LHJMQ

«Si je n’ai pas atteint la LNH, c’est entièrement ma faute»

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Dany Roussin, Marc-Antoine Pouliot et Sidney Crosby ont formé, entre 2003 et 2005, l’un des trios les plus dominants de toute l’histoire de la Ligue de hockey junior majeur du Québec.        

Au total, les trois compagnons auront totalisé la ridicule marque de 708 points en seulement deux saisons.               

Quinze ans plus tard, alors que tout semblait permis pour les trois patineurs, seulement deux d’entre eux ont finalement réussi à atteindre la Ligue nationale de hockey. Sidney Crosby, évidemment, et Marc-Antoine Pouliot. À l’occasion d’une entrevue accordée au TVASports.ca, l’autre membre du dynamique trio, Dany Roussin, a accepté de revenir sur sa carrière de hockeyeur.        

Une carrière différente de ses deux anciens partenaires, certes. Mais une carrière remplie de bons moments dont il peut être très fier. Pourquoi Roussin n’a-t-il pas su imiter Crosby et Pouliot en évoluant dans la Ligue nationale de hockey? Vous le saurez bien assez vite. Portrait d’un homme extrêmement sympathique, qui a su écouter son cœur au bon moment...        

Toujours dans l’élite   

Roussin l’avoue d’entrée de jeu: il n’a toujours connu que l’élite pendant son hockey mineur.        

«Mon hockey mineur a été incroyable. J’ai joué au niveau «AA» pratiquement toute mon enfance, au sein des Citadelles de Québec. C’est d’ailleurs à ce moment que j’ai rencontré Marc-Antoine Pouliot. On était pas mal les mêmes gars qui se suivaient depuis nos débuts au hockey et on a remporté notre part de championnats à chaque saison. C’était des années de gagnants.»       

Et les choses ne changent pas dans le midget AAA, alors qu’il joue pour les Gouverneurs de Sainte-Foy.        

«Cette année-là, nous étions 15 ou 16 gars qui arrivaient de la même équipe Bantam «AA». Au début, ça avait chialé un peu, mais quand les gens ont vu ce qu’on savait faire sur une patinoire, ils ont compris assez vite...»       

L’équipe remporte finalement la coupe Air Canada. Roussin, lui, s’éclate sur la patinoire. Il termine la campagne avec 54 points en seulement 38 matchs. L’été suivant, il est repêché au premier tour (5e au total) par les Castors de Sherbrooke dans la LHJMQ. C’est alors le début d’une aventure... très particulière pour Roussin!        

«Je n’aimais plus le hockey»       

Dany arrive donc à Sherbrooke l’automne subséquent. S’il est heureux d’avoir été repêché dans la meilleure ligue junior au Québec quelques mois plus tôt, il ne tarde pas à «déchanter».        

«Je n’avais jamais perdu de toute ma vie. Mais quand je suis arrivé à Sherbrooke, ça m’a donné un méchant coup. Moi, je jouais au hockey depuis que j’étais tout jeune. Je m’amusais.        

«Sauf qu’avec les Castors, c’était vraiment une drôle de gang de gars. En plus, on perdait tout le temps. Sérieusement, c’était la première fois de ma vie que je n’aimais plus le hockey. L’ambiance était vraiment mauvaise.»       

Roussin, complètement décontenancé par ce qu’il voit, complète sa première campagne avec 24 points en 66 matchs.        

Le geste qui change tout       

Arrive alors sa deuxième saison junior. Après 33 matchs, Roussin, qui est toujours loin d’être aux anges chez les Castors, apprend une nouvelle qui changera finalement sa carrière en entier : il est échangé à l’Océanic de Rimouski.        

Le Québécois est revenu sur les circonstances de cette fameuse transaction.       

«Doris Labonté, qui dirigeait mon ami Marc-Antoine Pouliot à Rimouski, était allé le consulter. Il lui avait demandé s’il pensait que je pourrais aider l’équipe. Pouliot, en bon ami, avait vanté mes mérites. Ces deux-là ne le savaient pas, mais ils venaient de sauver ma carrière...»       

Roussin débarque donc à Rimouski, dans une équipe, qui, comme à Sherbrooke, en arrache. Mais les choses, dit-il, sont différentes chez l’Océanic. L’équipe a un plan. Quelques semaines auparavant, plusieurs bons joueurs avaient été liquidés par les dirigeants, qui espéraient voir le club obtenir le premier choix du repêchage à venir. Un espoir du nom de Sidney Crosby attirait particulièrement l’attention.        

«Dès le début, à Rimouski, on m’a placé sur le premier trio. Je retrouvais mes aises. Oui, on a perdu toute la saison, mais nous étions tous âgés de 17 ans. Nous savions que les beaux jours arriveraient. L’ambiance a toujours été agréable lors de cette saison.»       

L’équipe termine la saison avec une désastreuse fiche de 11 victoires en 72 matchs. Mais les performances de Roussin ne passent pas inaperçues. Il se fait offrir un contrat par les Panthers de la Floride. Et pour l’Océanic, le prix de consolation de cette horrible campagne est énorme et changera le visage de la concession à jamais. «Sid the Kid» débarquera finalement dans le Bas-St-Laurent...        

Rendez-vous manqué avec les Panthers        

Bien heureux de l’intérêt des Panthers à son endroit, Roussin souhaite rapidement signer un contrat avec l’équipe. Mais son agent ne voit pas les choses du même œil.        

«Il me disait que l’offre n’était pas représentative de mon talent. Il ne le sentait pas et ce n’était pas ce qu’il voulait. Sauf que moi, j’étais jeune et j’avais clairement signifié que je voulais juste signer mon premier contrat professionnel. Alors on l’avait fait.»       

Mais les choses prennent une tournure inattendue.       

«On a envoyé les papiers. Je m’étais réuni au restaurant avec ma famille pour fêter ça. Mais mon agent m’a téléphoné quelques minutes après le début du repas. Les papiers avaient été envoyés trop tard et la ligue refusait la signature de mon contrat! Mon agent m’a dit que je devais finalement passer par le repêchage.       

«Quelques jours plus tard, je travaillais au Rona quand j’ai appris que ces mêmes Panthers venaient de me repêcher en 7e ronde!».       

L’arrivée de Crosby        

La saison suivante, la troisième de Roussin dans la LHJMQ, se pointe ensuite le bout du nez. L’Océanic, comme l’histoire le dit bien, a finalement repêché Sidney Crosby quelques mois plus tôt. Au fond de lui, Dany Roussin sait très bien que l’équipe vient de changer complètement.        

«Sidney et moi avions le même agent à cette époque. Quand j’avais 15 ans et lui 13, on avait participé à un camp à Los Angeles ensemble. Quand j’étais revenu de ce camp-là, j’avais dit à tout le monde de retenir son nom, parce qu’il était tout simplement incroyable. À 13 ans, il était meilleur que des joueurs professionnels!»       

Et dès le camp d’entraînement, Crosby est jumelé à Roussin et Pouliot sur la première unité.         

«Ç’a cliqué dès le début. J’ai finalement toujours joué sur le trio de Sid. C’est sûr que tous les joueurs voulaient jouer avec lui, mais je crois qu’il aimait jouer avec moi. Je crois qu’il était aussi rassuré par le fait qu’on se connaissait déjà quelque peu. Dès qu’on a été mis ensemble, Crosby, Pouliot et moi, l’équipe s’est mise à gagner sans arrêt.»       

Lorsqu’on lui demande quel était le rôle de chaque membre de cette unité magique, Roussin replonge dans ses souvenirs et, de façon évidente, prend beaucoup de plaisir à le faire.        

«Moi, j’étais le buteur. Surtout avec Sidney qui était un fabriquant de jeu hors pair. Il voulait toujours la rondelle. Je me rappelle les changements de direction qu’il faisait. C’était juste incroyable. De mon côté, je me démarquais constamment, donc j’attirais deux joueurs sur moi.        

«Ça laissait à Sid plus de place pour manœuvrer. Et il me repérait toujours. Bien humblement, je dois admettre que j’ai toujours eu l’instinct de marqueur. Donc quand je recevais la rondelle, elle se retrouvait dans le filet! Marc-Antoine, lui, était un mélange de Sid et moi. C’était autant un bon passeur qu’un habile marqueur. Il travaillait toujours très fort.»       

Roussin termine finalement la saison avec 59 buts et 117 points. Il est sacré meilleur buteur du circuit Courteau. L’Océanic s’incline en troisième ronde des séries. Pas si mal, pour une équipe qui n’avait remporté que 11 parties la saison précédente!        

Si l’Océanic s’amuse sur la patinoire, c’est également le cas à l’extérieur. Roussin se rappelle d'ailleurs très bien plusieurs moments amusants impliquant Crosby.        

«À Rimouski, ma maison de pension était immense. Je dois te dire qu’il y a eu plusieurs partys de maison et que de nombreuses personnes de la ville se ramassaient chez moi! Sidney ne buvait pas d’alcool, mais il trouvait toujours le moyen de faire rire tout le monde. Il n’avait que 16 ans, mais tout le monde l’aimait.»       

La deuxième campagne du «trio infernal»       

La saison suivante n’est pas moins concluante. L’Océanic remporte la coupe du Président, puis s’incline en finale de la coupe Memorial devant les Knights de London. Sur le plan personnel, Roussin performe encore très bien.       

Il complète le calendrier régulier fort d’une récolte de 54 buts et 116 points et... surprise! Il est repêché une deuxième fois, alors que les Kings de Los Angeles prononcent son nom au deuxième tour du repêchage de 2005.        

«Les Panthers avaient eu deux ans pour me signer et ils ne l’avaient pas fait, donc Los Angeles en a profité. Honnêtement, je n’étais pas vraiment inquiet. Je venais de connaître deux grosses saisons et une bonne coupe Memorial.       

«Plusieurs personnes m’avaient dit que les Penguins souhaitaient me réunir à Sidney Crosby. Mais ce sont finalement les Kings qui ont jeté leur dévolu sur moi. Ils ont vu l’intérêt des autres équipes et m’ont choisi.»       

Une carrière professionnelle... éphémère        

Après l’étincelant stage junior de Roussin, les attentes sont élevées envers lui. Et il souhaite aussi livrer la marchandise. Mais les choses se passent autrement.        

L’attaquant dispute d’abord 29 matchs dans la Ligue américaine de hockey. Il récolte six points.        

Il amasse également 45 points en 41 matchs dans la ECHL.        

Puis les saisons passent et Roussin continue de faire la navette entre la LAH et la ECHL. Il comprend alors que la suite des choses ne passera peut-être pas par une carrière dans la LNH.        

«Toute ma vie, j’avais été dominant. Là, je me faisais descendre sans arrêt dans la ECHL et honnêtement, c’était un choc chaque fois. Je m’étais toujours imaginé que je jouerais quelques matchs dans la Ligue américaine, puis que je graduerais ensuite dans la LNH. Mais ce ne fut pas le cas. Tu arrives à ton premier camp professionnel et tu te rends compte que tous les joueurs ont déjà marqué 50 buts.        

«La cassure, elle s’est vraiment faite vers ma quatrième saison professionnelle. J’avais eu un excellent camp dans la LAH, mais je n’avais pas de contrat, donc ils m’ont retourné encore une fois dans la ECHL. Je devais donc choisir si je mettais les efforts et me battais pour conserver ma place, mais j’ai réalisé que je n’étais pas assez passionné pour ça.        

Crédit photo : letsgokings.com

«Je sais que si j’avais mis tous les efforts, j’aurais eu ma chance dans la LNH. Mais j’ai vraiment réalisé à ce moment-là que la passion n’était pas assez grande. J’ai finalement disputé quelques matchs à Bakersfield dans l’ECHL, mais l’entraîneur, c’était une vraie farce là-bas! Il nous dessinait des trucs au tableau comme si on avait 8 ans. C’était complètement ridicule. Là, c’était assez. J’ai alors dit à mon agent de me trouver quelque chose en Europe.»       

Aucun regret        

Roussin disputera finalement une saison en France, puis entre 2009 et 2015, il joue dans la Ligue nord-américaine de hockey. Il accroche ses patins au terme de la saison 2014-2015.        

Aujourd’hui, lorsqu’on lui parle de son éphémère carrière professionnelle, Roussin jure qu’il n’a aucun regret. Il sait qu’il aurait eu le talent pour percer, mais ce n’est pas nécessairement ce qu’il voulait vraiment au fond de lui.        

«Si je n’ai pas atteint la LNH, c’est entièrement ma faute. Quelqu’un qui joue dans la Ligue nationale doit vraiment être passionné et donner tout ce qu’il a. Moi, je n’avais pas ce côté-là. Tu vis tellement des grosses émotions dans le junior, que tu frappes un peu un mur à ta première saison chez les professionnels. Je n’étais pas vraiment heureux après mon passage dans la LHJMQ.        

«Moi, si tu veux me rendre malheureux, mets-moi sur une troisième ou une quatrième ligne. J’aime le hockey et je veux jouer. Je me suis rendu compte que je préférais jouer dans des ligues plus faibles, mais jouer beaucoup.»       

Beaucoup de fierté       

En bout de ligne, Roussin est fier de ce qu’il a accompli. Il sait que ce qu’il est parvenu à faire à Rimouski est spécial et ne sera pas oublié.        

«Les gens m’en parlent encore aujourd’hui!», avoue-t-il fièrement.        

«Au football, certains joueurs ont de grandes carrières universitaires, mais ne jouent pas professionnels. Mais les amateurs s’en souviennent quand même. Je pourrai toujours dire que lorsqu'on m’a demandé de jouer avec Sidney Crosby, j’ai répondu à l’appel.        

«En ce moment, j’ai deux petits garçons qui jouent au hockey depuis quelques années et je vis ma passion en les regardant jouer. Ils me rappellent pourquoi j’ai tant aimé le hockey, étant plus jeune. Mes enfants jouent au même aréna que moi lors des mes années au hockey mineur et c’est très spécial.»       

Toujours en contact avec Crosby       

Après avoir perdu contact pendant quelques années après leur passage dans la LHJMQ, Dany Roussin et Sidney Crosby ont finalement repris contact en septembre dernier, lors du retrait du chandail de Crosby au Colisée Financière Sun Life.        

«On a pu se redonner nos numéros de téléphone. C’était très agréable de le revoir. On était très heureux. Je lui envoie parfois des photos de mes enfants avec leur chandail de Crosby et il est super heureux. Il n’a rien oublié de nos belles années.»       

Après tout, comment pourrait-on oublier une association aussi dévastatrice que celle entre Sidney Crosby, Marc-Antoine Pouliot et Dany Roussin?