CH vs Thrashers

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Canadiens de Montréal

CH: de prometteur espoir à grand oublié

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C’est un secret de Polichinelle: les Canadiens de Montréal sont, depuis le départ d’Andreï Markov, à la recherche d’un arrière capable de relancer l’attaque de façon franche, tout en pouvant prendre de grosses minutes sur l’avantage numérique. Un «quart-arrière», dit-on, dans le jargon du hockey.         

En 2006, la formation montréalaise était convaincue d’avoir repêché un défenseur de ce type qui allait servir la cause de l’équipe pour plusieurs saisons. Au deuxième tour, avec la 53e sélection, le CH s’est tourné vers le Québécois Mathieu Carle.                    

Rapidement, Trevor Timmins avait signifié que les attentes étaient grandes envers ce jeune défenseur originaire de Gatineau. Quelques minutes à peine après le repêchage, il avait dit ceci:         

«Je suis très heureux du choix de Mathieu Carle. Il a des pieds extrêmement rapides. Je dirais qu’outre Erik Johnson (1er choix au total), Mathieu est probablement le meilleur passeur parmi tous les défenseurs du repêchage. On va le soutenir durant son développement afin qu’il devienne un quart-arrière dans la LNH.»         

Malheureusement, les choses ne se sont pas passées comme Timmins et Carle l’espéraient. Pas du tout en fait. Près de 15 ans plus tard et après n’avoir joué que... trois matchs dans la LNH, l’ancien défenseur du Tricolore, un homme très sympathique, a accepté de raconter son histoire.          

Voici donc le récit d’un ex-arrière au potentiel énorme, dont la carrière professionnelle aurait pu être beaucoup plus longue...         

Se forger en tant que jeune athlète à Bathurst          

La carrière junior de Carle débute en 2003 lorsqu’il entend le Titan d’Acadie-Bathurst prononcer son nom lors du repêchage de la Ligue de hockey junior majeur du Québec. Il constitue le choix de premier tour de l’équipe.          

Ayant passé toute son enfance dans la région de Gatineau, le jeune homme, bien qu’heureux, est quelque peu déstabilisé. Il comprend qu’il devra faire ses valises pour une très longue route.          

«J’étais stressé de devoir partir», avoue Carle, lors d’un généreux entretien avec le TVASports.ca.          

«J’ai cependant été très bien accueilli. À ma première saison, on avait une équipe très jeune, donc on n’a pas gagné énormément de matchs. Sauf que j’ai pu jouer beaucoup et ce fut très bon pour mon développement.»         

Carle complète finalement sa première saison dans la LHJMQ au sein d’une équipe qui ne remporte que... 18 petits matchs.         

Sur le plan personnel, il récolte tout de même 23 points en 53 matchs et se classe au premier rang de l’équipe au chapitre des points amassés par un arrière. Pas si mal pour un «jeune» de 16 ans!         

Du pareil au même          

La saison suivante débute et le défenseur québécois comprend rapidement que le portrait, sur le plan collectif, ne sera pas vraiment différent de ce qu’il était lors de la campagne précédente.          

L’équipe perd sans arrêt lors des premières semaines et ne parvient jamais à reprendre le rythme. Résultat? Une autre saison de 18 victoires en 70 matchs!          

Même si sa production personnelle augmente à 33 points, Carle, en y repensant bien, ne conserve aucun bon souvenir de cette saison.          

«Était-ce la guigne de la deuxième année? Je ne le sais pas. Mais une chose est sûre: ce fut une autre saison très difficile pour l’équipe. Je n’étais pas satisfait de mes performances non plus. Heureusement, tout a débloqué lors de la saison suivante...»         

Les souvenirs de Carle sont très bons. Sa troisième saison, excellente, aura finalement contribué à lancer sa carrière...         

L’explosion          

Mathieu Carle entame donc sa troisième campagne dans la LHJMQ avec deux idées en tête. Premièrement, il ne veut rien savoir de revivre une autre année où la défaite est prédominante. Deuxièmement, il sait qu’il dispute son année de repêchage et que les matchs à venir seront cruciaux pour son avenir.          

C’est donc motivé au possible que le défenseur droitier dispute les premiers matchs du calendrier. L’équipe, qui est plus mature, fait beaucoup mieux que lors des saisons passées. Et Carle, lui, est partout sur la glace.          

Crédit photo : LHJMQ

«En raison de mon âge, j’ai donné mes premiers coups de patin dans la LHJMQ à 15 ans. L’écart était parfois très élevé avec les joueurs plus vieux. Arrivé à 18 ans, avec deux saisons derrière la cravate et au sein d’une équipe dont la mentalité avait changé, j’ai vraiment pu m’exprimer. Nous avions un bon avantage numérique et les choses allaient rondement.»         

Carle complète la campagne avec 69 points en 67 matchs et il attire l’attention de plusieurs équipes. Les mois passent, et le repêchage de la LNH se pointe le bout du nez...          

Une journée spéciale          

Arrive la journée du 24 juin 2006. Carle et les membres de sa famille sont réunis au GM Place de Vancouver, où se déroule la séance de sélection.          

Au deuxième tour, au 53e rang, le directeur général des Canadiens Bob Gainey monte sur l’estrade. Il annonce que l’équipe vient de repêcher un défenseur originaire de Gatineau. Mathieu Carle est le choix de l’équipe!          

Plusieurs années plus tard, l’homme de 32 ans allègue qu’il n’a pas vraiment été surpris d’aboutir à Montréal.          

«J’avais eu de très bonnes discussions avec l’équipe avant le repêchage. Quelques semaines avant l’encan, les Canadiens nous avaient demandé, à Claude Giroux et moi, d’effectuer des tests supplémentaires sur la patinoire.          

«J’étais très fier d’être repêché par le CH. Ma famille en tirait aussi une énorme fierté.»         

Une dernière saison junior des plus concluantes          

Porté par cette belle énergie engendrée par le repêchage de juin, Carle retourne à Bathurst avec la ferme intention de bien boucler la boucle.          

Et il ne faillit pas à la tâche. Il récolte 51 points en 38 matchs avec le Titan, puis est échangé, aux fêtes, aux Huskies de Rouyn-Noranda, où il amasse 19 points en 25 matchs. Encore aujourd’hui, Carle ne garde que de bons souvenirs de son passage en Abitibi-Témiscamingue.          

«Je n’ai que de bons mots à dire sur l’organisation, même si mon séjour là-bas fut très court. J’ai pu, à Rouyn, côtoyer André Tourigny. Il est probablement le meilleur entraîneur junior que j’ai pu avoir. Il a su me mettre en confiance rapidement et a su tirer le maximum de moi.»         

Le début d’une nouvelle aventure          

Le stage junior de Carle étant terminé, il entame, quelques mois plus tard, ses débuts professionnels.          

Sa première saison chez les Bulldogs de Hamilton se passe relativement bien, alors qu’il récolte 24 points en 64 matchs. Il n’est alors âgé que de 20 ans.         

Carle augmente la cadence à sa deuxième campagne dans la Ligue américaine. Il amasse 29 points en 59 affrontements et présente un excellent différentiel de +10.          

Puis arrive sa troisième saison professionnelle. Les Bulldogs n’ont disputé que quelques matchs quand Carle apprend une nouvelle qu’il n’oubliera jamais: il est rappelé par les Canadiens.          

Il disputera finalement trois matchs. Le 3 novembre 2006 contre les défunts Thrashers d’Atlanta, le 5 contre les Bruins de Boston et le 7 contre le Lightning de Tampa Bay. Encore aujourd’hui, le défenseur avoue que les souvenirs de ces rencontres sont encore bien présents.          

«Le match contre Boston m’a beaucoup marqué. Quand j’ai vu jouer [Patrice] Bergeron et [Zdeno] Chara, j’ai compris que j’étais à un autre niveau. Ces gars-là sont effrayants! Affronter un gars comme Dany Heatley a aussi été très spécial. Il était extrêmement dominant à l’époque.»         

Crédit photo : Zimbio.com

Après trois rencontres où il aura décoché deux tirs et présenté un différentiel de +1, Carle est renvoyé dans la Ligue américaine.          

Lorsqu’on lui demande aujourd’hui s’il croit qu’il aurait mérité un plus long séjour, le défenseur répond par l’affirmative.          

«Oui. Je trouvais que j’avais bien fait. Je me disais que mon aventure aurait pu se prolonger. Mais le CH a choisi de rappeler un joueur qui faisait souvent la navette entre la LNH et la LAH. Je n’ai jamais vraiment compris pourquoi.»         

En faisant quelques recherches, on se rend compte que le joueur dont parle Mathieu Carle est Ryan O’Byrne. Quoi qu’il en soit, qu’il le veuille ou non, le défenseur doit prendre la route de Hamilton. Telle est la volonté des dirigeants du club.          

«Mais à mon retour dans la LAH, je me suis blessé gravement à une épaule. J’ai dû être opéré.»         

Développements surprenants          

Carle se rétablit suffisamment rapidement pour être en mesure de participer au camp principal du CH lors de la saison suivante. Après avoir disputé trois matchs dans la LNH la saison précédente, il se dit qu’il est, au minimum, bien perçu par l’organisation.          

Mais surprise. Il est l’un des premiers joueurs à se faire montrer le chemin de la LAH.          

«Ça s’est passé très vite. C’est là que j’ai compris que je n’étais plus dans les plans de l’équipe.»         

Mais Carle conserve une belle attitude. Il dispute la saison entière à Hamilton et connaît sa meilleure campagne sur le plan personnel. Il inscrit notamment 11 buts en 68 matchs: le meilleur total parmi tous les défenseurs de l’équipe. Il est même invité au match des étoiles de la Ligue américaine. Mais il n’entend plus parler du CH. Et sa patience a ses limites.   

Lorsqu’arrive l’été, il se dirige vers le bureau de Pierre Gauthier et exige une transaction. Son vœux est exaucé. Quelques semaines plus tard, il est échangé aux Ducks d'Anaheim contre le défenseur Mark Mitera.         

Crédit photo : AHL.com

Lorsqu’on lui demande, près de 15 ans plus tard, ce qui a bien pu clocher à Montréal, Carle a sa petite idée sur la question.         

«Le CH, à l’époque, comptait sur plusieurs jeunes défenseurs qui poussaient pour se faire une place dans la LNH. Il y avait une congestion. J’ai aussi été blessé au mauvais moment, selon moi. Peut-être que si j’avais évolué au sein de l’organisation aujourd’hui, j’aurais eu de meilleures opportunités.          

«Mais à l’époque, les équipes ne laissaient pas une grosse marge de manœuvre aux jeunes. Il priorisaient beaucoup les vétérans. Je considère avoir eu ma chance, mais les choses auraient probablement été différentes aujourd’hui.         

«Peut-être aussi que j’ai tourné la page rapidement. Quand on m’a retourné dans la Ligue américaine pour rappeler un gars plus vieux qui faisait sans arrêt la navette entre Montréal et Hamilton et qu’on ne m’a pas fait signe malgré une bonne saison par la suite, je me suis dis que je n’aurais plus ma chance avec cette équipe.»         

Et Carle avoue aussi que les blessures, lors de son passage dans l’organisation du CH, n’ont vraiment pas joué en sa faveur.          

«J’ai eu une commotion dès le début de ma première saison. Ensuite, il y a eu mon opération à l’épaule, puis je me suis déchiré le ligament d’un genou. Ce genre de blessure, même si tu ne le comprends pas sur le moment, nuit beaucoup au développement d’un jeune joueur.»         

Nouvelle étape          

C’est donc à Syracuse que Carle entame la saison suivante, sa cinquième chez les professionnels. Déterminé à prouver qu’il appartient à la LNH, il connaît une campagne du tonnerre.          

Il récolte 37 points, son plus haut total dans la LAH, et termine au premier rang de l’équipe pour les points chez les défenseurs. Mais l’appel tant espéré de la LNH ne vient pas. Et l’arrière prend alors une décision qui changera complètement sa vie.          

«Je me suis entendu avec le Dynamo de Riga, dans la KHL. Je partais vers l’Europe!»         

Des anecdotes à la pelletée!          

Lorsqu’on regarde le parcours de Mathieu Carle, on se rend compte qu’il a finalement joué dans sept pays différents au cours de sa carrière.          

Après un passage d’une saison à Riga (Lettonie) et en Suisse, il revient en KHL lors de la saison 2013-2014. Carle s’entend alors avec le Medvescak de Zagreb, un club de... Croatie!          

Le Québécois avoue que ses deux saisons à Zagreb n’ont pas été très agréables. Et on comprend pourquoi!         

«Dans la KHL, tu pars 10 jours consécutifs, et tu reviens quelques jours. Puis tu repars. On voyage en avion dans le cadre de vols qui durent toujours huit heures. Puis il faut dire, aussi, que c’était très spécial, à Zagreb...         

«À ma première saison, l’équipe avait des fonds, alors tout était beau. Mais l’année suivante, le club manquait d’argent et je devais parfois attendre des semaines avant d’être payé. Les avions étaient très étranges aussi. L’équipe faisait vraiment tout pour sauver de l’argent. Quand il y avait des joueurs qui performaient bien, l’équipe les vendait en Russie. On ne sait pas trop pour combien et on ne sait pas où allait cet argent-là. Une chose est certaine: ce n’était pas pour nous payer!»         

À Zagreb, Carle demeure avec son chien et sa copine, qui fait quelques allées et venues entre le Québec et la Croatie. Il commence à trouver le temps long.          

Direction l’Allemagne          

Après quelques pourparlers, Carle parvient finalement, à sa grande joie, à s’entendre avec la formation des Eagles de Mannheim, en Ligue allemande.          

Si le traitement réservé aux joueurs est nettement mieux qu’à Zagreb (!), un autre problème se met à embêter le Québécois.          

«J’ai commencé a ressentir d’intenses maux de dos. Souvent, je me réveillais le matin et c’est ma copine qui devait me pousser en bas du lit pour m’aider à me lever.»         

Trois saisons en Allemagne passent, puis en janvier 2019, Carle se joint à la formation de Lintz, en Autriche.          

«J’étais parmi les meilleurs défenseurs du circuit et mon dos allait mieux, alors on parlait de resigner pour deux ans. Mais je ne voulais pas signer sans avoir vu un médecin. J’ai finalement rencontré un docteur et son diagnostic était sans appel. Il m’a dit qu’au vu de mon historique médical, la prochaine fois que j’allais être frappé pourrait être grave. J’ai alors choisi d’arrêter.»         

Un choix facile          

Lorsqu’on lui demande si le choix d’accrocher ses patins a été difficile, Carle, sans hésiter, répond que non.          

«Mon père a une entreprise familiale (Carle Ford, concessionnaire automobile) et je savais que je me joindrais à lui après ma carrière. Je me suis donné quelques mois, puis j’ai intégré l’équipe familiale.»         

Aujourd’hui, Mathieu Carle est âgé de 32 ans. Il a un petit garçon d’un an et demi et attend une petite fille sous peu. S’ennuie-t-il du hockey?         

«Le hockey ne me manque pas! Je suis content de ma carrière. J’ai tout donné et je suis en paix avec moi-même. Je me concentre sur l’entreprise familiale, donc je ne suis pas impliqué du tout au niveau du hockey. Peut-être qu’un jour, mes enfants voudront tenter leur chance!»         

Si jamais c’est le cas, ils auront un professeur d’expérience pour les guider!