LHJMQ

Le petit Mozart prêt à renverser la LHJMQ

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«Tu sais que tu viens de frustrer beaucoup d’équipes, Trevor?, lance l’auteur de ces lignes à Trevor Georgie au bout du fil.       

- J’ai fait ça?, de répondre le président et directeur général des Sea Dogs de Saint-Jean, amusé. Oui, oui, je crois que je le sais...»       

Les Sea Dogs contre le monde. C’est un peu la mentalité de l’équipe alors que l’embauche du prometteur Peter Reynolds ajoute à la controverse des fameux récalcitrants qui fait rage dans la Ligue de hockey junior majeur du Québec (LHJMQ).        

Lors du repêchage 2019 de la LHJMQ, Reynolds aurait normalement été un candidat à être choisi au tout premier rang, mais il n’avait aucune intention de jouer dans le circuit, lui qui s’était engagé avec Boston College. Le natif de Fredericton s’était exilé aux États-Unis depuis l’âge de 12 ans.        

Lors des rencontres individuelles précédant la séance de sélections, l’espoir a toutefois prononcé une phrase que Georgie n’était pas près d’oublier.        

«Il m’a regardé, presque la larme à l’œil, et m’a dit: "Vous savez, M. Georgie, j’ai grandi en rêvant de jouer avec les Sea Dogs. J’ai suivi Jonathan Huberdeau et Spencer Smallman"», raconte le fringant dirigeant de 32 ans.       

«Je me souviens d’avoir répondu: "Alors, si c’est ton rêve, je n’abandonnerai pas en tant que DG des Sea Dogs pour que tu le réalises."»       

Georgie l’a donc choisi au deuxième tour de l'encan. Et il ne l’a pas lâché d’une semelle l’année suivante. Il a fini par gagner son pari. Si on récapitule, les Sea Dogs, en plus d’avoir obtenu Joshua Roy avec le tout premier choix cette année-là, ont mis le grappin sur un autre espoir de catégorie élite, 20 sélections plus tard.        

Pas besoin de vous faire un dessin: les équipes, surtout les petits marchés, sont sans doute mécontentes. Elles risquent de l’être longtemps, car Reynolds n’est pas un espoir comme les autres.        

Il veut écraser l'opposition       

Alors que le monde du sport est paralysé, le documentaire The Last Dance, qui nous plonge dans les coulisses de la dernière conquête des Bulls de Chicago menés par Michael Jordan, monopolise l’attention.        

On constate à quel point la rage de vaincre de Jordan était incontrôlable, insatiable, presque malsaine. Il n’y aura pas un deuxième «MJ». Toute comparaison avec sa majesté aérienne est futile. Mais chez plusieurs athlètes connaissant du succès, on retrouve généralement un dénominateur commun: cette soif d’excellence.        

Ce trait de caractère définit Peter Reynolds. Derrière les traits angéliques et l’air naïf de ce jeunot de 17 ans se cache un ardent compétiteur. Excellent joueur de piano, bon golfeur, étudiant doué ayant sauté une année scolaire: Reynolds ne veut pas se contenter de réussir, il veut exceller dans tout ce qu’il entreprend.        

Bref, le petit Mozart est prêt à renverser la LHJMQ.        

«Je veux juste être le meilleur dans tout, même pour un truc aussi insignifiant que jouer aux cartes, a confié Reynolds, qui a regardé avec intérêt le documentaire The Last Dance. Je veux gagner. C’est un instinct naturel.»        

«Il ne laisse pas la "game" venir à lui, il amène la "game" à l’autre équipe, a illustré le directeur du recrutement des Sea Dogs, Anthony Stella. Il attaque le défenseur.»        

Stella se rappelle très bien les Jeux d’hiver du Canada de 2019 à Red Deer. La délégation néo-brunswickoise affrontait celle du Québec.        

«Il filait à toute vitesse derrière les défenseurs du Québec, avec une si grande aisance. C’est une des choses qui m’a vraiment marqué chez lui: dès qu’il s’empare de la rondelle, il est parti», a mentionné l’évaluateur de talent, qui rêve de voir Roy et Reynolds occuper le sommet du classement des marqueurs de la LHJMQ un jour.        

«Il peut faire des jeux à une très, très haute vitesse, à un niveau élite, a ajouté Stella. Il est vraiment intelligent et habile. Il est affamé, il veut la rondelle.»       

Les espoirs qui ont amassé des statistiques semblables à celles de Reynolds à 16 ans dans la Ligue de la Colombie-Britannique ont éventuellement été repêchés au premier tour dans la Ligue nationale de hockey. Le nouvel attaquant des Sea Dogs n’est pas sans savoir que de grandes attentes sont fondées en lui.        

Sauf que Reynolds... adore ça.        

«J’adore la pression, a-t-il fait savoir. Si tu as de la pression, ça veut dire que tu es important. Si tu peux la gérer, ça peut être merveilleux pour toi. C’est bien d’avoir un défi aussi.»        

Tout un sacrifice        

Le concept du sacrifice fascine Trevor Georgie. Reynolds en a fait un gros en acceptant de se joindre aux Sea Dogs.        

Rappelons-le, il avait déménagé aux États-Unis à 12 ans. Il accordait beaucoup d’importance au volet académique, à la possibilité d’obtenir un diplôme d’études universitaires en jouant dans la NCAA. Il s’était investi dans ce projet depuis qu’il était tout jeune.        

«C’est une histoire en montagnes russes, a dit Georgie en faisant allusion au recrutement du jeune homme. Ce fut un marathon. Peter avait toujours eu comme plan d’aller à Boston College. Il a passé tout ce temps aux États-Unis, loin de ses proches.»       

«Quand tu fais un sacrifice, tu es encore plus investi. Si tu achètes une maison, mais que tu n’as pas dû dépenser ton argent, est-ce que tu vas en prendre soin? Mais si elle a été achetée avec tes fonds, tu vas t’en occuper. La plupart des joueurs dans notre formation ont fait une sorte de sacrifice pour rejoindre notre équipe. Celui de Peter est de renoncer à Boston College.»        

Les efforts de Georgie, qui a constamment gardé contact avec Reynolds au cours de l’année, ont porté fruit, mais la pandémie de coronavirus a aussi joué un rôle dans la décision du Néo-Brunswickois.        

«La situation actuelle est difficile, a expliqué Reynolds. Tout le monde est de retour à la maison. C’est plus difficile de voyager et personne ne sait vraiment ce qui va se passer. De pouvoir jouer près de la maison, c’est formidable, sachant que j’ai été loin de la famille pendant à peu près cinq ans.»         

Joshua Roy. Josh Lawrence. Brady Burns. Jérémie Poirier. William Villeneuve. Le troisième choix au total de l’encan 2020. Et maintenant Peter Reynolds. On peut comprendre Trevor Georgie d’être aux anges.    

«On ne devrait pas avoir de la misère à marquer des buts la saison prochaine...», a constaté le DG.        

Un euphémisme, il va sans dire.