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LNH

Le recordman québécois devenu agent de joueurs

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Le monde du hockey, lorsqu’on prend le temps de s’y attarder un peu, a cette capacité à fournir de sensationnelles histoires.        

Celle de Nicola Riopel fait sans aucun doute partie de cette catégorie.             

Cet ancien gardien professionnel, aujourd’hui âgé de 31 ans, est le recordman de la LHJMQ dans deux catégories très révélatrices du calibre d’un portier. Il présente, encore à ce jour, la meilleure moyenne de buts alloués et le meilleur pourcentage d’arrêts en saison régulière de toute l’histoire du circuit Courteau.       

Vous vous dites sûrement, à cette étape-ci de votre lecture, que ces impressionnants records ont dû lui permettre de connaître une belle et longue carrière dans la Ligue nationale de hockey. Eh bien non. Et en fait, c’est là, ironiquement, que les choses deviennent intéressantes...       

Nicola Riopel, au fil des années, s’est fait promettre la lune à plusieurs reprises par des équipes de la LNH. Et par son propre agent. Il a dominé presque partout où il est passé. Mais chaque fois, un élément hors de son contrôle venait contrecarrer ses plans et... son rêve, par le fait même.       

À force d’être déçu par la façon dont les choses se passaient, le portier, tranquillement, s’est reconverti en agent de joueurs... alors qu’il était toujours gardien professionnel!       

Voici donc le fantastique récit d’un sympathique ex-gardien qui n’a pas connu la carrière espérée sur le plan sportif, mais dont le parcours mérite amplement d’être connu.       

Un surprenant objectif       

Si, pour la majorité des jeunes joueurs de hockey, l’objectif principal est d’un jour évoluer dans la Ligue de hockey junior majeur du Québec, Nicola Riopel, lui, voyait un peu moins grand, étant enfant.       

«Je demeurais à Beloeil, donc je faisais partie de la structure des Gaulois du Collège Antoine-Girouard. Dès mes débuts au hockey, je me rappelle que mon principal but était d’un jour faire partie des Gaulois dans le midget AAA. C’était vraiment, dans ma tête, la grosse équipe!       

«Je me souviens que quand j’y suis parvenu, quelques années plus tard, je suis allé voir mon père en lui disant qu’il devrait dorénavant payer pour venir me voir jouer. J’étais bien fier!»      

Nicolas connaît une sublime première campagne dans le midget AAA. Sa moyenne de buts alloués de 2,36 et son pourcentage d’arrêts de ,914 le placent parmi les meilleurs du circuit.       

«Mais honnêtement, je ne pensais pas encore à la LHJMQ. J’étais peut-être naïf, mais ça ne m’avait pas encore effleuré l’esprit. Je n’avais jamais regardé les listes en vue du repêchage de la ligue. C’est vraiment lors des tests sur la glace et après quelques entrevues que j’ai compris que j’étais parmi les bons espoirs de la LHJMQ.»      

Le début d’une fantastique épopée       

Quelques mois plus tard, lors de la séance de sélection, Riopel comprend qu’il est plus qu’un «bon espoir».       

Au 14e échelon, dès la première ronde, il est sélectionné par les Wildcats de Moncton. Cette annonce le prend quelque peu par surprise.       

«J’avais eu d’excellentes discussions avec une autre organisation. À l’inverse, j’avais dû, dans le meilleur des cas, parler un gros cinq minutes avec Moncton. Je savais que l’équipe avec qui ça avait cliqué sélectionnait 15e. Donc au 14e échelon, je me rappelle que mes parents m’avaient demandé qui allait être, selon moi, le choix des Wildcats qui accueillaient cette année-là la coupe Memorial.      

«Je n’ai même pas eu le temps de leur répondre. C’était moi, leur choix! Ma mère ne savait même pas c’était où, Moncton!»      

Riopel se présente donc au camp des Wildcats quelques mois plus tard. Il se souvient d’ailleurs très bien de ses premiers moments à Moncton.       

«C’était très impressionnant! Je débarque là et je me retrouve devant Ted Nolan, l’ancien coach des Sabres de Buffalo. Sur la glace, les Wildcats alignaient également plusieurs gros noms, cette année-là. Luc Bourdon, Brad Marchand, Keith Yandle, Martins Karsums... Disons que recevoir les lancers de ces gars-là, c’était très spécial pour un gars de 16 ans!»      

Comptant déjà sur plusieurs gardiens expérimentés dans l’organisation, les Wildcats décident de retourner Riopel, encore très jeune, à son équipe midget.       

Il performe encore très bien et remporte même la médaille d’or avec Équipe Québec, une première dans l’histoire de l’organisation.       

Baptême dans la LHJMQ       

C’est donc un Nicola Riopel confiant et surtout très motivé qui se présente à Moncton à 17 ans. Il est prêt pour son baptême dans la LHJMQ.       

«Je ne sais pas pourquoi, mais encore là, je ne pensais pas du tout au repêchage de la LNH qui approchait. Je voulais juste vivre le moment présent.»      

Crédit photo : Agence QMI

Et pour le vivre, il le vit, ce moment!       

«Dès mon premier match avec Moncton, j’ai signé une victoire de 2-0 et j’ai réalisé 50 arrêts! C’était un record de concession. J’ai été nommé joueur de la semaine au Canada. Disons que ça commençait très bien une carrière!»      

Vraiment, tout roule comme sur des roulettes pour Riopel, qui commence de plus en plus à attirer les regards. Mais il ne s’en doute pas une seconde... et ça finit par lui jouer un mauvais tour!       

«Tout allait super bien jusqu’à Noël. Un jour, un journaliste est venu me dire que j’étais classé en deuxième ronde sur la liste de la centrale de recrutement de la LNH. Moi, je ne regardais jamais ce genre de trucs-là, alors il me l’apprenait. Je ne sais pas comment exprimer ça, mais dès le moment où le journaliste m’a annoncé ça, j'ai ressenti une pression énorme. Je n’étais plus moi-même devant le filet.»      

Riopel connaît, selon ses propres dires, une très mauvaise fin de saison et des séries éliminatoires en dents de scie. Il n’est finalement pas repêché. Tout ça après s’être mis le poids du monde sur les épaules... Pourtant, tout lui laissait croire qu’une équipe allait prendre une chance avec lui malgré sa mauvaise fin de saison.       

«Je me souviens que le réseau de télévision qui présentait le repêchage m’avait dit de m’asseoir dans la rangée où les caméras pouvaient capter les réactions des joueurs sélectionnés en première ronde. J’étais donc assez convaincu que j’allais sortir de l’aréna avec une casquette et un chandail. Finalement, je n’ai pas été repêché, ni même invité par personne...»      

Une rencontre qui change tout       

C’est donc avec la ferme intention de tout casser pour se faire remarquer que Riopel se présente à Moncton pour sa deuxième saison junior. Mais l’équipe n’est pas à son mieux et les résultats, collectivement, sont plutôt tristes.       

«Nous avons terminé la saison au dernier rang du circuit. Au moins, j’ai su me maintenir parmi les meilleurs gardiens du circuit. J’ai terminé deuxième, chez les portiers, pour le pourcentage d’efficacité et j’ai été invité au camp d’Équipe Canada junior. J’ai également participé au match des étoiles Subway contre les Russes.»      

Là-bas, il y rencontre Jonathan Bernier, fraîchement revenu de quelque matchs dans l’organisation des Kings de Los Angeles. Cette rencontre, avoue Riopel, change sa perception des choses.       

«Il était super gentil et m’a donné quelques trucs pour la gestion de la pression. Ça m’a énormément aidé.»      

La saison se termine et Riopel reçoit un coup de téléphone qu'il n’est pas près d’oublier. Il est invité, à l’aube de sa troisième campagne junior, au camp des Canadiens de Montréal...      

Une expérience unique, une déception qui l’est tout autant      

En même temps que Riopel, le gardien Robert Mayer reçoit lui aussi une invitation au camp du CH. C’est donc le compétiteur direct du Québécois.       

Riopel connaît un fort camp. Un jour, il s’apprête à effectuer le fameux test d’endurance sur le vélo stationnaire, quand Trevor Timmins lui demande de passer le voir après son entraînement. Le gardien s’exécute.       

«Quand je suis entré dans le bureau, Timmins m’a dit que j’étais un très bon gardien. Il m’a dit que j’avais impressionné au camp, mais il m’a aussi mentionné qu’il ne savait pas si j’étais capable de remporter des matchs. Il m’a donc dit : "on te retourne à Moncton, et tu as juste à nous prouver que tu peux gagner des matchs. Après, on se reparlera!"      

«Moi, je suis retourné à Moncton plein d’énergie! J’avais connu un bon camp à Montréal, Timmins m’avait félicité, Roland Melançon m’avait encensé... J’étais vraiment confiant.»      

Mais deux semaines plus tard, Riopel descend subitement de son nuage.       

«J’apprends que Robert Mayer vient de signer un contrat d’entrée de 2,1 millions de dollars avec le CH et les Bulldogs. J’étais complètement abasourdi. C’était entre lui et moi...»      

La frustration au bon endroit       

Consterné, Riopel se retrouve donc à Moncton sans trop savoir quoi penser. Après quelques temps à réfléchir, il décide de se retrousser les manches et de foncer.       

«J’ai été nommé joueur du mois lors des trois premiers mois de la saison! J’ai terminé la saison avec 43 victoires et 11 défaites.»      

Et c’est aussi cette saison-là qu’il présente des statistiques encore inégalées aujourd’hui. Une fantastique moyenne de buts alloués de 2,05 et un fabuleux pourcentage d’arrêts de ,930. Des chiffres ahurissants dans un circuit où les buts se marquent habituellement à la pelletée.       

Lorsqu’on lui demande si le lapin que lui avait posé le CH quelques mois avant lui a servi de motivation, Riopel ne se gêne pas pour répondre par l’affirmative.       

«C’est sûr! Je me souviens de ma discussion avec Timmins comme si c’était hier. À chaque fois que je m’entraînais l’été, que je souffrais dans le gymnase, je pensais à Trevor Timmins. Quand les matchs se décidaient en prolongation ou en tirs de barrage, je pensais au fait que Trevor voulait que je gagne des matchs.»      

Une journée inoubliable      

Le repêchage subséquent de la LNH, en 2009, a lieu, comme l’histoire le dit bien, à Montréal. Au fond de lui, Riopel se dit que les astres sont alignés. Après deux séances de sélection infructueuses, il est convaincu que son jour est arrivé. Surtout après la saison incroyable qu’il vient de connaître.       

«Le Centre Bell était rempli de membres de ma famille. Tout le monde croyait que j’allais être repêché, peu importe par quelle équipe. Lors de la saison, j’avais eu trois soupers avec une équipe qui m’avait clairement dit qu’elle allait me repêcher en deuxième ronde. Une autre équipe m’avait dit : "Nic, on a trois choix en quatrième ronde. C’est sûr que tu es là-dedans!"      

«Finalement, le repêchage débute et la première ronde se termine, puis la deuxième, la troisième et la quatrième. Aucune équipe ne m’a encore fait signe. Je commence à être nerveux...»       

La nervosité, quelques instants plus tard, laisse finalement place à l’extase.       

En 5e ronde, les Flyers de Philadelphie repêchent Riopel!      

Crédit photo : Five For Howling

«Ce fut l’un des plus beaux moments de ma vie. D’être repêché dans la LNH, c’est quelque chose que personne ne pourra jamais m’enlever. Encore aujourd’hui, j’ai encore ma casquette et mon chandail et c’est quelque chose qui me rend extrêmement fier.      

«S’il y a une équipe où je voulais vraiment atterrir, ce sont les Flyers. Ils se cherchaient un gardien d’impact depuis un bon moment déjà. Je me disais que c’était ma chance!»      

Mais les semaines passent et Riopel se rend compte que l’offre de contrat ne vient pas.       

«Mon agent a finalement reçu un coup de téléphone. Les dirigeants lui ont dit : "on vient de signer Chris Pronger. On n’a plus d’argent pour le jeune. Qu’il vienne dans la Ligue américaine et on lui fera signer un contrat l’an prochain, sans faute."       

«Je me suis dit que j’avais prouvé ce que j’avais à prouver dans la LHJMQ, donc j’ai accepté de me rapporter dans l’AHL.»      

Les mois passent et à Noël, Riopel présente de bonnes statistiques et espère que ses chiffres sauront attirer l’attention. Justement, Ray Emery, le gardien partant des Flyers, se blesse. Le Québécois pense alors que son moment est arrivé. Mais l’équipe lui réserve une bien mauvaise surprise... Ils font l’acquisition du gardien Michael Leighton!      

«Les dirigeants de l’équipe m’ont dit : "Nic, tu as gagné beaucoup d’honneurs individuels, mais tu n’as rien gagné collectivement."      

«C’était la deuxième fois qu’on me disait que je n’étais pas un gagnant! J’ai donc décidé de retourner terminer la saison dans la LHJMQ.»      

Une autre promesse... non tenue!       

À son retour à Moncton, Riopel performe très bien. Sa moyenne de 2,06 en témoigne assez bien!       

Puis arrivent les séries. Les Wildcats n’ayant pas très bien fait en saison régulière, l’équipe se retrouve à faire face à de grosses pointures!      

Mais Riopel et ses coéquipiers surprennent et atteignent la grande finale de la coupe du Président.       

C’est alors que Riopel reçoit un appel de son agent qu'il n'est pas près d'oublier.      

«Nic! Si tu remportes la coupe du Président, tu vas avoir un contrat d’entrée avec les Flyers. 2 millions $ en salaire LNH et 200 000$ de bonus!»      

Complètement renversé par cet appel, le gardien raccroche et ne pense qu’à une chose : soulever ce fameux trophée.       

Le défi est cependant de taille pour Riopel et les Wildcats. Les Sea Dogs de Saint-Jean, qui alignent notamment les Jonathan Huberdeau et Mike Hoffman, sont les adversaires.       

Mais Moncton connaît une finale du tonnerre et remporte la grande finale.       

«Je soulevais le trophée, et je pensais déjà à la BMW que j’allais conduire!», se rappelle Riopel.       

Arrive ensuite le prestigieux tournoi de la coupe Memorial. Étincelant jusque-là, la malchance tombe sur Nicola.       

«J’ai commencé à être vraiment malade. À Moncton, je dormais dans le sous-sol de ma maison de pension. Quelques semaines plus tard, j’ai appris que mon propriétaire avait mis du poison à rats partout près des fenêtres pour les faire fuir. Des prises de sang, après le tournoi, ont confirmé que j’avais été empoisonné. Ça faisait un mois que j’étais constamment fatigué. J’ai dû perdre 20 livres en 24 heures lors du tournoi.»      

On comprend donc que le tournoi de Riopel ne s’est pas (et n’a surtout pas pu) passé comme il le souhaitait.       

À son retour à Moncton, le gardien se dit au moins qu’un volumineux contrat l’attend. Après tout, c’est ce que lui a dit son agent quelques semaines plus tôt...       

Sauf que les Flyers souhaitent encore le faire patienter un peu...      

«Ils m’ont dit que parce que j’avais été malade quelques mois plus tôt, je devais faire le camp de développement et les tests pour leur montrer que j’étais apte à jouer. Un peu surpris, je me suis quand même exécuté. J’ai fini premier dans tous les tests. Je me disais que c’était les dernières étapes avant de signer mon contrat. Finalement, John Paddock, l’adjoint au DG, vient me voir et me dit que tout est beau. Il me dit qu’il va appeler mon agent sous peu.      

«Quelques jours plus tard, mon agent m’appelle lorsque je suis au restaurant avec ma famille. Il me dit : "Nic, mauvaise nouvelle pour le contrat. Ils veulent te faire signer un contrat LAH-ECHL. Ils viennent de mettre sous contrat un jeune gardien de but russe."»      

Le nom du gardien de but russe en question? Un certain Sergei Bobrovsky!       

«J’ai appelé Paddock. Je lui ai dit de me libérer, que je voulais signer ailleurs. Il a refusé en me disant que l’équipe comptait sur moi.»      

La fin d’une aventure... mais le début d’une autre!      

Même extrêmement déçu, Riopel n’a d’autre choix que d’écouter son DG adjoint. Il se rapporte aux Road Warriors de Greenville dans l’ECHL. Et il prouve à ses dirigeants que sa confiance n’est pas affectée.       

«J’ai signé 24 victoires en 38 matchs; un record de franchise. Mais les Flyers ne m’ont pas resigné l’année suivante...»       

La saison subséquente, Riopel participe au camp des Islanders de New York. Il dispute quelques matchs dans la Ligue américaine, mais ce projet n’aboutit pas lui non plus.       

Arrive alors la fameuse année du lock-out. Riopel est alors âgé de 23 ans.       

«C’est là que j’ai choisi de quitter vers l’Europe. Ça faisait deux ans que je voyageait entre la LAH et la ECHL. Dans la Ligue East Coast, tu voyages énormément. À ce moment-là, j’avais aussi une copine et ça faisait un an que l’on vivait notre amour à distance. Elle avait une petite fille de cinq ans.       

«Avec les salaires peu glorieux de l’ECHL, je n’avais aucune envie de retourner jouer là-bas. J’ai donc regardé vers la EIHL, une ligue de hockey du Royaume-Uni, qui offrait vraiment de belles conditions de vie. Une équipe, les Stars de Dundee, m’offrait une maison payée, une voiture, un excellent salaire et des billets d’avion payés pour ma copine, sa fille et moi.»      

L’offre est difficilement refusable, on en convient! Riopel s’envole donc vers Dundee avec sa copine et la fille de cette dernière et les choses se passent très bien pour lui sur la glace.       

«J’ai gardé 51 des 52 matchs de la saison. J’ai été nommé sur la deuxième équipe d’étoiles de la ligue et mes performances ont constitué un tremplin vers le Danemark.»      

Crédit photo : Alchetron

La saison suivante, les White Hawks de Frederikshavn, en ligue élite danoise, lui offrent un bon contrat. Il se dirige donc là-bas, toujours avec sa copine, entre-temps tombée enceinte.      

Une nouvelle vocation se pointe le bout du nez       

Les semaines passent, puis Riopel est contacté par un homme du nom d’Étienne Lafleur, un avocat du Québec. Le gardien ne le sait pas à ce moment, mais cet homme allait devenir son futur associé.      

«Il m’a dit : "Salut! Moi, mon intention, c’est de devenir agent de joueurs. Il y a deux façons pour y parvenir. Soit d’être un ancien joueur, soit d’être avocat. Comme je ne sais pas patiner, j’ai choisi la deuxième option!"      

«Je l’ai donc mis en contact avec des recruteurs dans le junior et dans le midget AAA et je me suis rendu compte que j’aimais bien ce mode de vie, celui d’agent de joueurs...»      

Quelques semaines plus tard, le hasard fait qu’Alex Dubeau, un gardien de 20 ans des Wildcats de Moncton (!), prend contact avec Nicola.       

«Il m’a dit qu’il avait besoin d’un mentor, d’un agent. C’était sa dernière année junior et il voulait quelqu’un pour le guider. Ayant pris un peu d’assurance depuis mes premières discussions avec Étienne Lafleur, j’ai accepté d’aider Alex. C’est un peu comme ça que ma vie d’agent a commencé! J’avais déjà beaucoup de contacts dans le monde du hockey, donc j’ai pu bien diriger Alex»      

Pendant ce temps, les choses se passent bien sur la glace, mais Riopel est à même de constater que tous ces déménagements demandent beaucoup à la jeune fille de sa copine.       

«À mon année en Angleterre, elle est allée à l’école anglaise. Puis au Danemark, elle a dû apprendre le danois pour étudier. Avec les devoirs, ce n’était vraiment pas évident pour elle. J’ai reçu, après ma saison au Danemark, une très belle offre du club de Rouen, en France. Environ trois fois et demie le salaire qu'on offrait dans l’ECHL. Nous étions à seulement une heure de Paris. Tout allait bien et la petite famille était très heureuse.»      

Le déclic       

Sauf que la distance n’empêche pas Riopel de suivre ce qui se passe dans la LNH. Après sa saison à Rouen, il est pris d’une sorte de révélation.       

«J’avais 25 ans et je commençais à voir que des gars que je dominais dans le junior parvenaient à faire leurs débuts dans la LNH. Louis Domingue, Keven Poulin, Jake Allen... Ç’a été le déclic. Je me disais que j’étais en France pendant que ces gars-là, que je dominais deux ou trois ans avant, jouaient dans la LNH.       

«C’est ma femme qui m’a demandé pourquoi je ne retournais pas en Amérique. Je lui ai répondu qu’on allait perdre énormément d’argent si on faisait ça. Mais elle m’a répondu que j’allais toujours me poser des questions si je ne l’essayais pas.»      

À ce moment-là Riopel se représente lui-même. Il est son propre agent.       

«J’ai communiqué avec tous les clubs de la ECHL. Je suis tombé sur l’équipe de Norfolk, dirigée par Éric Veilleux. Il a choisi de me donner une chance.»      

De retour en Amérique       

Nicola Riopel débute donc la saison 2015-2016 dans l'ECHL, au sein des Admirals de Norfolk, une équipe affiliée au Lightning de Tampa Bay.       

Probablement guidé par son instinct d’agent, il contacte lui-même les 30 équipes de la LAH pour leur signifier qu’il est prêt à prendre des minutes au besoin.      

Au mois de février, le gardien affiche des chiffres sublimes. Il est alors convoqué dans le bureau d’Éric Veilleux.       

«Éric savait que je me représentais moi-même. Il me demande alors si j’ai contacté certaines équipes de l'AHL. Je lui réponds que oui. Il me balance alors que Julien BriseBois va ma contacter sous peu pour m’offrir un contrat de la Ligue américaine. Il voulait que je sois le cinquième gardien de l’organisation.       

«J’étais vraiment heureux. Les gens doivent comprendre qu’entre la ECHL et la LAH, il y a un énorme écart au niveau financier. Quelques années auparavant, j’étais passé d’un salaire 90 000$ à un salaire de 550$ brut par semaine.       

«Il y a des jours où ma copine me demandait si on allait pouvoir s’acheter du lait au dépanneur. Certains jours, je ne mangeais qu’une banane avant mes entraînements... Je passais donc d’un salaire de 1000$ aux deux semaines à un salaire de 2700$ pour la même période...»      

Riopel dispute ensuite une autre bonne saison dans l’ECHL, puis à l’aube de la campagne 2017-2018, Julien BriseBois lui lance un défi.       

«Il m’a demandé c’était quoi mon véritable objectif. Je lui ai dit que c’était de jouer dans la LNH! Il m’a dit : "parfait! Mais tu dois arriver davantage en forme qu’Andreï Vasilevskiy au camp!"      

«Je lui ai répondu que c’était parfait.»      

Soir de première      

Au fil de votre lecture, vous avez fort probablement constaté que Riopel était un homme de défis. Vous ne serez donc pas surpris d’apprendre qu’il s’est présenté au camp 2017 du Lightning en excellente forme.      

«J’ai tellement connu un bon camp qu’ils ont décidé de m’offrir de demeurer avec l’équipe une semaine après les dernières coupures concernant les gardiens. J’ai suivi l’équipe pendant une semaine et demie. J’ai voyagé avec le club. J’étais le troisième gardien derrière Vasilevskiy et Peter Budaj. Je trippais!»      

Et Riopel n’est pas au bout de ses surprises...       

«Steve Yzerman m’a annoncé que j’allais être de l’alignement pour le premier match préparatoire. J’allais être sur le banc, mais c’était quand même la toute première fois que je pourrais enfiler le chandail d’une équipe de la LNH lors d’un match. J’avais 28 ans et c’était enfin mon baptême. Je n’oublierai jamais ce moment-là. Pour un gars qui évoluait en France trois ans auparavant, je me trouvais pas pire...»      

Le chant du cygne       

Après avoir goûté à la LNH, Riopel est retourné dans la ECHL. En février, Julien BriseBois le contacte. Il lui annonce qu’il est contraint de l’échanger au Thunder de Wichita, une organisation de la ECHL affiliée aux Oilers. Le Lightning vient de faire l’acquisition d’Eddie Pasquale.       

«Je n’étais pas content, parce que je devais quitter pour l’Ouest canadien. C’était très loin de ma copine et de ma fille. Cette saison-là, j’ai vu ma famille 14 jours. Je me suis alors questionné sur mes intentions. On voulait s’acheter une maison, puis ma business d’agent avait pris de l’expansion depuis mes années en Europe. Je savais, au fond de moi, que lorsque j’allais être à temps plein, ce serait super concluant.»      

Riopel, qui pense de plus en plus à accrocher ses patins, est également pris d’ennuis de santé.       

«J’ai eu de graves problèmes de déshydratation. Je perdais entre 15 et 17 livres à chaque match. J’ai été consulter un médecin et il m’a dit qu’on avait retrouvé du sang dans mon urine et qu’un de mes reins était affecté. Il m’a dit que si je ne ralentissais pas la cadence, j’aurais peut-être besoin d’un nouveau rein. Quand j’ai dit ça à ma femme, on a décidé que c’était le temps de me retirer...»      

Un agent respecté       

Aujourd’hui, Nicola Riopel occupe, comme les années précédentes l’avaient très bien laissé présager, un emploi d’agent de joueurs au sein du cabinet qu’il a lui-même fondé : «Propulsion – Agence sportive».       

Crédit photo : Courtoisie

«Étienne et moi avions fait un bon travail avec Alex Dubeau, alors le mot s’est passé rapidement au fil des années. Quelques joueurs se sont rapidement greffés à l’agence. Lorsque Mika Cyr a fait de même quelques années plus tard, les gens ont vraiment commencé à nous prendre au sérieux. Les gens se disaient : "Ok... Nicola Riopel joue, il gère ses contrats lui-même et parvient à gérer la carrière de plusieurs joueurs simultanément. C’est du sérieux!"»      

«Quand j’étais en Europe, après les matchs que je disputais, je me rendais toujours dans le vestiaire de l’équipe adverse. J’allais serrer des mains pour me faire des contacts. Au fond de moi, je savais que ça allait servir un jour.»      

L’agence Propulsion, en date d’aujourd’hui, se porte très bien.       

«On a signé jusqu’ici des contrats totalisant la valeur de 4,5M$. On est vraiment contents. Bien sûr, on en veut toujours plus. On vise un large déploiement en Amérique du Nord, mais aussi en Europe. Plusieurs de nos joueurs ont participé à des camps de la LNH. On me dit souvent que notre agence se démarque par son accessibilité et par les services de proximité offerts aux joueurs.      

«J’ai toujours dit à Étienne que moi, si je m’embarquais dans un projet comme celui-là, c’était pour représenter les joueurs comme j’aurais voulu qu’on me représente à l’époque.»      

On n’a pas le choix d’avouer que les déceptions administratives ont été bien nombreuses au cours de la carrière de joueur de Nicola Riopel. Qui sait où il serait si toutes les promesses qu’il a reçues avaient été respectées...