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Canadiens de Montréal

«J'aurais dû signer à Montréal»

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En général, la carrière professionnelle d’un hockeyeur est très fragile. La vérité, c’est qu’il en faut parfois très peu pour que le parcours d’un patineur penche du bon... ou du moins bon côté.        

Le talent est certes une arme de prédilection pour tout joueur qui souhaite un jour atteindre la LNH et y performer. Mais plusieurs autres facteurs doivent aussi être considérés.               

La réflexion ci-haute, vous le constaterez bientôt, n’a pas été écrite pour rien.        

Lors de son passage dans la Ligue de hockey junior majeur du Québec (LHJMQ), les performances et exploits de Simon Gamache laissaient présager qu’il deviendrait, très rapidement, un joueur d’impact dans la Ligue nationale.        

Après tout, cet ailier gauche originaire de Thetford-Mines a quand même, en 2001, battu le record de Mario Lemieux pour le plus grand nombre de points inscrits en séries éliminatoires dans la LHJMQ (57 en une année). Et il venait quand même de marquer 74 buts en 72 matchs lors de la saison régulière (meilleur total des 27 dernières années). Ces impressionnants chiffres avaient d’ailleurs valu à Gamache, alors âgé de 19 ans, d’être élu meilleur joueur junior au Canada.        

Et le talentueux patineur n’a pas ralenti par la suite. Il a été nommé «joueur des séries» dans la Ligue East Coast, et «meilleur joueur de son équipe» dans la Ligue américaine de hockey.        

Le talent, comme vous venez de le constater, était donc loin d’être un problème dans le cas de Simon Gamache. Comment, donc, expliquer le fait qu’il n’ait finalement joué que 48 matchs dans la LNH? Le sympathique hockeyeur a accepté de raconter son captivant récit au TVASports.ca.        

Tout à prouver        

Repêché en 5e ronde par les Foreurs de Val-d’Or en 1998, Simon Gamache dispute sa première saison junior à 17 ans. Même si son équipe conclut la saison parmi les dernières au classement général, l’ailier gauche connaît de bons débuts sur le plan personnel. Il récolte 62 points en 70 matchs.       

«Je suis débarqué à Val-d’Or la saison suivant leur championnat avec Steve Bégin et Roberto Luongo. C’était donc une saison de transition pour l’équipe. Personnellement, j’ai quand même eu un certain succès, mais collectivement, les victoires étaient plutôt rares...»       

Même si sa production offensive est plus que respectable, Gamache, un joueur de petit gabarit à 5 pieds 9 pouces, est ignoré par toutes les équipes de la LNH lors du repêchage de l’année 1999. Il se rend rapidement compte qu’il aura, chaque soir, tout à prouver s’il souhaite attirer l’attention.       

Les chiffres parlent d’eux-mêmes        

La deuxième saison junior de Gamache se pointe le bout du nez et le hockeyeur n’a aucune intention de laisser ne serait-ce qu’un tout petit doute dans l’esprit des dépisteurs professionnels. Il souhaite, rapidement, démontrer qu’il peut dominer dans la LHJMQ.        

«Quand je me suis présenté au camp, à ma deuxième saison, on m’a jumelé à un gars qui s’appelait Benoît Dusablon. Il avait beaucoup de talent et on a développé une chimie assez rapidement. J’ai récolté ma part de points à ses côtés entre septembre et décembre et j’ai pris beaucoup de confiance.        

«L’équipe a toutefois échangé Benoît lors de la période des fêtes. Étant un gars de défis, je me suis tout de suite dit que ma production ne devait pas diminuer parce qu’il quittait. C’était important pour moi de garder le même rythme.»       

Gamache se retrouve donc pratiquement seul, chez les Foreurs, a pouvoir créer de l’offensive. Mais il répond présent.        

Même si Val-d’Or se classe bonne dernière, Gamache, lui, explose. Il récolte 143 points, dont 64 buts, en 72 matchs.        

Les impressionnantes (et répétées!) performances du Québécois lui ouvrent finalement des portes. Lors du repêchage suivant son excellente saison, il est finalement repêché. Mais il doit tout de même patienter jusqu’en... 9e ronde pour entendre son nom! Les défunts Thrashers d’Atlanta font de Gamache la 290e sélection de l’encan. Assez tardive, comme sélection, pour un joueur de 143 points!       

Humble, Gamache a son explication sur le sujet.        

«C’est sûr que je venais de connaître une saison plutôt solide. Mais je crois que mon petit gabarit a joué contre moi. Et honnêtement, pour un petit joueur, je n’étais pas le plus rapide. J’avais beaucoup de vitesse sur les courtes distances, mais sur les longues distances, j’avais une accélération plus modeste. J’étais toutefois très bon dans toutes les autres facettes...»       

Une saison historique        

Plusieurs patineurs seraient rassasiés après une saison comme celle que venait de connaître Simon. Mais pas lui. Et c’est justement avec un objectif bien précis en tête qu’il se présente à Val-d’Or pour sa troisième campagne.        

«Je suis arrivé là en me disant que c’était facile de récolter des points dans des causes perdues d’avance, mais que je devais aussi le faire dans le cadre de victoires. Je voulais gagner. J’en avais assez de perdre.       

«Cette année-là, je voulais tout. Je voulais tout gagner et je voulais terminer au premier rang des pointeurs de la ligue, des séries et de la coupe Memorial. J’y suis finalement parvenu. J’ai tout fait ça. Sauf gagner la coupe Memorial. Mais le plus beau, dans toute cette saison, c’est vraiment d’avoir gagné la coupe du Président. Quand tu gagnes un championnat, tu marques la vie de milliers de partisans. Tu représentes une ville entière et tu la rend fière. C’est vraiment l’honneur ultime.»       

On le disait plus tôt, Gamache, comme il le souhaitait avant le début de la saison, a vraiment malmené le circuit junior canadien en 2000-2001.        

Une récolte de 74 buts et 184 points en saison régulière, 57 points en séries (record qui tient toujours) et 7 points en 5 matchs au tournoi de la coupe Memorial (meilleur pointeur). Au total, en 2000-2001, il aura inscrit 100 buts... en 100 matchs! Tous ces grandioses exploits lui valent finalement le titre de «meilleur joueur au Canada».        

«Je venais de me faire repêcher en neuvième ronde. C’était presque comme me dire qu’ils me prenaient au cas où un joueur se blesserait! Je voulais prouver des choses. Également, j’avais été ignoré par Équipe Canada junior et ça m’avait dérangé aussi. La seule chose que je pouvais faire, à ce moment-là, c’était de démontrer que j’avais du talent.»       

Vraiment, l’avenir semble rose pour Gamache. Et le rêve d’une belle et longue carrière dans la LNH, lui, semble plus que jamais atteignable. Mais l’avenir allait en décider autrement...       

Débuts professionnels... particuliers        

Simon Gamache, alias le meilleur joueur junior au pays, débarque donc chez les Wolves de Chicago quelques mois après sa saison exceptionnelle à Val-d’Or. C’est le début, pour l’attaquant, d’une carrière professionnelle qui lui réservera bien des surprises.        

«À l’époque, Chicago n’était pas affilié directement avec les Thrashers. J’ai compris, quelques semaines après mon arrivée, qu’il s’agissait d’un partenariat. Ce n’est pas du tout la même chose. Chicago, au fond, se foutait complètement d’Atlanta. Tout ce que les dirigeants voulaient, c’était gagner. Au diable le développement!        

«Normalement, aujourd’hui, les équipes de la LNH vont guider leur club-école pour tout ce qui est relié au développement. Mais à Chicago, ce n’était pas ça du tout. Les Thrashers n’avaient pas un seul mot à dire. Je débarque là en tant que meilleur joueur au Canada et je ne suis pas capable de jouer une seule minute. Ils ne voulaient rien savoir de tasser des vétérans pour laisser une chance aux plus jeunes. J’étais vraiment frustré.»       

Complètement décontenancé, Gamache comprend rapidement avec quelle sorte de dirigeants il devra composer.        

«Chaque jour, c’était la même rengaine. On me disait que je ne jouerais pas, mais que je serais en uniforme le lendemain. Puis on me refaisait le tour le surlendemain. Je me préparais chaque jour en croyant que j’allais jouer et quelques heures avant le match, l’entraîneur me disait que je ne jouerais finalement pas. Je me disais que ce genre de vie ne pourrait pas m’aller longtemps. Je devais jouer!»       

Après 26 parties où il est utilisé sur un quatrième trio et où il joue moins de dix minutes à chaque rencontre, la patience de Simon atteint sa limite. S’en suit alors une anecdote qui aurait sans aucun doute pu agrémenter n'importe quel bon film s'apparentant à «Slap Shot».       

«J’avais de la fumée qui me sortait par les oreilles! J’ai décidé, en plein match, d’aller voir le directeur général. Je lui ai dit : "Là, c’est assez! Je veux jouer au hockey. Tu me dis où je dois aller pour avoir du temps de glace! Elle est où, la Ligue East Coast?"        

«Il m’a répondu que le club de la ECHL était situé à Greenville. Je lui ai dit : "Ben je sacre mon camp là-bas dès ce soir! Tu les appelles maintenant et je m’en vais tout de suite après!"       

«Le directeur général n’était vraiment pas prêt à ça! Je n’étais vraiment plus capable. J’ai paqueté mes affaires sur le toit de mon Jeep et je suis parti.»       

Gamache venait de se donner tout un défi. Celui de démontrer que ses bottines pouvaient suivre ses babines. Autrement dit, maintenant qu’il venait de démontrer qu’il voulait jouer, il se devait de livrer.       

Un pari qui rapporte        

C’est donc le couteau entre les dents que Gamache débarque dans la ECHL, à Greenville.        

Rapidement, le talentueux patineur fait sa place et les résultats sur la glace ne tardent pas à arriver. Il complète la saison régulière avec 38 points en 31 matchs.        

Gamache ne ralentit pas en éliminatoires. Il amasse 24 points en 17 matchs et guide son équipe vers une victoire en grande finale de la coupe Kelly.        

L’attaquant, en plus de soulever le gros trophée, est sacré «meilleur joueur des séries» dans la ECHL. Inutile de dire qu’il a, à ce moment, une petite pensée pour ses «amis» de Chicago...        

Enfin une chance        

Évidemment, les performances de Gamache, à Greenville, ont fait beaucoup de bruit. La saison suivante, cette fois, les dirigeants des Wolves (AHL) n’hésitent pas à lui donner une vraie opportunité de se faire valoir. Il est placé, dès le départ, sur la première unité. Et il ne déçoit pas.        

À seulement 21 ans, il termine la campagne avec 77 points, dont 35 buts, en 76 matchs. Il se classe au troisième rang des buteurs de la Ligue américaine et au cinquième rang des pointeurs.        

Au chapitre des buts, il devance notamment des joueurs comme Michael Ryder, Antoine Vermette et Mathieu Darche...        

Encore une fois, Gamache, de par son jeu inspiré, attire l’attention. Il dispute cette année-là ses deux premiers matchs dans la LNH avec les Thrashers d’Atlanta. Mais encore une fois, le style de gestion de l’organisation le fait sourciller.        

«C’était vers la fin de la saison. Le directeur général était Don Waddell. Je joue mes deux matchs, et on me dit que mon jeu est hyper satisfaisant, mais qu’on doit me retourner en bas. Au fond de moi, je me disais : "Ben voyons! Vous ne faites pas les séries, c’est le temps d’en donner aux jeunes! Réveillez-vous!"»       

La saison se termine. L’année suivante, Gamache dispute quelques bons matchs avec les Wolves, est rappelé pour deux parties dans la LNH (il récolte une aide), puis apprend une nouvelle surprenante.        

Les Thrashers, qui recherchaient un défenseur depuis un bon moment, l’échangent aux Predators.        

Nouveau chapitre        

Gamache débarque donc à Milwaukee alors que la saison est bien entamée. Mais il prend ses aises assez rapidement.        

Avec sa nouvelle équipe, il amasse 45 points en 52 matchs et remporte plus tard la coupe Calder. Entretemps, il mérite même un rappel chez les Predators. C’est là qu’il vit un moment que tant de joueurs de hockey imaginent depuis leur enfance : la récolte de son tout premier but dans la LNH.        

Mais celui-ci, se rappelle Simon, est marqué dans des circonstances très étranges.        

«C’était vraiment spécial. C’était un but vraiment magnifique, mais personne n’a compris que j’avais marqué! Adam Hall me fait une superbe passe après une remise en jeu. Je me retrouve seul devant David Aebischer, le gardien de l’Avalanche, et je le déculotte complètement. Mon lancer frappe les deux poteaux et la rondelle entre dans le filet, mais en ressort aussitôt.        

«Kimmo Timonen passe par là et envoie ensuite la rondelle dans le but. À ce moment-là, je sais que je viens de marquer mon premier but dans la LNH, mais personne ne l’a vu. J’ai finalement été crédité du but, mais ça aurait été beaucoup plus agréable de pouvoir le célébrer, mon premier filet dans la Ligue nationale!»       

Une saison à tout casser       

La saison suivante (2004-2005) est marquée par le maintenant tristement célèbre lock-out. Gamache, qui commençait à prendre ses aises dans la LNH, doit se résoudre à évoluer dans la Ligue américaine.        

Même s’il est déçu de voir le lock-out contrecarrer ses plans, le Québécois ne lève pas le pied de sur l’accélérateur.       

Il récolte 86 points en 80 matchs et est nommé joueur par excellence des Admirals de Milwaukee en compagnie de Dan Hamhuis (qui a disputé 1148 matchs dans la LNH).        

Crédit photo : Rick Sports Photos

Les étincelantes performances de Gamache lui font gagner des points. L’été suivant cette belle saison dans l’AHL, il reçoit un appel. Au bout du fil... Barry Trotz! L’entraîneur des Predators avait un message bien clair pour lui.        

«Il m’a dit : "Je veux juste m’assurer que tu sois sur la coche. Nous t’avons en haute estime, alors sois prêt pour la prochaine saison."       

«L’année du lock-out, il était venu me voir jouer souvent et il avait aimé ce qu’il avait vu. J’étais très heureux qu’il m’appelle!»       

Concours de circonstances...       

C’est un Simon Gamache gonflé à bloc qui se présente au camp d’entraînement des Predators à l’aube de la saison 2005-2006.        

Il fait si bien qu’il mérite dès le départ 11 rencontres avec les «Preds».       

«Mais c’était 11 matchs sur la quatrième ligne! Je ne veux pas me plaindre, mais j’étais un joueur offensif et c’était compliqué de me faire valoir de cette manière-là...»       

Quelque part pendant ces 11 matchs, un moment que Gamache n’est pas près d’oublier survient.        

«C’était à mon dixième match je crois. J’étais sur la quatrième ligne depuis le début. Steve Sullivan et Paul Kariya jouaient sur le premier trio avec Martin Erat. À un moment donné, Erat écope de sa deuxième pénalité du match. Trotz vient me voir et me dit : "À ta prochaine présence, tu vas jouer avec Sullivan et Kariya."       

«Ça devait faire 10 ans que j’attendais un moment comme celui-là Je m’imaginais déjà avec ces deux gars-là et je savais que je pourrais les faire produire.        

«Sauf que la malchance en a décidé autrement. Erat est sorti du banc des pénalité et a reçu une passe qui l’a envoyé en échappée. Et il a marqué. Ma chance venait de s’envoler!»       

Deux matchs passent et Gamache est réclamé au ballotage par les Blues de St. Louis. Une nouvelle aventure débute...        

Autre malchance        

Avec les Blues, Gamache obtient enfin une véritable chance de se faire valoir.        

«Dès le départ, on me place sur la première ligne avec Doug Weight et Keith Tkachuk. C’était la plus belle chance qu’on m’avait offerte de toute ma vie! Je récolte 3 points en 2 matchs. Tout va super bien!        

«Mais à mon troisième match, Keith Tkachuk reçoit un tir sur une main et il se casse le doigt! L’entraîneur a ensuite placé un autre joueur avec Weight et moi, mais la chimie n’a pas opéré. Ce n’était plus pareil...»       

Gamache récolte quand même 7 points en 15 matchs. Après sa quinzième partie, le Québécois apprend que les Blues, qui ont des problèmes de contrat, doivent le retourner dans la Ligue américaine. Il doit cependant passer par le ballotage.        

Alors qu’il s’apprête à prendre la direction du club-école des Blues, le Québécois reçoit un appel qui le chamboule complètement.        

«C’était un sale coup, quand j’y repense. À ce moment-là, la convention stipulait que si une équipe me réclamait au ballotage, elle devait me faire jouer au moins 30 jours dans la LNH. Mais cette clause n’incluait pas les Predators. Parce que j’avais joué avec l’équipe lors de la même saison, elle pouvait m’envoyer directement dans la Ligue américaine.        

«Le directeur général des Predators, David Poile, m’a appelé. J’étais un peu surpris de voir qu’il me téléphonait, parce que j’avais joué là-bas quelques semaines plus tôt. Il me dit : "Simon, je sais que tu vas être fâché. Mais on va te réclamer au ballotage parce qu’on a besoin de toi, mais dans la Ligue américaine seulement. On veut gagner."       

«Ça, je l’ai vraiment mal pris. Je n’étais pas content. Ça m’a tué un peu. Je savais que les Blues m’auraient rappelé dans la LNH. Mais là, les Predators me réclamait seulement pour jouer dans les mineures. J’étais en beau fusil, vraiment.»       

En février, Gamache, complètement renversé, retourne donc à Milwaukee. Mais comme on l’a vu, il n’est pas du genre à refuser un défi.        

Il récolte 28 points en 21 matchs en séries, puis mène l’équipe à la finale de la coupe Calder. Les Admirals s’inclinent finalement en six matchs contre les Bears de Hershey.        

«Après les séries, j’en avais assez de me sentir utilisé. J’ai sacré mon camp en Suisse!»       

Dernier tour de piste        

En 2006-2007, Gamache s’aligne donc en première division Suisse au sein du club CP Berne. Et il fait ce qu’il sait faire de mieux : dominer.        

Il récolte 66 points en 44 matchs et termine au premier rang des marqueurs du circuit.     

Crédit photo : Ice hockey wiki

«Après cette saison-là, ma frustration était passée. Je me disais que je n’avais pas le choix de tenter ma chance à nouveau dans la LNH. Je m’étais toujours fixé comme objectif d’évoluer dans la LNH pendant 10-15 ans et de faire 10M$ par année. Comme tous les joueurs de hockey...»       

Quelques jours plus tard, une opportunité se présente à Gamache.        

«On est le 15 juillet. Je suis en train de jouer au golf. En Suisse, je pouvais canceller mon contrat si je signais quelque part avant le 15 juillet, à 16h. Il est 14h30 et je reçois un appel de mon agent. Je lui avais dit quelques jours auparavant que je n’irais nulle part si ce n’était pas une offre de contrat à un volet. Alors je savais, quand le téléphone a sonné, que c’était du sérieux.       

«Il me dit que Toronto m’offre un contrat de deux ans. La première année à 250 000$ dans la LAH, et la deuxième saison à un volet. Il me lance alors que les Canadiens de Montréal me font également une offre. Deux saisons à 250 000$/année. Mais un contrat de la LAH seulement.        

«Avec du recul, j’aurais dû signer à Montréal. Étant Québécois, ça aurait peut-être fonctionné, qui sait! Mais il est 14h30 et je dois réfléchir rapidement. J’ai opté pour l’offre de Toronto, qui m’offrait un contrat à un volet pour ma deuxième saison. Je voulais jouer dans la LNH. Mais moi, ce que je ne savais pas, c’est que Toronto signait des gars à un volet pour les envoyer dans la Ligue américaine. Ils te paient ton salaire de la LNH, mais ils s’en foutent, car ils ont de l’argent! Probablement que leur objectif était de m’attirer à Toronto pour pouvoir gagner dans la Ligue américaine...»       

Sauf que Gamache n’a aucune idée des intentions des Maple Leafs à ce moment-là. Il se dirige au camp d’entraînement. Il fait bien, mais est quand même envoyé dans la LAH.        

Après quelques parties, on le rappelle dans la Ligue nationale. Il récolte quelques points dès le départ. Puis survient une autre séquence clé que Gamache n’oubliera pas de sitôt.        

«Paul Maurice m’a donné une présence avec Mats Sundin. Lorsque je l’ai vu faire le tour du filet, je suis allé me placer directement dans l’enclave. Évidemment, il m’a servi une superbe passe. J’avais tellement marqué dans ce genre de situation que j’étais convaincu que ça y était. J’ai tiré sur réception, mais un peu trop bas. Le gardien a fait l’arrêt. Et je n’ai jamais rejoué avec Mats Sundin.       

«Je pourrais considérer cette séquence comme le troisième moment où la malchance a joué contre moi dans la LNH. Il y a eu le but de Martin Erat, la blessure de Tkachuk, et cette chance en or ratée avec Sundin...»       

Après ce match, les «Leafs» annoncent à Simon qu’il est retourné dans la Ligue américaine.        

«Mais j’ai comme eu une révélation. C’était terminé pour moi. J’ai été impatient et je suis parti pour l’Europe.»       

Retour dans le passé        

Simon Gamache a finalement, entre 2007 et 2017, disputé sept saisons en première division suisse, une campagne en Allemagne, une en Autriche et deux dans la Ligue nord-américaine de hockey. Il a ensuite pris sa retraite.        

Lorsqu’on lui demande s’il a des regrets, Gamache répond que non. Mais il avoue avoir été trop impatient.        

«J’aurais peut-être dû être davantage patient. Mon impatience a fini par me couler. Je crois que si j’étais demeuré en Amérique du Nord, j’aurais eu d’autres opportunités dans la LNH. On m’a offert un contrat très juteux en Suisse et j’ai choisi la stabilité. Je suis vraiment le seul à blâmer là-dedans.»       

Et quel a été, selon lui, le point tournant de sa carrière?        

«Le lock-out ne m’a vraiment pas aidé. Il m’a fait très mal, en fait. J’étais sur une belle lancée avec les Predators. Je ne cherche pas d’excuses, mais je dois quand même mettre cet aspect-là dans la balance. C’était l’année où je me sentais un peu plus en contrôle. Et j’ai dû retourner dans la LAH, alors que je sais que les Predators étaient rendus à l’étape de me donner une vraie chance.»       

On ne saura jamais ce qui se serait vraiment passé pour Simon Gamache s’il avait fait preuve de plus de patience et si le lock-out n’avait pas eu lieu.        

Ce qu’on sait, par contre, c’est qu’il a tout pour être fier de sa carrière de hockeyeur. Une carrière où il aura gagné pratiquement partout où il est passé, et où il aura terrorisé un nombre astronomique de gardiens de but!