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Crédit : PIERRE-PAUL POULIN/LE JOURNAL DE MONTRÉAL/AGENCE QMI

Canadiens de Montréal

La tirade de Jacques Martin qui avait bouleversé Josh Gorges

La tirade de Jacques Martin qui avait bouleversé Josh Gorges

Louis Jean

Publié 25 mai
Mis à jour 25 mai

Le hockey aura permis à Josh Gorges de vivre son rêve. Jamais repêché, le Britanno-Colombien a disputé 851 matchs (incluant les séries) dans la LNH.   

«Je ne vais jamais oublier la première fois que j’ai mis le chandail des Canadiens, m’a confié Gorges de sa résidence à Kelowna. On jouait à Buffalo. Je voyais les secondes descendre sur le cadran dans le vestiaire et il y avait quelque chose de différent. Je n’avais pas joué beaucoup dans la LNH avant ce moment, mais j’avais quand même passé deux ans avec San Jose et j’avais adoré mon temps avec les Sharks. Mais quand tu mets ce chandail, que tu sautes sur la glace pour la période d’échauffement à Buffalo et que tu aperçois 5000 partisans en bleu-blanc-rouge, ça te saisit. Je n’avais jamais vu ça avant.»    

«Mon premier match à domicile était un samedi soir Canadiens-Leafs. Jeune enfant, je regardais ces matchs à la télévision, mais tu ne peux pas comprendre à quel point c’est gros jusqu’à ce que tu aies la chance de le vivre.»   

Même à la retraite, Gorges continue de s’impliquer dans le hockey en aidant occasionnellement le Rocket dans la ligue de l’Ouest et des jeunes de son coin qui lui demandent des conseils. Mais il ne regarde pas très souvent les matchs de la LNH.   

«C’est rare que je regarde un match, mais si c’est le cas, j'observe les Canadiens. Ils garderont toujours une place spéciale dans mon coeur. Le groupe de joueurs qu’on avait lorsque je jouais à Montréal, mon épouse et moi en parlons souvent. Ce sont les gars avec qui je suis le plus proche aujourd’hui. Je suis resté en contact avec plusieurs d’entre eux et ils seront mes amis pour toujours. Il n’y a rien comme jouer pour le CH.»   

Muller a cru en lui  

Les choses n’ont pas toujours été roses à Montréal. D’abord, Gorges n’a joué que sept des 18 derniers matchs de la saison après avoir été échangé aux Canadiens.    

«Quand je suis arrivé à Montréal, je n’ai pas joué beaucoup. J’étais souvent laissé de côté et c’était épuisant. Je commençais à me décourager. Je croyais que je pouvais être un bon joueur et aider l‘équipe à gagner, mais il fallait que j’aie ma chance et je n’étais pas certain que celle-ci allait venir à Montréal.»    

Au moment où le fougueux défenseur songeait à tout abandonner, Kirk Muller lui a lancé une bouée de sauvetage.   

«Kirk Muller a sauvé ma carrière. J’étais tanné de faire du temps supplémentaire, de patiner après les entraînements et de regarder les matchs de la galerie de presse. Je me rappelle une fois à Ottawa après l’entraînement matinal. J’avais fracassé mon bâton, délogé le filet, le genre d’idioties qui ne servent à rien. Muller est venu me parler pendant de longues minutes. Il a réussi à me calmer. Il m’a dit que mon temps viendrait et qu'en plus de croire en moi, il militait en ma faveur. Je ne sais pas si c’était vrai, mais ça m’a fait du bien et j’ai pu canaliser mon énergie de la bonne façon.»     

Camp Canadiens
Crédit photo : Martin Chevalier / JdeM

Peu de temps après cette discussion, une blessure lui a ouvert la porte. Gorges a saisi l’occasion.

«Je savais que je devais garder le pied sur l’accélérateur et que je ne pouvais pas me permettre le moindre relâchement. Je n’avais pas le luxe de connaître une mauvaise présence, un mauvais match ou même un mauvais entraînement. Mais c’est ce défi et cette adversité qui m’ont aidé à percer. J’ai dû travailler très fort et je n’ai pas eu de laissez-passer. »   

Déjà, atteindre la LNH est un exploit en soi. Mais d'y arriver en tant que joueur non repêché est encore plus admirable.   

«Je suis fier de ma carrière. Il y a des gars qui, dès un jeune âge, sont identifiés comme étant la prochaine vedette ou le sauveur d’une organisation. Tu le sais qu’il seront des joueurs d’impact. Ils savent qu’ils seront des joueurs d’impact. Je n’avais pas ce luxe. Je ne pouvais jamais me sentir confortable. J’ai été échangé à ma deuxième année alors j’ai appris cette réalité assez rapidement. »   

Le moment qui a tout changé  

En 2007-2008, Gorges s’est établi comme un joueur régulier, mais aussi un rouage important de la brigade défensive et de l’équipe en général. Rapidement, il est devenu un leader qui n’avait pas peur de se lever dans le vestiaire.   

«Quand j’étais jeune, mon père m’a dit : "Si tu vas parler, parle avec conviction ou ne dit rien." Et j’ai pris ça à coeur. Ce n'est pas tout le monde qui a apprécié ce que je disais et, crois-moi, il y a eu un retour d’ascenseur, mais je le faisais pour sortir le meilleur de moi-même et de mes coéquipiers.»    

Il y a longtemps, on m’a raconté que l’entraîneur-chef Jacques Martin avait semoncé Gorges devant ses coéquipiers et tout le personnel. Selon ce qu’on m’avait dit, c’était le genre de réprimande qui peut secouer un joueur.   

«Est-ce que tu te souviens de ce moment?, ai-je demandé à Josh.  

— Comme si c’était hier», m’a-t-il répondu du tac au tac.

Crédit photo : Martin Chevalier / JdeM

«J’en ai parlé avec seulement quelques amis et coéquipiers depuis. J’étais encore jeune, j’étais un peu naïf. Je profitais de la vie à Montréal comme joueur des Canadiens, sans vraiment comprendre la portée de ce que signifie jouer pour l’équipe. J’étais célibataire et je fêtais peut-être un peu plus que j’aurais dû le faire.

«Jacques m’a critiqué devant toute l’équipe et les entraîneurs. Ça m’a ébranlé. Je me souviens après coup d'avoir été furieux. Je n’avais jamais été autant choqué de toute ma carrière. Pendant l'entraînement, je m’en suis pris à Georges Laraque. Il m’a dit : "Ne te défoule pas sur nous." Mais je m’en foutais. Après avoir retrouvé mes esprits, j’ai pensé à ce que Jacques m’a dit et pourquoi il me l’a dit. Je me suis rendu compte que je mentais à moi-même. Je croyais tout faire pour réussir, mais ce n’était pas le cas.

«J’ai changé après cela. J’ai rencontré la femme qui est devenue mon épouse. Je me suis dit que j’avais besoin d’un peu de stabilité pour mieux me concentrer sur le hockey. Ce moment a été le tournant de ma carrière. Ça m’a forcé de faire une introspection et d’établir ce que je voulais pour moi-même, pour ma carrière, pour mon équipe.»   

Le hockey a-t-il vraiment changé pour le mieux?  

La carrière de Gorges a pris fin abruptement lorsque la LNH s’est tournée davantage vers les jeunes. Une tendance que l’ex-défenseur comprend, mais remet en question.   

«Quand j’ai commencé à San Jose, Scott Hannan était là. Je ne le connaissais pas, mais il avait joué pour Kelowna comme moi et il m’a pris sous son aile. Je me souviens d'une journée au camp d’entraînement. Il m’a parlé en aparté et m’a dit : "Je vais te donner quelques conseils qui sont importants. Tu es une recrue, tu dois être le premier joueur sur la glace et le dernier à débarquer. Tu dois ramasser les rondelles à la fin des entraînements. Ne réponds jamais à un joueur ou à un membre du personnel. Si on te demande de faire du temps supplémentaire, tu le fais. Si un vétéran te dit quelque chose, tu te la fermes. Ne réplique jamais à un vétéran, c’est ma responsabilité de te protéger. Avec le temps, tu prendras ta place." Je me suis dit : "Ok, Hannan est un vétéran, il est respecté, c’est un joueur que j’admire, il sait de quoi il parle." Je l’ai donc écouté à la lettre.

«Au fil des ans, j’ai essayé de faire la même chose avec les jeunes. Je me souviens de l'arrivée de Brendan Gallagher. Je lui ai dit la même chose. Exactement le même discours que Hannan. Et Gallagher l’a suivi à la lettre. Il a un peu cette mentalité "old school".»    

Crédit photo : Joël Lemay / ©Agence QMI

La nouvelle génération est différente. Les joueurs s’attendent à prendre leur place immédiatement. La dynamique d’un vestiaire a complètement changé.   

«Quand j’ai commencé, il n’y avait que cinq ou six joueurs en bas de 26 ans. Les équipes étaient principalement composées de vétérans. À la fin de ma carrière, on était deux ou trois joueurs au-dessus de 30 ans. La majorité de l’équipe était en bas de 25 ans. Les jeunes sont en contrôle, donc c’est plus difficile pour les vétérans de passer leur message et de guider les jeunes. La ligue rajeunit constamment. Les superstars ont moins de 25 ans.»   

Gorges mentionne Sidney Crosby, qui demeure le meilleur joueur de la LNH selon lui.  

«Quand il était jeune, il a habité chez Mario Lemieux. Quand on y pense, il a eu les conseils de Mario Lemieux! Il a appris de Mark Recchi, de Sergei Gonchar, de vétérans qui ont gagné des coupes Stanley, qui ont été sous les projecteurs, qui ont été des étoiles et qui savaient comment être des professionnels et comment gagner des matchs importants. Maintenant, tu regardes les jeunes aujourd’hui, et il n’ont pas cet encadrement. Je pense que c’est tellement important.»   

Son épouse le garde en forme  

Pendant sa carrière, Gorges a pu compter sur l’appui de son épouse. Maintenant les rôles sont inversés.   

«Je suis dans la meilleure forme de ma vie», lance-t-il. 

Gorges s’entraîne tous les joueurs avec son épouse Maggie — une entraîneuse certifiée.    

 

Lorsque Gorges a annoncé sa retraite du hockey, c’était au tour de Maggie de lancer son entreprise. La mère de deux enfants fait des programmes d’entraînement sur mesure et promeut de saines habitudes de vie. Gorges l’aide beaucoup à développer son projet. 

Pour en savoir davantage, vous pouvez visiter son site web (maggiegorges.com) ou la suivre sur Instagram (@maggiegorges).