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EXCLUSIF: «Il se levait la nuit pour courir 15 km»

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Il avait 27 ans, était invaincu en 20 combats et était promis à une carrière de rêve.        

Pier-Olivier Côté, mieux connu sous le sobriquet «Apou», est toutefois complètement disparu des radars depuis son dernier combat ayant eu lieu le 26 mai... 2012.                

Rapidement, les hypothèses se sont multipliées pour expliquer cette disparition soudaine. Mononucléose, problèmes personnels, mésentente avec son entourage... Tout y est passé. Et tout le monde croyait qu’il ne s’agissait que d’une pause temporaire pour l’électrisant pugiliste. Après tout, quel problème pouvait bien freiner un boxeur qui n’avait jamais perdu?        

Sauf que près de huit ans jour pour jour depuis sa dernière prestation, les amateurs de boxe québécois sont toujours sans nouvelles d'«Apou». Il n’est pas remonté dans le ring depuis 2012, et n’a pratiquement effectué aucune sortie publique depuis        

La communauté boxe de Montréal, tissée très serrée, nage dans l’incompréhension depuis ce moment. Pourquoi Pier-Olivier Côté a-t-il subitement décidé de quitter un sport qu’il avait pourtant toujours semblé adorer?        

Pour la toute première fois depuis les événements, son entraîneur de l’époque, François Duguay, a accepté de revenir sur les circonstances entourant le retrait précipité de son ex-poulain.        

Dans le cadre d’une entrevue exclusive accordée au TVASports.ca, le réputé entraîneur a livré le fond de sa pensée sur la séparation, en plus de dévoiler certains détails qui nous permettent de mieux comprendre les raisons derrière le choix de Pier-Olivier Côté.         

Le début d’une association        

Pour mieux comprendre tout ce qui entoure l’affaire «Apou», effectuons un bref retour dans le passé.        

Pier-Olivier Côté fait son entrée dans le club de boxe (Notre-Dame-des-Laurentides) de François Duguay pour la toute première fois en 2008. Il est alors âgé de 23 ans.        

Duguay, qui connait déjà Côté, est heureux de voir le jeune homme débarquer à son gymnase.        

«Je savais que c’était un boxeur qui travaillait extrêmement fort. En 2006, nous étions aller boxer au tournoi Ringside de Kansas City et c’est moi qui l’avait entraîné à ce moment-là. J’ai alors tout de suite remarqué que c’était un gars qui savait s’ajuster rapidement dans un ring.        

«Quand il s’est présenté au gymnase quelques années plus tard, nous avions déjà quelques liens ensemble. Lorsqu’il a voulu débuter sa carrière chez les professionnels, on a convenu que je serais son entraîneur.»        

Crédit photo : apouboxer.wordpress.com

Lorsqu’on demande à François Duguay comment se comportait «Apou» à l’entraînement, l’entraîneur n’hésite pas une seconde avant de répondre.         

«Il était très rigoureux. Trop même! Il fallait parfois l’arrêter. Il avait tendance à en faire trop. J’ai toujours pensé que ce genre de méthode pouvait devenir un couteau à double tranchant...»        

Signes avant-coureurs        

Les débuts de Pier-Olivier Côté dans le monde de la boxe professionnelle sont, comme on le sait tous aujourd’hui, excellents.         

Le pugiliste enfile les victoires à une vitesse folle et parvient même, au passage, à décrocher une ceinture de champion intercontinental des super-mi-moyens de l'IBF lors d’un combat contre Jorge Luis Teron le 5 novembre 2011.        

Cette victoire ouvre les yeux de plusieurs grosses pointures de la division. Rapidement, un combat entre Côté et Mauricio Herrera est mis en place et est réservé pour le 3 février 2012. L’Américain représente un adversaire de taille. Au moment où le combat contre «Apou» est annoncé, Herrera présente une fiche de 18 victoires contre un seul revers.         

«Mais quelques semaines avant ce duel, P.-O. était toujours fatigué. Je savais que ce n’était pas normal. Les médecins l’ont finalement mis en arrêt forcé et on a dû annuler le combat. À partir du moment où il s’est engagé à se battre contre Herrera en grande finale de ce gala, à Québec, j’ai vraiment l’impression qu’il a commencé à stresser. Il voyait ça vraiment gros. Il s’en allait dans la Ligue nationale pour de vrai. Et mon feeling, c’est que c’était trop de pression.»        

Questionné à savoir si «Apou» avait déjà fait mention d’une certaine pression, Duguay répond ceci.         

«Jamais. Il ne m’a jamais parlé de pression. Il me parlait très souvent de sa fatigue physique, mais son non-verbal me montrait qu’il paniquait. On avait l’opportunité d’être très près de Lucian Bute à l’époque. On l’a suivi en Roumanie, en Angleterre. On avait la chance de pouvoir s’entraîner dans de beaux gymnases, mais Pier-Olivier voulait toujours être seul. Il souhait constamment demeurer avec Sébastien Bouchard et moi. On finissait par s’entraîner seuls, dans le stationnement de l’hôtel...»        

Méthodes particulières         

Selon Duguay, la fatigue qui rongeait sans cesse son protégé de l’époque n’était pas le fruit du hasard. Il était extrêmement demandant envers lui-même.         

«J’ai appris plus tard que son entraînement était plutôt... particulier. Moi, je lui faisais un programme d’entraînement. Mais lui, il pouvait se réveiller à 3 heures du matin, et aller courir un 15 KM sans aucune raison.        

«Il pouvait aussi se lever en pleine nuit et se taper un 25 rounds de sac. Je n’avais aucune idée de ça, à l’époque... On perdait le compte de ce qu’il faisait. Souvent, il en faisait beaucoup trop.»        

Ultime duel et ultime... discussion         

Après avoir été contraint au repos en février 2012, Pier-Olivier remonte finalement dans le ring le 26 mai de la même année. Une victoire sans équivoque par K.-O. contre le Britannique Mark LIoyd, à l’occasion d’un duel disputé en Angleterre. Si tout semble aller pour le mieux sur le ring, Duguay comprend rapidement que quelque chose d’étrange se trame.         

Crédit photo : alchetron.com

«Peu de temps après le combat, il me dit qu’il veut prendre une pause. J’ai décidé de le laisser aller. Il avait besoin de prendre du temps pour lui. Au bout de six mois, je l’ai appelé pour prendre de ses nouvelles. Il m’a dit qu’il était encore fatigué.        

«Au bout d’un an, certains amis de Pier-Olivier m’ont contacté en me disant que ses problèmes n’étaient peut-être pas strictement physiques. J’ai demandé à ses amis pourquoi ils n’allaient pas voir P.-O. eux-mêmes, mais ils m’ont répondu que j’étais près de lui et que le message passerait mieux. Je l’ai donc rappelé.        

«Je lui ai alors dit qu’on avait pas mal fait le tour de son corps et qu’aucun médecin n’avait pu trouver quoi que ce soit sur le plan physique. J’ai alors soumis l’idée d’une consultation avec un psychologue. Je souhaitais vraiment qu’on fasse le tour de toutes les options. Mais il a refusé, et il ne m’a plus redonné aucune nouvelle depuis...»        

«Il semble fâché contre moi»        

On le disait, le monde de la boxe québécoise est vaste en termes de talent brut, mais peut à l’inverse paraître très petit lorsque la machine à rumeurs s’enclenche.        

François Duguay, au fil des années, a compris que Pier-Olivier Côté semblait lui en vouloir depuis leur dernière discussion.         

«Il a dit à certaines personnes qu’il m’en voulait. Il m’accuse de l’avoir forcé à se battre dans des catégories de poids trop basses. C’est complètement faux!        

«Lorsqu’il était chez les amateurs, il boxait à 125 livres. Il avait remporté le championnat canadien, mais il s’était tellement entraîné qu’il avait manqué d’énergie. Sa fatigue, je crois, a vraiment commencé à ce moment-là.»        

Duguay se rappelle d’ailleurs très bien toutes les pesées et les pertes de poids impliquant Côté.         

«On voulait le monter à 135 livres, mais à l’époque, Interbox était vraiment sur les freins concernant cette option. À ce moment-là, Interbox avait Benoît Gaudet à 135 livres et c’est comme s’ils ne voulaient pas qu’on prenne sa place avec Pier-Olivier.         

«On a finalement réussi à le faire boxer à 135 livres, mais Côté trouvait que c’était encore trop bas. On s’est donc battu à 141 livres lorsqu’il a remporté le titre IBF, puis son dernier combat, en 2012, s’est finalement fait à 147 livres.        

«Quand il dit qu’on l’a drainé sur le poids, je ne comprends pas. On a fait que monter. Je vais te dire une chose. Je n’avais jamais vu un boxeur invaincu chialer contre son entraîneur.»        

De très beaux projets        

On le disait précédemment, Pier-Olivier Côté avait les aptitudes pour accomplir de grandes choses.         

François Duguay est en parfaite symbiose avec cette affirmation et n’hésite pas à dévoiler les plans qu’il avait pour son ancien protégé.         

«Nous étions à deux ou trois combats d’un duel de championnat du monde. Son nom circulait énormément. Un gros combat était imminent, je peux te le dire...»        

Et gageons que plusieurs amateurs auraient payé le gros prix pour voir un tel affrontement.      

Quant à savoir ce qui s'est véritablement passé pour que l'un des plus beaux espoirs de la boxe québécoise disparaisse ainsi sans crier gare, il faudra attendre les explications du principal intéressé. Acceptera-t-il un jour d'enfin donner sa version des faits?