Crédit : Andre Viau / Le Journal de Montreal

Canadiens de Montréal

Les loufoques techniques du CH pour déconcentrer les Flames

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Jean Perron ne se lasse jamais de parler de la coupe Stanley du Canadien de Montréal de 1986. Confiné chez lui en Gaspésie, l’ancien entraîneur-chef a une fois de plus fait office d’encyclopédie vivante pour témoigner de cette 23e conquête du Tricolore, que personne n’avait prédite.

Bien occupé par son restaurant à Chandler, qui offre actuellement un service de livraison en cette période de confinement, le sympathique septuagénaire n’a pas refusé une nouvelle occasion de ressasser ses bons souvenirs, quelques jours avant que le réseau TVA Sports ne diffuse l’intégralité de la finale contre les Flames de Calgary.

S’il s’est bien entendu remémoré les succès de Patrick Roy et de Claude Lemieux, qui ont été maintes fois documentés ces 34 dernières années, il a fait remarquer que cette conquête n’est pas seulement l’histoire de deux joueurs.

«Rick Green a été phénoménal lors d’un jeu de puissance à 5 contre 3 au cours du cinquième match. Tu ne gagnes pas sans la contribution des vétérans, et on avait Bob Gainey et Larry Robinson. Il ne faut pas oublier Mats Naslund qui a été le meilleur compteur. On avait Bobby Smith aussi», a rappelé Perron récemment.

Tous les détails comptent

Du côté des Flames, d’éprouvantes séries qui ont nécessité sept parties contre les puissants Oilers d’Edmonton, au deuxième tour, puis contre les Blues de St. Louis, en finale d’association, ont drainé beaucoup d’énergie.

Pendant le sixième match contre les Blues, les Flames ont d’ailleurs laissé filer une avance de trois buts pour s’incliner en prolongation. Une victoire leur aurait permis de profiter d’un repos bien mérité.

«Avec le recul, ça nous a coûté la coupe Stanley», a dit Pierre Pagé, qui était entraîneur adjoint des Flames à l’époque.

Déjà exténués, les Flames ont malgré tout remporté le premier duel de la finale, avant de s’incliner au deuxième. Prenant la route de Montréal avec une égalité de 1 à 1, le club albertain a goûté à la médecine du Tricolore de plusieurs façons dans la Belle Province, à une époque où presque tous les coups étaient permis.

Pagé a ainsi révélé que le CH n’hésitait pas à peinturer le vestiaire de l’équipe adverse quelques heures avant un match important ni à rapprocher le banc des joueurs de la bande pour nuire aux joueurs, qui avaient ainsi de la difficulté à sauter sur la glace.

Perron se rappelle d’ailleurs de cette anecdote, qu’il a racontée avec un peu plus d’enthousiasme que Pagé.

«Tout le monde cherche un avantage. Je me souviens qu’il est arrivé avec son ruban à mesurer et il voulait faire reculer les bancs! Ils disaient qu’ils manquaient de place pour les jambes. Je ne me souviens pas si ça avait fonctionné», a-t-il dit.

Parmi les autres petits détails à signaler, il y a la décision de confiner l’équipe à l’Hôtel Gouverneur de l’île Charron, les soirs suivant quelques victoires importantes. Ce fut notamment le cas après le gain décisif lors du cinquième match de la finale d’association contre les Rangers de New York.

«On les tenait serrés. Peux-tu imaginer, on gagne contre les Rangers, et après je les amène à l’île Charron? Les joueurs n’étaient pas contents, ils voulaient fêter. J’en ai parlé avec Serge Savard, et je lui ai dit: "si on les laisse à Montréal, ils partent sur la galère!" Si on les avait laissés aller, c’est clair qu’ils auraient fêté à n’en plus finir. Ça fait une différence!», a-t-il statué.

Un regret

S’il est toujours très heureux de discuter de ce triomphe, Perron a toutefois un regret. Pour de nombreuses raisons, il n’a pas été en mesure d’en profiter autant qu’il l’aurait voulu.

«C’était très partagé comme sentiment parce que j’étais tellement brûlé. [...] C’est long, quatre séries éliminatoires. Et en plus, j’étais une recrue, alors j’étais à fleur de peau. C’était un événement extraordinaire. J’arrivais du milieu universitaire pour me joindre au milieu professionnel avec l’équipe la plus prestigieuse de l’histoire du hockey. J’étais à bout de nerfs.»

«J’aurais aimé sauter avec les bras dans les airs et crier ma joie à tout le monde, mais j’étais à bout de force.»