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«Radulov dormait 20 minutes avant le match...»

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La journée d’hier (28 mai 2020) marquait le 14e anniversaire de la conquête de la coupe Memorial des Remparts de Québec en 2006. 

Bien que ce tournoi réunissant l’élite du hockey junior canadien se tienne chaque année, plusieurs seront d’accord pour dire que l’événement de 2006 avait un petit quelque chose de spécial. En fait, plusieurs amateurs allèguent, encore aujourd’hui, que cette édition est l’une des plus excitantes à avoir été présentée. Et plusieurs raisons expliquent cet engouement qui ne semble pas vouloir s’estomper.    

D’abord, l’attention médiatique portée sur les Remparts de Québec, lors de cette campagne, était absolument inouïe. En début de saison, Patrick Roy, alors directeur général de l’équipe, avait limogé l’entraîneur-chef Éric Lavigne après seulement cinq matchs (1-4-0) et avait décidé d’occuper lui-même le poste. Patrick Roy derrière le banc d’une équipe? À Québec? Il n’en fallait pas plus pour enflammer la planète hockey... 

Et Roy n’héritait pas d’un club sans potentiel... Loin de là! Parmi les meneurs offensifs du groupe, un certain Alexander Radulov, âgé de 19 ans, semblait sur le point d’exploser après une très bonne première saison en 2004-2005. Et un petit coup d’œil aux statistiques nous rappelle que l’électrisant Russe avait répondu aux attentes à sa deuxième campagne. 61 buts, 152 points... Tout ça en 62 petits matchs! 

Mais les Remparts de Québec, en 2006, ce n’était pas «seulement» un entraîneur-chef au parcours légendaire et un attaquant-vedette spectaculaire au possible. C’était aussi Marc-Édouard Vlasic, un défenseur extrêmement dominant que les Sharks venaient de repêcher. C’était Angelo Esposito, une recrue de 16 ans qualifiée «d’exceptionnelle» par la majorité des experts. C’était Michal Sersen, un arrière à l’impact offensif complètement fou. 

Mais au-delà du talent pur qui régnait au sein de cette équipe, les Remparts de Québec, en 2006, c’était surtout un groupe de joueurs soudé comme pas un. Une formation où tous les patineurs, du premier au dernier, avaient un rôle précis. Une équipe qui avait clamé, avant même le premier match de la saison, qu’elle n’avait qu’un seul objectif : remporter la coupe Memorial. 

L’attaquant Brent Aubin était âgé de 19 ans lorsqu’il s’est joint aux Remparts en plein cœur de cette fabuleuse saison. Et il a joué un rôle déterminant au sein de l’équipe dès son arrivée. Même 14 ans plus tard, ses souvenirs liés à cette historique campagne sont encore bien frais dans sa mémoire. 

Dans le cadre d'un généreux entretien avec le TVASports.ca, Aubin est revenu sur ce qu’il appelle «l’une de ses plus belles saisons à vie». Faisant preuve de transparence, le sympathique hockeyeur n’a pas hésité à nous confier de savoureuses anecdotes concernant cette campagne. Vous constaterez bientôt qu’une conquête de la coupe Memorial ne se fait pas sans traverser plusieurs épreuves... de toutes sortes! 

Une nouvelle excitante    

En 2005-2006, Brent Aubin dispute sa quatrième saison avec les Huskies de Rouyn-Noranda. Attaquant doté d’un talent de marqueur indéniable (il avait inscrit 41 buts la saison précédente), il est courtisé par plusieurs formations qui souhaitent faire un bon bout de chemin en séries éliminatoires. 

Quelque part en décembre, le téléphone sonne chez les Aubin. 

«C’était André Tourigny. Il m’annonce que je suis échangé aux Remparts. Il m’a dit qu’il voulait me faire une faveur parce que j’avais donné beaucoup aux Huskies. Il savait que j’aurais une bonne chance de remporter la coupe Memorial à Québec».

Déjà chamboulé par ce qu’il vient d’entendre, le jeune Brent Aubin n’est pas au bout de ses surprises. Cinq minutes plus tard, le sonnerie du téléphone retentit à nouveau. 

«C’était Patrick Roy! Quand tu as grandi en encourageant les Canadiens, Roy est une idole, rien de moins. La première chose qu’il m’a dite, c’est qu’il était venu me chercher pour "gagner et rien d’autre". C’était assez impressionnant...»   

Constat rapide    

Dès son arrivée à Québec, Aubin constate que tous les membres de l’organisation voient les choses d’une seule et même façon. 

«Tout le monde ne parlait que d’une chose : la coupe Memorial. Pas la coupe du Président. La coupe Memorial. Peu importe le chemin qu’il faudrait emprunter, les gars et moi ne parlions que de ça. C’en était presque une obsession!»

Crédit photo : LHJMQ

Aubin comprend donc rapidement qu’à Québec, seule la victoire est acceptée. Mais il est aussi à même de voir que son nouveau groupe de coéquipiers est très soudé. La chimie, dit-il, est incomparable à ce qu’il avait pu connaître auparavant. 

«Les gars se tenaient vraiment! Dès que je suis arrivé, le capitaine Simon Courcelles m’a bien intégré. On parlait souvent, entre les joueurs, de la façon dont nous allions célébrer après avoir remporté la coupe Memorial. Tout le monde était confiant et l’atmosphère était très positive à l’interne.

«Je pense que mon acquisition venait boucler la boucle. Avant la saison, l’équipe avait mis la main sur Cédrick Desjardins et Michal Sersen, mais Patrick disait souvent qu’il souhaitait aller chercher un marqueur pour compléter le portrait. Voilà pourquoi ils sont venus me chercher.» 

Une punition... à la Patrick Roy!   

En 2005-2006, Patrick Roy faisait ses débuts en tant qu’entraîneur. Les amateurs se rappellent encore aujourd’hui son tempérament bouillant derrière le banc. Prises de bec avec les entraîneurs adverses et les officiels, déclarations fracassantes devant les médias... L’ancien gardien étoile ne laissait personne indifférent. 

Mais était-il aussi flamboyant derrière les portes closes du vestiaire de son équipe? 

Rassurez-vous... Brent Aubin nous confirme que Patrick Roy n’avait qu’une seule façon d’être, que ce soit publiquement ou... en privé! Il se rappelle d’ailleurs une anecdote particulièrement loufoque. 

«Patrick était un passionné. Il voulait gagner à tout prix. Un soir, nous affrontions Bathurst et nous menions 2-1 après 2 périodes. Le Titan nous suivait de près au classement. Nous avons finalement perdu le match 4-2 après une troisième période difficile. 

«Après le match, nous étions en train de nous changer, quand Patrick est entré dans le vestiaire. Il nous a dit, de façon presque trop calme : "les boys, remettez votre équipement. On retourne sur la glace!" Il nous avait fait souffrir comme dans le film "Miracle". 

Avalanche Roy Hockey

«Un an plus tard, Patrick et moi avons reparlé de cet entraînement. Il m’avait tout bonnement lâché : "la première journée que j’ai coaché, je me suis dit que je voulais faire une pratique de ce genre-là un jour. J’étais tellement content de pouvoir le faire!"

«Je me rappelle cet entraînement comme si c’était hier. Pat, il est demandant, mais il est reconnaissant quand tu lui en donnes. Il est exigeant envers ses joueurs, mais il l’est aussi envers lui-même. Peu importe ce qu’il fait, il veut gagner. Même si c’est du ping pong! J’ai beaucoup appris de son désir de vaincre.    

«J’écoute le documentaire de Michael Jordan et je me rends compte que Patrick et lui sont semblables sur leur façon de concevoir le sport. Ils ne sont pas au sommet pour rien...»

Radulov : «un gars particulier»   

À Québec, Brent Aubin a eu l’occasion de côtoyer Alexander Radulov. Entre 2004 et 2006, les amateurs ont pu voir à quel point le Russe était fantastique sur la patinoire. 

Mais ce que les gens ne savent peut-être pas, c’est que «Radu», à l’extérieur de la glace, était un jeune homme plutôt particulier. D’ailleurs, lorsqu’on lui demande s’il a des anecdotes à raconter concernant Radulov, Aubin éclate de rire. 

«Des anecdotes? Il y en a plein! Lors du dernier match de la saison régulière, nous affrontions l’Océanic de Rimouski. Avant le match, j’étais allé chercher Alexander comme je le faisais souvent. Nous étions en voiture lorsqu’il me dit : "Patrick n’est pas content... Je lui ai demandé si je pouvais me reposer parce que le match n’avait pas vraiment de signification particulière. Il l’a vraiment mal pris."

«Je regarde Radulov un peu perplexe et nous arrivons finalement au Colisée. À l’intérieur, Alex me dit : "Je vais aller me coucher dans un vestiaire en bas. Viens me réveiller 20 minutes avant le warm-up."   

«Un peu surpris, je le laisse aller quand même. 20 minutes avant la période d’échauffement, je vais donc le réveiller comme promis et on commence à s’habiller.» 

À ce moment-là, Aubin est le meilleur buteur de l’équipe avec 56 buts. Radulov le suit avec 54 filets. 

«Je lui lance alors : "Hey, Radu! Ça tombe bien que tu sois fatigué, je vais pouvoir terminer l’année au premier rang des buteurs du club!" Eh bien ce jour-là, croyez-le ou non, Radulov a marqué 7 buts et a récolté 4 aides. 20 minutes avant ce match de 11 points, il dormait! Je n’en revenais pas!

«Après le match, il était venu me voir tout sourire en me disant : "je n’étais pas si fatigué que ça, finalement!" 

«J’ai alors compris qu’il n’en fallait pas beaucoup pour allumer Radulov. Je n’oublierai jamais ce match. Les gens scandaient "Radu" dans les estrades. On avait finalement gagné 16-3 et Doris Labonté, l’entraîneur adverse, faisait des doigts d’honneur à Patrick... Quel match ce fut!»

Où est Radu?    

Les moments cocasses (et marquants) impliquant Radulov ne manquent pas. Un autre événement concernant le Russe a aussi marqué Aubin. 

«C’était pendant la saison. Nous étions à Moncton pour y affronter les Wildcats le lendemain. Un match important pour la première place. Il devait être 22h30 le soir et le couvre-feu approchait ou était déjà dépassé. Patrick Roy cogne à ma porte de chambre. Il me dit : "Il est où, Radu?". Je lui répond que je n’en ai aucune idée. 

«Patrick avait finalement attendu Radulov dans le lobby de l’hôtel. Je ne me rappelle pas l’heure où il était finalement revenu à l’hôtel, mais Patrick lui avait dit qu’il n’allait pas jouer en première période le lendemain. Radu était allé se coucher sans rien dire. Mais je savais qu'il n'étais pas content...

Crédit photo : Photo d'archives, Reuters

«Le lendemain, il avait bel et bien passé la première période sur le banc. Mais il avait quand même complété le match avec quatre buts et deux aides! Patrick l’avait piqué... Quand j’y repense, Radulov, c’était tout un phénomène!»

«On a gagné la coupe Stanley sans Peter Forsberg, on peut gagner la coupe Memorial sans Mathieu Melanson!»   

Un autre événement qu’Aubin n’a pas oublié concerne Mathieu Melanson. En 2006, cet attaquant de 20 ans disputait sa dernière saison junior. Il représentait un élément offensif important chez les Remparts, ayant marqué 42 buts en 59 matchs lors de la saison régulière. 

«C’était vers la fin de la saison. Nous pratiquions un samedi. Je ne sais pas trop ce qu’il avait fait le vendredi soir, mais il est arrivé à l’entraînement complètement brûlé. Ça ne lui tentait pas d’être là, c’était évident. Après quelques minutes sur la glace, Patrick lui avait alors dit de s’en aller. Quand nous sommes revenus dans le vestiaire après la pratique, il y avait pas mal de choses de brisées (bâtons, poubelle, etc). Mathieu était parti.    

«Patrick nous avait alors dit : "J’ai gagné la coupe Stanley sans Peter Forsberg. Je pense qu’on est capables de gagner la coupe Memorial sans Mathieu Melanson!"

«Le lendemain, Mathieu est revenu. Il s’est excusé devant tout le monde et il nous a promis qu’il allait être le meilleur gars d’équipe jusqu’à la fin de la saison.»

Mathieu Melanson a finalement terminé les séries éliminatoires au premier rang des buteurs chez les Remparts, en vertu d’une récolte de 25 buts en 23 matchs. 

Le porte-bonheur    

Plusieurs ont tendance à l’oublier, mais les Remparts ont perdu leur premier match éliminatoire en 2006. C’était contre les Foreurs de Val-d’Or. 

Mais un événement plutôt particulier est venu changer la donne. 

«Après avoir perdu le premier match, nous perdions aussi 3-0 après deux périodes lors du deuxième. Les gens commençaient à quitter le Colisée. Je m’en souviens très bien. 

«Quand je suis parti de Rouyn-Noranda, c’était l’année des Jeux olympiques. Un monsieur, qui était le chauffeur de la zamboni, si je me souviens bien, m’avait donné un genre de dollar porte-bonheur en me disant qu’il allait me porter chance pour la coupe Memorial.

«J’avais choisi de traîner la pièce partout avec moi. Je l’avais dans mon sac d’équipement. Donc je l’ai sortie entre la deuxième et la troisième période du match #2 contre les Foreurs. Les gars se sont tous rassemblés autour du dollar. 

«À notre retour sur la glace, nous n’étions plus les mêmes. Esposito et Melanson avaient marqué en début de période, puis j’avais inscrit le but égalisateur alors qu’il ne restait que 7 secondes à faire au match. Vlasic avait finalement marqué le but gagnant en prolongation.    

«À partir de ce moment, les gars n’ont plus voulu se séparer de mon dollar! On avait un petit rituel avant chaque match où on le déposait sur le logo de l’équipe. Malheureusement, après notre victoire à la coupe Memorial, on a célébré pas mal fort et je ne l’ai jamais revu...!»

Le moment difficile de la saison    

Les amateurs des Remparts n’ont pas oublié. Avant le triomphe de la coupe Memorial contre Moncton, Québec a dû composer avec la douleur d’un revers en grande finale de la coupe du Président devant ces mêmes Wildcats. Moncton, cette année-là, était la ville hôte du tournoi de la coupe Memorial, donc la formation qui allait l’affronter en finale de la LHJMQ était qualifiée d’office pour le «gros tournoi». 

Après avoir vu Moncton remporter les deux premiers matchs, Québec est parvenu à créer l’égalité 2-2 dans la série. Mais les Wildcats ont finalement gagné les deux rencontres suivantes pour se sauver avec la série en six matchs. 

«Nous avions perdu le dernier match à Moncton. Tout le monde était dans le vestiaire avec la tête entre les jambes. Patrick était entré dans le vestiaire en disant : "Tout le monde dehors. Allez voir les Wildcats célébrer. J’espère que ça vous fait mal. Rappelez-vous de ça!"   

«À partir de ce moment-là, les gars n’avaient que la vengeance en tête!»

Heureusement, les joueurs, qui doivent passer quelques jours à Moncton avant le tournoi, ne manquent de rien. 

«Après la défaite contre Moncton, nous devions demeurer là-bas cinq ou six jours en vue du tournoi de la coupe Memorial. Les Remparts nous avaient vraiment payé la traite! Nous étions à l’hôtel à jouer au golf. L’équipe nous avait payé la retraite fermée. On mangeait d’énormes filets mignons, du homard... Ce sont des choses que les organisations avec moins d’argent n’auraient pas pu faire. Nous étions traités comme des rois.»

Un triomphe inoubliable    

Le début du tournoi de la coupe Memorial ne se passe pas comme prévu pour Québec. L’équipe perd son premier match 3-2 contre les Petes de Peterborough. Mais c’est le seul faux pas des Remparts. Deux jours plus tard, l’équipe l’emporte 6-3 contre les Giants de Vancouver, puis récidive en battant Moncton 4-3 le 24 mai. 

Occupant la première place, Québec passe directement en finale. Les joueurs attendent avec impatience de connaître l’identité de l’équipe qui leur fera face. Le 26 mai 2006, les Wildcats gagnent en demi-finale et rejoignent donc Québec pour le match ultime. 

Aubin se rappelle très bien les minutes précédant cet affrontement. 

«Radulov, en général, était un gars décontracté qui faisait tout le temps des blagues. Mais avant la finale contre Moncton, il était vraiment nerveux. On essayait de lui parler, mais il ne voulait rien savoir. Il nous disait de ne pas lui parler. Il était très sérieux. Mais dès que la rondelle est tombée sur la glace, il a laissé sortir tout ça. Il a inscrit deux buts et a amassé deux aides. Dès qu’il mettait la "switch" à "on", il n’était plus arrêtable.»

Comme l’histoire le dit bien, les Remparts l’ont finalement emporté 6-2 contre Moncton. L’objectif du début de la saison était atteint. 

Crédit photo : LCH

Souvenirs impérissables...   

14 ans plus tard, Brent Aubin n’en démord pas : son passage à Québec ne pourra jamais s’effacer de sa mémoire. 

«J’ai joué à Toronto, en Europe... Mais jouer pour les Remparts, ça apporte un prestige inégalable. C’est une belle école de vie. Les Remparts, ce sont les Canadiens de Montréal de la Ligue canadienne de hockey.»

Est-il toujours en contact avec certains joueurs de l’édition championne? 

«J’ai souvent joué contre Jordan LaVallée en Europe. Je parle encore régulièrement à Nicolas Robillard et Cédrick Desjardins également. Pierre Bergeron est supposé venir souper à la maison prochainement. Je parle aussi à Andrew Andricopulos, Joey Ryan et Marc-Édouard Vlasic. 

«Quand Québec a accueilli le tournoi en 2015, ça nous a donné une belle occasion de se réunir. Desjardins et moi avions organisé un gros souper avec les joueurs et leur famille le samedi. Quand nous avions été présentés au Colisée le dimanche, c’était la première fois que je revoyais la coupe Memorial depuis 2006. J’en avais eu des frissons et j’étais venu les yeux pleins d’eau...   

«L’an prochain, ça fera déjà 15 ans! Je sais que les gars parlaient d’organiser quelque chose pour souligner ça. La coupe Memorial, elle est très dure à gagner. Et quand tu y parviens, il faut que tu en profites!»

Voilà un championnat que la ville de Québec n’est pas prête d’oublier...