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Impact de Montréal

Retour au jeu: une montagne de défis devant la MLS

Publié | Mis à jour

Pendant que le déconfinement s’amorce timidement au Québec, les joueurs de l’Impact de Montréal, tout comme leurs confrères de la Major League Soccer (MLS), pourront reprendre l’entraînement individuel mercredi matin, mais personne ne se présentera.  

Malgré un cadre très strict imposé par la MLS selon les recommandations des autorités de la santé publique, l’équipe a laissé savoir que le retour des joueurs au Centre Nutrilait était remis. Plus de détails devraient être communiqués mercredi.    

Les joueurs du Bleu-Blanc-Noir, qui seront sans doute les premiers athlètes à reprendre l’entraînement parmi les trois clubs professionnels de Montréal, devront donc prendre leur mal en patience.  

Lors du retour, ils n’auront pas accès à l’intérieur du Centre Nutrilait et ne pourront utiliser que les quatre terrains extérieurs qui seront divisés de façon que seulement quatre joueurs puissent se retrouver sur un terrain en même temps.  

Jusqu’à maintenant, seuls les athlètes qui devaient recevoir des traitements en raison d’une blessure avaient l’autorisation de fréquenter les centres d’entraînement des équipes de la MLS.  

L’entraîneur de l’Impact, Thierry Henry, le disait la semaine dernière, le commissaire Don Garber et ses adjoints se penchent sur divers scénarios, mais quand on regarde ce qui se dessine en Europe, on réalise que c’est un exercice de logistique important qui attend les diverses ligues afin de tenir compte des nombreux paramètres de sécurité.  

En Allemagne, la Bundesliga deviendra le premier circuit majeur d’Europe à reprendre ses activités le 15 mai, et ce, même si trois joueurs de Cologne ont reçu un test positif à la COVID-19 la semaine dernière.  

La Bundesliga revoit la façon de présenter un match et trace la voie pour le reste du monde. Déjà, les parties seront présentées dans des stades vides de partisans.  

Et on vous le dit, il y aura un défi logistique qui sera accompagné d’une hausse des dépenses.  

Séparément  

Dans un premier temps, les joueurs dont les partenaires affichent des symptômes de COVID-19 devront éviter les baisers et les relations sexuelles. De plus, les équipes visiteuses seront encouragées à se rendre au stade adverse dans plusieurs autobus.  

Lorsque les autobus arriveront au stade, ils seront désinfectés et on prendra la température des joueurs.  

Mais les mesures préventives ne s’arrêtent pas là. Certaines visent directement les joueurs qui feront partie du XI partant pour le match.  

Ainsi, ceux-ci seront encouragés à manger séparés de leurs coéquipiers, à se préparer dans un vestiaire à part et à faire un échauffement isolés du reste de l’équipe. Et les douches d’après-match seront complexes à gérer.  

On imagine à peine le cauchemar logistique que toutes ces mesures impliquent si elles sont mises en application.  

Des tests  

Une chose est sûre, partout où le foot reprendra, les joueurs et le personnel sportif devront être testés et le consensus semble s’établir sur deux tests par semaine. Et ce, si des tests sont disponibles en quantité suffisante, ce qui est loin d’être certain.  

Il faudra aussi penser au comportement de tout le monde sur le terrain. Si on ne peut empêcher les contacts physiques, on tentera de les limiter.  

Ainsi, nombreux sont les experts à recommander que les joueurs ne se serrent plus la main. L’échange de maillots, une tradition, sera évidemment proscrit.  

De plus, les athlètes devront s’habituer à célébrer leurs buts sans se tomber dans les bras et changer d’autres habitudes, comme celle de cracher sur le terrain, qui sera vraisemblablement interdite un peu partout.  

Pour pallier un calendrier qui sera plus chargé, la Fédération internationale de football association (FIFA) a déjà proposé de permettre cinq substitutions par match plutôt que trois jusqu’à la fin de 2021, une proposition qui ne fait pas l’unanimité même si elle n’était que temporaire.  

Une embûche de taille à l’horizon  

Si la MLS veut éventuellement reprendre ses activités, elle va devoir affronter une embûche de taille en ce qui concerne le transport transfrontalier puisque le circuit compte trois équipes au Canada. Pour le moment, la frontière canado-américaine demeure fermée.  

Tant que les deux pays ne se seront pas entendus pour assouplir les règles transfrontalières, on imagine mal des matchs être disputés au Canada.  

La solution pourrait peut-être se trouver dans la présentation de rencontres dans des stades neutres.  

Si c’est l’option qui devait être retenue, on peut facilement s’imaginer que les joueurs des clubs canadiens ne seraient guère enchantés de devoir laisser leurs familles derrière eux pour une période prolongée.  

Logistique  

Et même si toutes les rencontres sont disputées devant des gradins vides, la logistique demeure compliquée, notamment en Europe où il serait difficile d’avoir moins de 250 personnes dans un stade avec le personnel des deux clubs et tous les employés nécessaires au déroulement de la partie et à la captation télévisuelle.  

Ce n’est pas tout, on craint aussi des rassemblements de partisans devant les stades, ce qui pourrait donner du fil à retordre aux policiers.  

On a d’ailleurs exprimé ces craintes du côté de Liverpool où le club espère remporter son premier championnat de la Premier League en 30 ans.  

Et l’idée d’un retour ne fait pas l’unanimité. Brighton, qui joue en Angleterre, est devenu ce week-end le premier club à s’opposer ouvertement à une reprise des activités dans des stades neutres.  

Report  

Le président du comité médical de la FIFA, Michel D’Hooghe, prône la suspension des activités au moins jusqu’au début de la prochaine saison des championnats européens, en août.  

«Imaginez qu’on teste un joueur après deux ou trois matchs et qu’il soit positif, a-t-il soutenu au quotidien anglais Telegraph la semaine dernière. On devra alors mettre toute l’équipe en quarantaine et son championnat serait certainement terminé.»  

«À mes yeux, le bon sens selon mon expérience médicale, c’est de cesser toute forme de compétition parce que c’est une situation très dangereuse. C’est un combat entre la santé et l’économie.»  

Ses propos font écho à ceux du Dr Anthony Fauci, directeur de l’Institut national de l’allergie et des maladies infectieuses des États-Unis, qui indiquait que «sans pouvoir garantir la sécurité, il faudra fort probablement se priver de certains sports cette saison».  

Michel D’Hooghe et Anthony Fauci possèdent des voix qui portent, on devrait peut-être les écouter.