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Le magicien de la LNH tombé dans l'oubli

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Il se classe au neuvième rang de l’histoire de la Ligue nationale de hockey (LNH) en termes de point par match. Sa récolte de 131 points en 1980-1981 est encore un record à ce jour pour un Suédois.      

Le meilleur joueur de tous les temps, Wayne Gretzky, a déclaré lors d’une entrevue qu’il était «peut-être le joueur le plus talentueux que j’ai vu de toute ma carrière». Selon l’ancien attaquant Ken Houston, il était aussi bon que la Merveille quand il avait envie de jouer.           

Malgré tout, plusieurs partisans n’ont jamais entendu son nom. Avant Pavel Datsyuk et Alexei Kovalev, il y a d’abord eu Kent Nilsson, mais ce «Magic Man» est malheureusement tombé dans l’oubli.     

En cette période de confinement, si l’on ne trouve pas le temps pour revisiter la carrière de Nilsson et rendre hommage à son héritage dans le circuit, alors quand le fera-t-on? Il valait le coup de s’intéresser à l’un des joueurs les plus fascinants à avoir foulé une patinoire de la LNH.     

«Je le disais dans le temps, Nilsson, c’est certainement le gars avec qui j’ai joué qui a le plus de talent naturel», confie le Québécois Guy Chouinard, un ancien coéquipier du magicien suédois.      

Chouinard, qui a récolté 575 points en 578 matchs dans la Ligue nationale, a été témoin de toutes sortes de tours de magie lors des quatre saisons qu’il a passées en compagnie de Nilsson avec les Flames, que ce soit à Atlanta ou Calgary.      

«Kent, pour nous, c’était un gars qui sortait de l’ordinaire, explique-t-il. On n’était pas habitués de voir quelqu’un d’aussi talentueux, d’aussi naturel.»     

«Une des choses qu’il aimait faire était déborder le défenseur, arriver en arrière du filet et ramener la rondelle en avant [en faisant une passe dans l’enclave], se souvient-il. Le gardien était déjà sur l’autre poteau, car il pensait que Nilsson contournait le filet. C’est le premier gars que j’ai vu faire ça. Maintenant, on le voit plus régulièrement, mais lui, il faisait ça à une époque où l’espace derrière les filets était beaucoup moins large.»      

La créativité coulait dans le sang de Nilsson. Tout amateur de hockey qui se respecte connaît la fameuse feinte de Peter Forsberg, qui consiste à déjouer le gardien en glissant la rondelle à une main dans le filet. Mais on devrait plutôt parler de la feinte de Kent Nilsson.      

Avant d’employer la manœuvre aux dépens de Corey Hirsch lors de la finale des Jeux olympiques de 1994, à Lillehammer, Forsberg avait vu son compatriote Nilsson la réaliser pour sortir de son slip-coquille le gardien américain John Vanbiesbrouck au Championnat du monde de 1989.      

Ce que Nilsson pouvait effectuer sur la patinoire laissait souvent les gens sans mot. Lors d’une émission télévisée, on l’avait mis au défi de frapper la barre horizontale en s’élançant du centre de la glace. On lui avait donné cinq rondelles. Son premier tir avait atteint la cible de plein fouet.      

«Lors des entraînements matinaux, souvent, on se ramassait en groupe et on se prêtait au jeu de lancer la rondelle sur la barre horizontale. Le dernier gars à la frapper devait payer le lunch à tout le monde. Kent n’a pas payé souvent le lunch...», raconte Chouinard en riant.      

Nilsson n’a joué que 553 matchs dans la LNH, gagnant la coupe Stanley avec les Oilers d’Edmonton lors de sa dernière saison. Son manque de longévité explique pourquoi, malgré son talent hallucinant, il n’est pas reconnu comme l’un des plus grands de l’histoire.      

Il est curieux qu’il ait prématurément quitté la meilleure ligue au monde à l’âge de 30 ans alors qu’il avait encore beaucoup de hockey dans le corps (il est revenu brièvement avec les Oilers en 1994-1995, jouant six matchs). C’est d’autant plus étrange qu’il a décidé d'aller jouer en... Italie.     

«Il n'avait pas d'affaire là»     

Ancien gardien ayant disputé trois matchs dans la Ligue nationale avec les Oilers, Mike Zanier se rappelle la première apparition de Nilsson en tant que membre du HC Bolzano, en 1987.      

«Quand Kent est arrivé avec nous, il revenait de la Coupe Canada, raconte-t-il. On jouait un match d’exhibition dans le village d’Asiago. Kent venait d’atterrir et il a conduit pour nous rejoindre en troisième période. Je crois qu’il a marqué trois buts en cinq ou huit minutes, quelque chose comme ça. Tu pouvais voir tout de suite qu’il n’avait pas d’affaire là. Tout le monde le savait.»      

À ce sujet, les statistiques sont sans appel : 60 buts, 72 mentions d’aide pour un total de 132 points en... 35 matchs. C’est la récolte de Nilsson en 1987-1988.      

Zanier admet qu’il ne se souvient plus trop de ce qui avait convaincu Nilsson d’aller jouer dans un pays loin d’être réputé pour son amour du hockey.      

«J’ai essayé de le contacter aujourd’hui en Suède, mais il ne m’est pas revenu là-dessus malheureusement, mentionne-t-il. Je crois que sa femme était enceinte de leur deuxième enfant et que le couple voulait être en Europe.»     

«Ron Chipperfield était notre entraîneur à Bolzano, poursuit Zanier. Il est le premier capitaine de l’histoire des Oilers. Je l’avais rencontré à Edmonton. Il m’avait dit : "Si jamais tu veux jouer en Italie, viens avec nous." Chipperfield vivait à Edmonton, il avait rencontré Nilsson là-bas, et je crois que c’est comme ça que ça s’est passé.»      

  

À l’instar de Chouinard, Zanier avait parfois droit à tout un spectacle lors des séances d’entraînement.      

«Une fois, il jouait à la pointe en avantage numérique et il s’amusait à l'entraînement. Il a fait une sorte de coup d’approche lobé, comme au golf. La rondelle a monté à 8 à 10 pieds de hauteur. Elle est soudainement tombée et elle commençait à tourner. Je n’en revenais pas : "Holy sh**, est-ce qu’il vient vraiment de faire ça?"», s’exclame le Britanno-Colombien, encore étonné.      

Au fil de sa carrière, Nilsson s’est souvent fait reprocher par la presse de manquer d’intensité. Pour lui, tout était si facile, si bien qu’il y avait une certaine nonchalance dans son jeu.      

«Kent a un peu la même réputation que Phil Kessel. Il n’avait pas toujours l’air d’être investi. Il était toujours en train de rire et n’était jamais fâché. Il était simplement heureux d’être à l’aréna. Je ne sais pas, peut-être que les gens pensaient qu’il ne prenait pas ça au sérieux», tente d’expliquer Zanier, qui dit s’être toujours bien entendu avec Nilsson.     

Dans l’histoire de la LNH, le «Magic Man» occupe en quelque sorte la place d’un artiste incompris et méconnu qui n’obtiendra jamais la même reconnaissance que d’autres joueurs pourtant beaucoup moins talentueux que lui.      

Mais quoiqu’on en dise, Kent Nilsson était tout un joueur de hockey.