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Soccer

«Tu marques, et rien ne se passe»

Dave Lévesque

Publié | Mis à jour

Les Bundesliga 1 et 2 d’Allemagne sont devenus samedi les premiers championnats sportifs d’importance à relancer leurs activités après plus de deux mois à l’arrêt en raison de la pandémie de COVID-19, et ce même si un sondage indique que 60 % de la population allemande était opposée à cette reprise. 

La journée s’est amorcée par quatre rencontres de seconde division avant que les équipes du premier niveau, l’une des ligues les plus prestigieuses au monde, prennent le relais avec six matchs.  

On peut dire que les Allemands ont passé le test puisque tous les matchs se sont déroulés sans anicroche. 

On craignait des attroupements près des stades, mais l’ordre a régné et même avant le derby entre Dortmund et Schalke, deux villes situées à moins de 40 kilomètres l’une de l’autre, les abords du stade étaient déserts. 

Ambiance 

Il faut le dire, l’ambiance était pratiquement inexistante puisque les rencontres ont été disputées à huis clos. 

C’était particulièrement criant dans la rencontre entre Schalke et le Borussia Dortmund, deux grands rivaux. 

Le Signal Iduna Park semblait caverneux alors que les foules moyennes y sont de 81 154 spectateurs. On entendait clairement les joueurs se parler sur le terrain avec un écho un peu sourd, comme dans une église. 

En termes d’ambiance, c’était un peu comme regarder un match de ligue de garage, mais avec les meilleurs joueurs du monde. Mais c’est peut-être aussi une forme de retour à l’essence du sport, qui sait ! 

Jouer pour jouer, même si on sentait parfois une différence d’intensité en se disant que certains efforts auraient été plus soutenus devant des gradins pleins. 

Bon, il y avait bien les bancs des équipes où tout le monde était dispersé et portait le masque qui détonnait un peu. 

Et quand Erling Haaland a ouvert la marque pour Dortmund, à la 29e minute, il a couru le poing dans les airs et ses coéquipiers sont restés à distance. 

«Tu marques, et rien ne se passe, c’est très, très bizarre», a d’ailleurs observé l’entraîneur-chef de Dortmund, Lucien Favre. 

Conditions strictes 

Il faut dire que le retour s’est fait selon des conditions très strictes qui ont été détaillées dans un protocole de 50 pages rédigé par Deutsch Football League (DFL), qui chapeaute les Bundesliga 1 et 2. 

Les Allemands n’avaient tout simplement pas le droit à l’erreur puisque tous les yeux de la planète sportive étaient rivés sur eux en cette journée de reprise des activités. 

Selon les conditions très sévères, les joueurs ont été mis en quarantaine à l’hôtel au début de la semaine sans droit de sortie. 

D’ailleurs, on a démontré qu’aucun écart de conduite ne serait toléré puisque l’entraîneur d’Augsbourg, Heiko Herrlich, a été exclu du groupe pour le match de samedi après avoir violé les règles de quarantaine en allant s’acheter du dentifrice. 

Gros dollars 

Pour rappel, il faut souligner que la Bundesliga a beaucoup à gagner d’une reprise de la saison à laquelle il restera huit semaines de championnat au terme du week-end. 

En effet, ce sont plus de 458 M$ CAD que le circuit récupérera en droits de télévision. Cette somme sera redistribuée parmi les équipes, dont certaines auraient flirté avec la faillite sans cette entrée d’argent. 

Les pertes de revenus seront tout de même importantes en raison des matchs présentés à huis clos. 

Le magazine allemand Kicker estime que les 36 clubs de la DFL, 18 en première division et 18 autres en seconde division, perdront environ 138 M$ CAD en recettes liées aux ventes de billets, produits dérivés et autres revenus générés les jours de match. 

La table est mise pour la Premier League 

Maintenant que les Allemands ont fait la preuve qu’il était possible de reprendre les activités dans un sport d’équipe, il y a fort à parier que d’autres ligues vont suivre la parade. 

On pense notamment à la Premier League en Angleterre et à la Liga en Espagne, deux circuits qui n’ont pas encore annulé leur saison 2019-2020. 

Ça sera plus difficile en Espagne puisque le premier ministre, Pedro Sanchez, a annoncé samedi son intention de prolonger d’un mois l’état d’urgence, qui devait se terminer le 24 mai. 

Dans le contexte, on imagine mal une reprise des activités sportives professionnelles, surtout que de nombreux joueurs ont émis des réserves quant à un retour au jeu pour terminer la saison actuelle. 

En juin 

Du côté de la Premier League, on semble privilégier un retour au jeu avant le début de l’été. 

Jeudi, le secrétaire d’État britannique aux sports, Oliver Dowden, a indiqué que le gouvernement ouvrait la porte à une reprise de la Premier League en juin. Le championnat anglais planche sur son projet Restart depuis un certain temps déjà. M. Dowden a toutefois prévenu qu’un retour ne se fera que si «tout est sécurisé et que la santé des joueurs, des entraîneurs et des dirigeants reste préservée.» 

Pour l’heure, l’objectif est de relancer la présentation de matchs à compter du vendredi 12 juin. 

La Major League Soccer pourrait aussi s’inspirer de l’expérience allemande avec son projet de reprise en vase clos à Orlando. Au moins, la MLS a le luxe du temps puisque sa saison ne fait que commencer alors que les championnats ailleurs dans le monde sont en fin de calendrier. 

Voix discordante 

Mais une éventuelle reprise n’est pas vue d’un bon œil par tout le monde. C’est notamment le cas de Troy Deeney, le capitaine de Watford. 

Le vétéran de 31 ans a fait part de ses inquiétudes sur Instagram. 

«Je ne parle pas de football en ce moment, je parle de la santé de ma famille. Si je sens que je ne peux pas m’occuper de ma famille, alors je ne reprendrai pas. Je ne veux pas mettre ma famille en danger», a-t-il écrit. 

Deeney a aussi remis en question le fait de jouer des matchs à huis clos. 

«Qu’est-ce qu’ils vont faire, me prendre de l’argent ? J’ai déjà été fauché, alors ça ne me dérange pas. Ils parlent de jouer sans partisans jusqu’en juin 2021. Donc, si ce n’est pas assez sûr pour que les fans soient à l’intérieur d’un stade, pourquoi les joueurs seraient-ils en sécurité ?»