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Canadiens de Montréal

«La pression est énorme» - David Desharnais

Publié | Mis à jour

David Desharnais n’a laissé personne indifférent lors de son passage dans l’organisation des Canadiens de Montréal, entre 2007 et 2017.     

Que ce soit grâce à sa force de caractère (qui lui a d’ailleurs permis d’atteindre la LNH), sa vision du jeu au-dessus de la moyenne ou encore son attitude à l’extérieur de la patinoire, le petit attaquant québécois a su se faire apprécier de la très grande majorité des amateurs du CH.         

L’annonce de la transaction l’envoyant aux Oilers d'Edmonton, le 28 février 2017, avait d’ailleurs énormément fait réagir dans la Belle Province.     

À l’occasion d’un généreux entretien offert au TVASports.ca, l’ancien no 51 du CH a accepté de revenir sur ses 10 années passées au sein du club de son enfance. Dix années où il aura compris qu’être un joueur des Canadiens, quand on est Québécois, n’est pas un long fleuve tranquille...     

Une surprise     

«Je n’aurais jamais cru un jour atteindre la LNH et me joindre aux Canadiens. La route est tellement longue, que tu viens parfois à ne plus y croire.»    

C’est avec cette phrase empreinte d’une humilité déconcertante que David Desharnais se replonge à voix haute dans ses souvenirs. Après tout, le Québécois a toujours tout fait pour réussir à se tailler un poste dans le circuit Bettman.     

Desharnais a d'abord survolé la Ligue de hockey junior majeur du Québec en récoltant 374 points en 262 matchs. Il a ensuite fait de même à sa première audition dans le hockey professionnel, alors qu’il a inscrit 106 points en 68 matchs au sein du club des Cyclones de Cincinnati, dans la ECHL.     

«J’étais un peu déçu de devoir aller dans la ECHL, mais ce fut finalement l’une des meilleures choses pour mon développement. Cette saison-là m’a permis d’ouvrir les yeux des décideurs du grand club.»    

Multipliant les exploits personnels, le joueur de centre n'a pas ralenti à son arrivée dans la Ligue américaine. Ses 137 points à ses 141 premiers matchs chez les Bulldogs de Hamilton lui ont valu un premier rappel de six matchs de la part des Canadiens lors de la campagne 2009-2010.     

Crédit photo : Eric Bolte/Agence QMI

De retour à Hamilton au début de la campagne suivante (2010-2011), l’attaquant n'a pas laissé le choix aux dirigeants du CH. Après 35 matchs, il revendiquait déjà 45 points. Le CH a donc procédé à ce moment au rappel de Desharnais. Il venait de disputer son dernier match dans la Ligue américaine.     

Une progression fulgurante    

Rapidement, comme l’histoire le dit bien, le talentueux patineur a su faire sa place sur un trio offensif chez les Canadiens.    

«J’étais quand même le premier marqueur de la Ligue américaine lorsque j’ai été rappelé, alors je ne m’attendais pas à être placé sur un quatrième trio dans la LNH! Au départ, j’ai toutefois été envoyé sur la quatrième ligne, mais c’était avec Benoît Pouliot et Ryan White, qui sont loin d’être des chaudrons!»    

Plus les matchs progressaient, plus Desharnais démontrait son potentiel en attaque. La saison suivante, il a obtenu une promotion. Dès le camp d’entraînement, il a été jumelé à Mathieu Darche et Erik Cole sur la troisième unité.     

«Je me souviens qu’Erik Cole n’était pas très content de se retrouver avec un gars de 5 pieds 7 pouces qui arrivait de nulle part! Mais finalement, on se parle encore aujourd’hui et il a quand même marqué 35 buts à mes côtés, donc on peut dire qu’il a aimé mon travail!»    

Les 35 buts de Cole, comme on le sait, ont surtout été marqués alors que Desharnais et lui évoluaient avec Max Pacioretty. Cette unité s’est rapidement, en 2011-2012, retrouvée avec le titre de «premier trio» du club. C’est que Cole et Desharnais ont très vite fait réaliser au personnel d’entraîneurs qu’ils n’avaient rien à faire sur un troisième trio.     

«Avec Erik et Max, on a eu une super belle saison!», se rappelle Desharnais.     

En fait, c’est lors de cette campagne que le Québécois a présenté sa meilleure production offensive dans la LNH. Son total de 60 points en 81 matchs constitue, encore aujourd’hui, un sommet pour lui.     

Une immense pression    

C’est un secret de Polichinelle: les Québécois qui jouent à Montréal sont toujours davantage scrutés que les autres joueurs de l’équipe. Avec le privilège d’évoluer dans son patelin, vient une pression de devoir bien faire devant les siens. Et c’est encore plus vrai lorsque le Québécois en question occupe un rôle offensif dans l’équipe.     

«La pression est énorme. Il faut que tu produises sur une base régulière. Tout le monde s’attend à ce que tu fasses des points à chaque match. Tu joues constamment contre les meilleurs joueurs de l’équipe adverse. Tu ne le réalises pas toujours sur le coup, mais quand j’y repense, c’était vraiment de la grosse pression. C’est amusant, de jouer chez soi. Mais ça implique beaucoup.    

«C’est difficile. Tu as des amis qui t’appellent et te demandent comment ça va. Ils te demandent pourquoi tu n’as pas marqué depuis trois matchs. Tout ton entourage se retrouve à vivre dans ton monde à toi. Et tu dois constamment répondre aux questions. Bien peu de gens se sont déjà retrouvés dans la situation d’un Québécois qui joue pour le Tricolore. Donc ceux qui pouvaient me conseiller étaient rares.     

«Parfois, j’aurais aimé avoir un ancien joueur pour me conseiller. Je crois que cette facette aurait pu être améliorée. Je ne me voyais pas vraiment appeler Guy Carbonneau chez lui. C’était peut-être à moi de le faire, cela dit...»    

Le controversé Max Pacioretty     

Dans la majorité des matchs qu’il a disputés dans l’uniforme du Tricolore, Desharnais a été jumelé à Max Pacioretty. À une certaine époque, les deux s’entendaient comme larrons en foire et constituaient un véritable poison pour les équipes adverses.     

Comme on le sait, le passage de Pacioretty à Montréal aura été plutôt controversé. Même s’il a connu plusieurs saisons de 30 buts au sein du club montréalais et qu’il a été nommé capitaine, plusieurs amateurs lui ont souvent reproché son manque d’engagement et de leadership. Certains ont également questionné son attitude générale.    

Desharnais, lui, n’a pourtant que de bons mots pour son ancien coéquipier.     

Crédit photo : JOEL LEMAY/AGENCE QMI

«Max, c’est un gars qui est vrai. Il ne peut pas faire semblant. Il a toujours été lui-même. Il se mettait beaucoup de pression à vouloir être un bon capitaine. Il faut que les gens comprennent qu’il était notre meilleur buteur. Alors quand il passait deux matchs sans marquer, tout le monde le questionnait.     

«Max est un bon ami à moi. Il m’a toujours beaucoup soutenu. Je peux vous dire qu’il donnait son maximum. Parfois, quand tu prends les choses trop à cœur, ça commence à te peser sur les épaules. Je crois que Max s’en mettait énormément sur le dos. Je n’ai rien à dire sur son leadership. Shea Weber, quand ça va moins bien, est capable de parler à tout le monde. Max, lui, vit vraiment ses émotions et il ne les cache pas.»    

«Si Carey ne se blesse pas...»    

Évidemment, difficile de ne pas revenir avec David Desharnais sur la folle épopée du CH lors des séries éliminatoires de 2014.     

Encore aujourd’hui, concède-t-il, les souvenirs sont nombreux.     

«Si Carey ne se blesse pas contre New York, on gagne peut-être la coupe Stanley! On a quand même perdu en prolongation lors d’un sixième match. Normalement, Carey peut aller te chercher un minimum d’un match lors d’une série.     

«Après, une fois en finale, on ne sait pas ce qui peut arriver. Quand tu as un Daniel Brière sur une quatrième ligne et un Brian Gionta sur une troisième unité, tu as toute une équipe! On avait une superbe profondeur, impliquant de bons jeunes et de bons vétérans. Nous nous sommes rendus loin, mais on aurait pu faire encore mieux avec un gardien en santé, je crois.»    

Beaucoup de respect pour coach Therrien     

Desharnais a joué, à Montréal, sous les ordres de Michel Therrien pendant cinq saisons.    

A-t-il apprécié son association avec le pilote québécois?     

«Michel m’a donné de très belles opportunités. C’est un gars qui est dur, mais juste. C’est sûr que ce n’est pas toujours évident avec un entraîneur, mais la seule chose que tu puisses espérer, en tant que joueur, c’est que ton coach te donne une chance de bien faire. Et Michel l’a toujours fait. Il a vraiment tout mon respect. Il avait plusieurs joueurs sous la main, mais il a choisi de me faire confiance.»    

Coéquipier favori     

Lorsqu’on demande à David de nous nommer le coéquipier qu’il a préféré côtoyer à Montréal, sa réponse ne tarde pas.     

«Il y en a beaucoup, mais je dirais vraiment Daniel Brière. J’ai seulement joué une saison avec lui, mais on se parle encore souvent. Il m’a tellement apporté de choses. C’est vraiment un gars extraordinaire.»    

Crédit photo : Chantal Poirier / Le Journal de Montréal / Agence QMI

Une façon de faire... étrange     

On le disait plus haut, Desharnais a finalement été échangé aux Oilers le 28 février 2017.     

S’il allègue que la transaction ne l’a pas surpris, il avoue avoir trouvé plutôt étranges les circonstances entourant celle-ci.     

«J’étais laissé de côté et on me disait que je n’allais pas bouger. On pourrait toujours nous dire davantage la vérité. Un certain jour de match, je n’étais pas blessé, mais on m’a laissé de côté. C’était le jour de la date limite des transactions. Je suis arrivé à l’aréna pour la partie.     

«Les gars étaient sur la glace pour la période d’échauffement et je me préparais à aller m’entraîner un peu. Marc Bergevin est descendu me voir dans le gymnase et il m’a annoncé que j’avais été échangé.»    

Un retour dans la LNH?     

Difficile, voire impossible de laisser partir Desharnais sans lui demander si un retour dans la LNH est envisageable de son côté.     

Lors des deux dernières saisons, il a joué en KHL et en première division suisse. Encore une fois, le petit attaquant y va d’une réponse très humble.     

«Honnêtement, non. Les gars sont rendus très bons. Ce n’est vraiment pas mon but de retourner dans la LNH. J’ai fait ce que j’avais à faire. Ça prend beaucoup de discipline et d’entraînement pour se maintenir au sommet dans cette ligue.     

«Je pourrais peut-être bien évoluer sur une quatrième ligne, mais je ne pourrais plus jouer sur l’un des deux premiers trios d’une équipe et produire comme je l’ai déjà fait. Je suis maintenant ailleurs dans ma vie et je suis très heureux comme ça.»    

Et la majorité des amateurs du CH, eux, sont pour la plupart très heureux d’avoir pu scander le nom de David Desharnais pendant ses 10 saisons dans l’organisation.