Canadiens de Montréal

Décès du «Rocket»: apprendre la mort d'un proche entourée de 1000 inconnus

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Ce mercredi marque le 20e anniversaire du décès d’une des plus grandes figures mythiques des Canadiens de Montréal, mais aussi d’une nation entière.           

Si la plupart des Québécois ont appris le décès de Maurice Richard dans les médias de masse, les petites-filles du «Rocket» l’ont appris dans un lieu pour le moins insolite.                     

Claudia, 9 ans, et Olivia, 6 ans, se faisaient garder par des amis de leurs parents, qui les ont sorties à l’Autodrome St-Eustache.          

Sous un ciel de mai, entourée de parfaits inconnus, Claudia s’attendait à voir une course automobile.       

«Il faisait encore soleil. C’était autour de 19h, s’est souvenue l’aînée des sœurs dans un entretien avec le TVASports.ca. Je mangeais un hot-dog moutarde-chou. Soudainement, juste avant que les courses ne commencent, on a annoncé au micro que Maurice Richard était décédé. Puis une minute de silence a suivi.»          

«Je l'ai entendu au micro en même temps que 1000 autres personnes. En mangeant un hot-dog. J’ai pu réaliser le personnage public qu’était mon grand-père à ce moment.»          

Le couple de gardiens a préféré laisser les parents confirmer aux filles que leur grand-père avait rendu l’âme.           

«On a continué la soirée comme si ne rien était. Et on a fait la minute de silence entourées de 1000 personnes. Le lendemain, en arrivant à la maison, nos parents nous l’ont (confirmé).»          

Il n’en demeure pas moins qu’elles ont absorbé la nouvelle de la mort d’un proche entourées d’une foule de parfaits inconnus. Contrairement au commun des mortels, leur regretté grand-père personnifiait une figure héroïque des plus célébrées de l’histoire.          

Et le lundi suivant, elles étaient de retour à l’école.          

«On n’a pas été en rang, les professeurs sont venus nous chercher pour qu’on entre tout de suite. Après, on a su qu’ils avaient présenté les funérailles à la télé en classe. C’était spécial d’apprendre ça!»          

Crédit photo : Le Journal de Montreal

La mort d’un mythe, le décès d’un proche          

La mort de la légende de la Sainte-Flanelle a endeuillé tout le Québec. C’est tout un récit de vie qui périssait, 40 ans après son dernier tour de piste.          

Claudia a réalisé dans les heures qui ont suivi le décès de son grand-père la figure iconique qu’il représentait aux yeux des gens d’ici et d’ailleurs.         

Crédit photo : Le Journal de Montreal

Des cargaisons de lettres, de cartes et dessins affluaient et des gerbes de fleurs ont été déposées devant la porte de la résidence de la rue Péloquin, dans le quartier Ahuntsic de Montréal.          

L’édition du Journal de Montréal du lendemain a publié des photos de partisans attristés, pliés sur le trottoir au pied de la maison du défunt.          

Crédit photo : Photo Jacques Bourdon, Journal de Montreal

  

À l’époque, Claudia ne réalisait pas l’ampleur de ces marques d’affection à l’endroit de son grand-père. Car pour elle, dans l’intimité, le côté mythologique était insignifiant. Inexistant.          

«Ma sœur, mes cousines et moi n’avons pas grandi avec Maurice Richard le joueur de hockey, raconte Claudia. C’était notre grand-père. Une personne normale. Nous sommes une famille très humble. Ce ne sont pas des choses que nous racontons.          

«Les dimanches, nous nous rendions sur la rue Péloquin pour souper chez Papi. C’était ça pour nous. C’est à son décès que j’ai compris (la place qu’il occupe dans l’histoire).»          

Les anecdotes et péripéties glorieuses du «Rocket», les plus jeunes de la famille les ont apprises par des gens qui l’ont côtoyé de près ou de loin. Et elles sont racontées et célébrées à ce jour.          

«Il arrive fréquemment dans des endroits publics que des gens que je connais peu racontent des histoires à son sujet, admet Claudia. C’est avec un sourire en coin que je leur dis: "Vous parlez de mon grand-père!". C’est indescriptible.           

«Peu nombreux sont ceux qui vivent ça.»          

Le Rocket dans l’intimité          

Pour ce qui est du hockeyeur, les images et les écrits sont inspirants. L’homme à la chevelure soigneusement peignée et les yeux «comme des phares», pour reprendre la métaphore du gardien Terry Sawchuk, digne d’un super-héros de bande-dessinée. Une divinité du peuple québécois pendant l’ère duplessiste.          

Dans l’intimité, par contre, la famille peint le portrait d’un homme discret, plaisant et taquin. Loin des projecteurs après sa carrière, celui qui était jadis un bouillant patineur aimait s’entourer de ses enfants et petits-enfants au maximum.          

«Un pilier, se souvient Claudia. Même si tu n’avais pas les mots pour lui parler, tu étais l’élément central. Mes grands-parents avaient sept enfants. Ils avaient une grande famille. Tous étaient toujours les bienvenus.          

«Lorsque ma sœur et moi étions toutes-petites, il retirait mon pouce de ma bouche et enlevait la suce de ma sœur. Il était blagueur. C’était une vie familiale à cent pour cent.»      

Vingt ans après la mort du célèbre no 9, l’icône par excellence du hockey québécois est bien vivante dans l’imaginaire de ceux qui l’évoquent.          

Et si plusieurs se remémoreront où ils étaient lorsqu’ils ont appris sa mort, le 27 mai 2000, la famille lui rendra hommage à sa façon. Discrètement.   

À l’image de l’homme.