Crédit : Pierre-Paul Poulin / Le Journal de Montréal

Canadiens de Montréal

«Marc Bergevin est l’homme que tu veux pour diriger le CH»

«Marc Bergevin est l’homme que tu veux pour diriger le CH»

Louis Jean

Publié 06 mai
Mis à jour 06 mai

Pendant un match de hockey au Centre Bell, vous n’avez pas à chercher longtemps Marc Bergevin: il est fidèle à son poste dans la loge des Canadiens de Montréal.    

Mais si pendant un entracte, Bergevin disparaît, méfiez-vous.    

«Il a encore un côté espiègle comme lorsqu’il jouait, assure Scott Mellanby, le bras droit de Bergevin. Pendant la partie, il est très intense et passionné, mais pendant les entractes, il aime se cacher dans une garde-robe et surprendre les invités. Plusieurs personnes sont tombées dans le piège. Le sourire de Bergevin trahit sa satisfaction!»    

La seule façon pour Bergevin de ne pas être reconnu est de se dissimuler dans une garde-robe.    

Il est l’une des personnalités les plus en vue au Québec. Samedi dernier marquait ses huit ans à la barre des Canadiens. Reconnu comme un grand joueur de tours, cette réputation commence de plus en plus à laisser place à son travail comme directeur général de la plus prestigieuse équipe de hockey au monde.    

Au cours de son mandat, l’équipe a fait les séries quatre fois, dont une participation en finale d'association en 2014. Toutefois, si la saison devait se terminer aujourd’hui, le Tricolore raterait les séries pour une troisième année consécutive. Son bilan laisse les plus ardents partisans de l’équipe sur leur appétit. Pourtant, les homologues de Bergevin et de nombreux autres dirigeants dans la ligue nationale font son éloge.   

«Marc est un homme de caractère, il est très intelligent et captivant, m’a confié le président des Golden Knights de Vegas, George McPhee. Il attire les gens vers lui. C’est une personne spéciale que j’admire et j’admire aussi le travail qu’il fait. Il est l’homme que tu veux pour diriger cette équipe.»   

McPhee a travaillé étroitement avec Bergevin pour compléter la transaction impliquant Max Pacioretty, Tomas Tatar et Nick Suzuki - un échange qui aura été bénéfique aux deux équipes. Il a apprécié la façon dont Bergevin mène ses affaires. La perception ailleurs est parfois bien différente de celle qui règne à Montréal. Pourtant, McPhee n’est pas le seul à juger que Bergevin est le candidat parfait pour redonner aux «Glorieux» leur lettres de noblesses.   

  

Crédit photo : AFP

«Je respecte comment il bâtit son équipe et la façon dont il se comporte, a dit Jim Rutherford, directeur général des Penguins de Pittsburgh. C’est un travailleur infatigable qui n’a pas peur d’apporter les changements nécessaires.»   

Comme joueur, Bergevin, un ancien défenseur, a tout vécu. Les bonnes équipes comme les mauvaises. Les transactions et tout ce que ça implique. Être un joueur important, ou un gars qui doit parfois sauter son tour. Sa plus grande fierté, selon ceux qui le connaissent bien, est d’avoir toujours été un bon coéquipier. On ne lui a reproché le contraire qu’une seule fois.   

«Je l’ai interpellé dans le bureau de l’entraîneur, m’a raconté Larry Pleau, ancien directeur général des Blues de St. Louis. Et pendant plusieurs minutes, je lui ai dit qu'il se disait un joueur d’équipe, mais qu’au fond, qu’il ne pensait qu’à lui, qu’il était égoïste. Marc ne disait rien, il était clairement ébranlé.»   

«Après un certain temps, un groupe de joueurs a surgi de la salle adjacente pour lui crier SURPRISE, tu t’es fait prendre!»    

Bergevin avait reçu la monnaie de sa pièce. Pour une fois, c’était lui qui s’était fait prendre au jeu.   

Crédit photo : Getty Images

Il n’est pas difficile de comprendre pourquoi les dirigeants d'équipes de la LNH ont un capital de sympathie élevé non seulement pour l’homme, mais aussi pour le marché dans lequel il doit travailler.   

«Selon moi, il a probablement le travail le plus difficile tous sports confondus, a justifié Mellanby, directeur général adjoint du CH. Toronto, c’est exigeant, mais il y a les Raptors et les autres sports. Certains autres marchés sont prenants, c’est vrai, mais il y a d’autres intérêts ou distractions alors qu’à Montréal, le hockey demeure LE centre d’attraction 12 mois par année. »   

Mellanby est natif de la métropole québécoise. Il a grandi en admirant le Canadien des années 70. Il connaît la culture et les attentes associées au club. Étant donné la pression écrasante qui vient avec le boulot, il admire la conviction qu’affiche son patron.   

«Marc a un plan et il entend l’exécuter sans succomber aux pressions externes de l’opinion publique ou des médias, a-t-il assuré. Il préférerait perdre son emploi en ayant eu la conviction de ses choix que manœuvrer pour sauver son boulot.»   

Étant donné l’histoire de la concession, chaque année qui passe sans coupe Stanley est perçue comme un échec. Vingt-sept longues années se sont écoulées depuis la dernière conquête, pour ceux qui font encore le décompte. Mais quand on se compare, on se console. La parité dans le circuit Bettman n’est peut-être pas appréciée de tous, mais elle est indéniable. Jamais il n’a été plus difficile de bâtir un club gagnant.   

«Maintenant que je suis impliqué dans la gestion d’une équipe, je réalise à quel point c’est extrêmement difficile de gagner un championnat, a soutenu Al MacInnis, conseiller spécial au directeur général des Blues. On ne le réalise pas en tant que joueur, le travail au quotidien et tout ce que ça implique pour faire en sorte que l’équipe se démarque. Je respecte le fait que Marc ait gravit les échelons et travaillé fort pour obtenir cette opportunité. Il faut plus que du talent pour bâtir une bonne équipe, cela prend un peu de chance et beaucoup de patience pour gagner.»   

La patience n’est pas la force du public montréalais au sujet de leurs favoris. Toutefois, MacInnis a pu constater, lors de la consécration des Blues l’été dernier, que l’écart entre la victoire et la défaite est parfois infime.   

«Il n’y a aucun doute qu’il a été l’un des meilleurs coéquipiers que j’ai eu, a indiqué l’ancien défenseur étoile. Il savait détendre l’atmosphère, mais il était un professionnel et avait une éthique de travail irréprochable. Marc n’était pas une "star", mais il n’avait pas peur de se lever dans le vestiaire et de dire les vraies choses. Il sait ce qu’il faut pour bâtir une équipe compétitive.»   

Et ça commence par bien s’entourer.   

«Je connais Marc depuis longtemps, mais je ne me doutais pas qu’il était aussi réceptif aux autres, a souligné Mellanby. Il est vraiment bon pour écouter. Ce n’est pas l’une de mes forces. Je suis passionné et émotif, mais j’ai appris, en observant Marc, l’importance d’écouter les autres. Il m’a embauché parce qu’il savait que je lui donnerais toujours l’heure juste. J’ai mes opinions et je n’hésite pas à les partager. Mais en fin de compte, c’est lui qui est dans la grosse chaise, c’est lui qui doit prendre la décision finale et il a la confiance pour le faire.»   

Même en cette période de pause dans la LNH, Bergevin et son équipe continuent de travailler et de manœuvrer afin de livrer un produit gagnant qui, éventuellement, mènera à une 25e coupe Stanley. C’est le souhait et l’objectif au quotidien. Si cela peut servir de réconfort, à distance, de nombreux dirigeants jugent que le Canadien est sur la bonne voie. Même s’ils ont parfois été la cible d’une taquinerie signée Marc Bergevin.