient-il, amusé, sachant pertinemment que toutes les négociations n’étaient pourtant pas toujours roses.

«C’est mon père qui discutait de contrats avec lui. Je ne savais pas tout ce qu’ils se disaient, mais souvent ils se parlaient et tout à coup, ils se raccrochaient la ligne au nez. Mais je n’ai pas un mot à dire contre Régis, comme promoteur.»

Une fin triste

Le compte de 10 n’est pas encore complété, mais le combat de Régis Lévesque tire à sa fin et la situation attriste également l’épouse de longue date de Fernand Marcotte, Mariette.

Durant la conversation, il lui est difficile de ne pas s’emparer du téléphone. Après tout, en 45 ans de mariage avec son homme, elle a maintes fois côtoyé le flamboyant personnage qu’a toujours été Lévesque.

«Régis, c’est un trop bon gars, naïf comme tout. Je trouve ça dommage de savoir qu’il a été si seul pendant des années. Il s’est tellement souvent fait avoir, c’est un bon “yâbe”. On va lui souhaiter de s’en aller en paix», a-t-elle soufflé.