Canadiens de Montréal

«Ç'a été une erreur de continuer avec lui» - Serge Savard

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L’ancien directeur général des Canadiens Serge Savard a admis qu’il avait fait une erreur en accordant une prolongation de contrat à l’entraîneur Jean Perron après que celui-ci eut gagné la Coupe Stanley avec l’équipe en 1986.      

Selon l’ancien DG, qui a accordé une entrevue à «Dave Morissette en direct», lundi, Perron n’était pas vraiment fait pour être un entraîneur-chef dans la LNH.      

«Ça devenait de plus en plus difficile (de ne pas lui donner de contrat) après avoir gagné la Coupe Stanley, et l'année suivante où on s'était rendu en demi-finale contre Philadelphie», a expliqué le membre du Temple de la renommée.            

«J'adore Jean, a-t-il assuré. Je lui ai dit, quand je l'ai congédié, "tu ferais un excellent assistant instructeur, tu ne peux pas être un instructeur (chef)". Pour moi, ça a été une erreur de continuer avec lui. Pas parce que je ne l'aime pas et que ce n'est pas un bon gars, c'était une erreur que j'ai faite comme gérant général. Parce que je lui ai donné une prolongation de contrat en sachant qu'il n'était pas capable de diriger l'équipe.»      

Dans un monde idéal, c’est Jacques Lemaire qui aurait été l’homme de Savard, mais l’ancien numéro 25 n’aimait tout simplement pas diriger à Montréal.      

«Jacques Lemaire n'a jamais voulu "coacher", parce que s'il l'avait voulu être mon instructeur, il l'aurait été en 1983 quand je suis devenu gérant général, a expliqué Savard. Il ne voulait absolument pas. Alors je suis revenu avec Bob Berry, et j'ai amené Jacques comme assistant et dans le milieu de l'année, je l'ai forcé à venir derrière le banc.»      

«Jacques avait beaucoup de misère avec la pression médiatique à Montréal, il avait des gales partout sur le corps, on l'a fait soigner, il n'y a rien qu'on n'a pas essayé pour qu'il puisse revenir, a-t-il aussi indiqué. Mais il a bien réussi après, il est allé au New Jersey et il a gagné une Coupe Stanley.»  

«Quand il a décidé de quitter (en 1985), il m'a dit "écoute, Jean Perron est prêt", a-t-il poursuivi. Je lui dis "tu me dis qu'il est prêt et tu ne veux même pas l'avoir derrière le banc, tu l'envoies sur la galerie de presse". Et il me répond "oui, mais il veut ma job".»      

Ultimement, Perron a obtenu ce poste. Et s’il a mené l’équipe à la coupe Stanley dès la première année en 1985-1986, ce ne fut pas sans mal.      

«J'avais une bonne équipe et cette équipe-là, un moment donné au cours de l'année, avait un petit peu lâché, rappelé l’ancien DG. Ils ne voulaient plus jouer pour Jean Perron. J'ai réuni mes dix, onze vétérans, mes plus vieux, et je leur ai dit que je garderais Perron jusqu'à la fin de l'année et que c'était à eux de décider s'ils voulaient jouer ou pas.»       

«À partir de ce moment-là, les gars ont décidé que peu importe ce qui allait arriver, ils allaient donner leur 100%, a-t-il ajouté. On n'a presque pas perdu dans les deux derniers mois de l'année.»      

Bien repêcher, au Québec     

L’une des grandes fiertés de Savard au sujet du triomphe de 1986, c’est d’avoir rapidement monté une équipe championne grâce au repêchage.     

«J'avais neuf joueurs de mes deux premiers repêchages, a-t-il rappelé. En 1983, j'ai repêché (Claude) Lemieux, (Sergio) Momesso et (John) Kordic, j'ai (Mike) Lalor et (Brian) Skrudland comme joueurs autonomes, et en 1984, j'avais (Patrick) Roy, (Stéphane) Richer, (Petr) Svoboda et (Shayne) Corson. Deux ans, trois ans après, on remporte la Coupe Stanley. Je suis pas mal fier de ça.»     

Celui qui est surnommé «le Sénateur» avait aussi un plan bien clair concernant le repêchage et il est heureux d’avoir pu l’exécuter à sa guise.     

«J'ai été chanceux, mais j'ai suivi mon plan de match, qui était de ne pas laisser Michel Bergeron et sa gang (les Nordiques) devenir l'équipe du Québec, a-t-il avoué. Je voulais que le Canadien demeure l'équipe du Québec. J'ai décidé d'aller chercher tout le talent qu'il y avait dans la Ligue junior majeur du Québec. Et on m'a laissé aller.»      

«Sérieusement, Patrick Roy, je l'ai pris en troisième ronde, a-t-il poursuivi. Lemieux et Momesso, en deuxième ronde. Richer, en deuxième ronde. Je suis allé chercher les bons talents du Québec et c'est eux qui m'ont fait gagner.»     

«Tout le monde, dans le milieu du hockey, disait que la Ligue junior majeur du Québec était plus faible que les autres ligues, s’est également rappelé Savard. Donc ça me donnait un avantage incroyable. Des joueurs qui auraient dû passer en première ronde comme Lemieux ou Richer, ils sont passés en deuxième ronde à cause de ça. Parce qu'on sous-estimait la Ligue junior majeur du Québec.»     

Évidemment, Savard a aussi souligné qu’en 1986, l’équipe comptait sur d’autres solides joueurs comme Larry Robinson, Bob Gainey, Mats Naslund, Chris Chelios ou Guy Carbonneau. Il s’est également dit particulièrement satisfait d’une transaction bien précise.     

«Bobby Smith, ce n'est pas lui qui m'a amené la coupe Stanley, mais c'est un échange dont je suis très fier, parce qu'il nous a donné une dimension qu'on n'avait pas, a-t-il expliqué. Le gros joueur de centre qui était physique et qui n’avait peur de personne. C'était une bonne équipe. Il y a beaucoup de monde qui va dire qu'on a été chanceux, mais ça ne me dérange pas.»     

Autant annuler la saison    

Homme d’affaires averti, l’ancien numéro 18 du CH a aussi une idée bien arrêtée de ce que la LNH devrait faire au sujet de la présente saison, actuellement à l’arrêt en raison de la pandémie de coronavirus qui fait des ravages partout dans le monde.    

«Il y a des ligues, comme le football, ou le baseball, qui peuvent assez bien réussir sans spectateurs parce qu'ils ont des contrats de télévision incroyables, a-t-il souligné. Dans le cas du hockey, je pense que le sport ne sera jamais le même tant qu'on n'aura pas un vaccin. Regardez les juniors, qui vivent avec les assistances dans les estrades, ils ne peuvent pas avoir une saison de hockey parce qu'ils vont perdre une fortune!»     

«Dans la Ligue nationale, ils essaient de sauver les meubles, parce que s'il n'y a pas de (fin de) saison et de séries éliminatoires, ils vont perdre 1,2 milliard $», a-t-il indiqué.     

Selon lui, les joueurs devraient sans doute encaisser une importante perte de revenus en cas de reprise sans spectateurs, puisque le plafond salarial de la ligue est modulé selon ses revenus.    

«Je ne pense que les joueurs soient bien entichés d'aller finir la saison, d'aller jouer les éliminatoires et revenir faire une autre saison vers novembre-décembre, a observé Savard. J'ai beaucoup de misère à voir ça. On a déjà "scrappé" des saisons avec des lock-outs, je pense qu'il serait temps de dire qu'il n'y aura pas de (fin de) saison et de séries éliminatoires et qu’on va commencer la (prochaine) saison quand on sera capable de la commencer.»    

Mais de toute façon, selon lui, même en cas de reprise rapide, rien ne sera comme avant.    

«Ils essaient de toutes les manières de pouvoir jouer mais... qui d'entre nous va pouvoir aller dans l'aréna tant qu'il n'y aura pas un vaccin? Surtout pas les gars comme "Bergy" et moi, en haut de 70 ans : personne ne va y aller. Ils nous disent de rester chez nous!»    

Voyez l’entrevue complète dans la vidéo ci-dessus.