Crédit : Courtoisie - Thomas Beauregard

Canadiens de Montréal

CH: le rendez-vous manqué d’un marqueur de 71 buts

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Il s’appelle Thomas Beauregard. Et il a, entre 2007 et 2009, vécu le rêve de tout joueur de hockey québécois : porter l’uniforme des Canadiens de Montréal.          

Malheureusement, malgré un talent de marqueur unique, une série de circonstances aussi particulières qu’inattendues auront finalement eu raison des objectifs de ce talentueux hockeyeur.                  

Voici l’histoire d’un Québécois ayant marqué son sport... et qui aurait fort probablement pu en faire beaucoup plus si la chance avait été de son côté.          

«Je m’étais dit que je n’allais jamais jouer ici»         

Commençons notre histoire par une anecdote loufoque. En 2002, Thomas Beauregard a 15 ans lorsqu’il prend la direction de Bathurst avec sa famille. Le repêchage de la LHJMQ aura lieu le lendemain et le jeune attaquant, qui vient de connaître une saison en deux temps dans le midget AAA, ne se fait pas trop d’attentes. Il sait qu’il sera repêché, mais il n’a aucune idée du moment où il le sera. Arrivé à Bathurst, il a comme une sorte de révélation.          

«La première chose que je me suis dite, c’est que je ne jouerais jamais à Bathurst! Je trouvais la ville beaucoup trop petite. Il n’y avait rien à faire et le petit gars de Montréal que j’étais n’était pas du tout impressionné», se rappelle Beauregard, en entrevue avec le TVASports.ca.         

Beauregard s’endort sur cette pensée. Puis arrive finalement le jour du repêchage...          

«Je me suis présenté à l’aréna, puis j’ai été repêché par le Titan en 2e ronde! Je n’en revenais pas. Mais j’ai finalement passé cinq merveilleuses années là-bas.»         

Une bonne première saison dans la LHJMQ         

Malgré la surprise engendrée par le repêchage qui vient de passer, Beauregard rentre à Montréal avec une mission en tête: il veut, quelques mois plus tard, se tailler une place avec le Titan, même s’il sera l’un des plus jeunes joueurs du camp. C’est donc avec cette mentalité que le jeune homme, accompagné de sa mère, quitte vers Bathurst en septembre 2002.          

«Je savais qu’ils avaient repêché deux joueurs avant moi, donc je comprenais que je n’étais pas le premier sur leur liste de priorités. Mais moi, je ne m’occupais pas de ça. Je suis parti au camp en amenant tous mes effets personnels! Je savais que je n’allais pas revenir à Montréal.»         

Et Beauregard avait vu juste. Il connaît un camp du tonnerre et est finalement le seul joueur de 16 ans retenu par l’équipe.         

«Je savais que ça ne serait pas facile, car l’équipe comptait sur plusieurs bons vétérans. Mais j’ai joué comme j’en étais capable et ç'a fonctionné. Finalement, il n’y avait que moi, à 16 ans, et Patrice Bergeron, à 17 ans, qui n’étions pas des adultes. Tous les autres joueurs étaient des vétérans!»         

Thomas complète finalement sa première saison avec 30 points en 48 matchs. Des chiffres tout à fait respectables pour un joueur de 16 ans.          

La guigne de la deuxième année?          

Fort d’une première saison très satisfaisante, Beauregard revient à Bathurst rempli de bonnes intentions. Et les dirigeants de l’équipe ont de grands plans pour lui. Mais le hasard en décide autrement...          

«Nous n’étions pas en reconstruction, mais disons que nous entamions une nouvelle phase. Avant la saison, les entraîneurs étaient venus me voir pour me dire qu’ils voulaient bâtir l’équipe autour d’un duo formé de Patrice Bergeron et de moi-même. Nous avions aussi Bruno Gervais à la défense, donc on pouvait espérer faire un intéressant bout de chemin.»         

Crédit photo : LHJMQ

Sauf que Patrice Bergeron ne revient pas. Il parvient à se tailler un poste avec les Bruins de Boston à 18 ans.          

«Nous venions de perdre notre premier centre! Puis comme si ce n’était pas assez, Bruno Gervais s’est de son côté blessé gravement à un genou. On a finalement connu une saison très difficile. Et je n’ai pas bien performé non plus...»     

Cette baisse de régime survient à un bien mauvais moment pour Beauregard. À 17 ans, il dispute son année de repêchage. Sa récolte de 46 points est largement insuffisante pour attirer l’attention d’une équipe de la LNH. Il n’est pas repêché.     

«Je m’en attendais. Ma saison a vraiment été décevante», avoue-t-il.     

Le sort s’acharne... encore!          

S’il espérait se servir de sa troisième saison pour rebondir, Beauregard réalise rapidement que les épreuves ne font que commencer. À son cinquième match de la campagne, il se déchire le ligament croisé antérieur. Sa saison est terminée. Rien pour ouvrir les yeux des recruteurs professionnels!          

«Les espoirs étaient fondés sur moi. Les dirigeants voyaient grand. Mais cette blessure a gâché les plans.»         

À ce moment-ci de votre lecture, vous vous demandez probablement quel est le lien entre Beauregard et le qualificatif de «marqueur unique» lui ayant été attribué plus tôt dans ce texte. Soyez patients, vous comprendrez bientôt...         

Enfin, la lumière...         

Arrive ensuite la quatrième saison de Beauregard à Bathurst. Complètement remis de sa blessure au genou, l’attaquant connaît un excellent camp d’entraînement qui lui permet d’être fin prêt pour le début de la campagne.          

L’équipe compte sur plusieurs bons vétérans et Thomas fait partie du noyau du Titan.          

Au terme d’une saison des plus concluantes, Bathurst s’incline finalement en demi-finale des séries éliminatoires contre les Remparts de Québec, qui remportent la coupe Memorial quelques mois plus tard.          

Sur le plan personnel, c’est l’éclosion pour Beauregard. Il termine, à 19 ans, cette saison-là avec 46 buts et 88 points en 69 matchs.          

Crédit photo : Acadie Nouvelle

«Et j’étais le troisième buteur de mon équipe! Ça te donne une idée à quel point on était dangereux offensivement.»         

Les performances de Beauregard finissent par attirer l’attention. Au terme de la campagne, les Blackhawks de Chicago lui offrent un contrat à deux volets (LAH et ECHL).          

«J’ai vraiment réfléchi quand j’ai reçu cette offre. Je me demandais si je devais revenir à Bathurst pour connaître une grosse saison à 20 ans. Je me rappelle que je m’étais assis avec Sylvain Couturier, le directeur général de l’équipe, et on avait convenu que c’était mieux pour moi de revenir à Bathurst. Je n’ai jamais regretté cette décision...»         

L’explosion          

Beauregard entame donc sa dernière saison junior avec la ferme intention de dominer. Il souhaite laisser la meilleure impression possible aux équipes professionnelles.         

«Je m’attendais à dominer, mais je n’ai pas débuté l’année en force. J’étais peut-être le cinquième meilleur buteur de la ligue après un mois. Sauf que tout a débloqué au mois de novembre. Mathieu Perreault était arrivé au sein de l’équipe la saison précédente et les entraîneurs nous ont jumelé ensemble. Ç’a été le début d’une très belle histoire!»         

Perreault, habile passeur, trouve Beauregard partout sur la glace. Et Thomas, comme il l’a prouvé la saison précédente, peut marquer de partout. La combinaison est dévastatrice.          

Thomas Beauregard complète sa saison avec, tenez-vous bien, 71 buts en 69 matchs! Il en compte notamment 50 après 39 parties. Pour vous donner une idée de l’ampleur de l’exploit, il est depuis 2000 le seul à avoir atteint ce chiffre avec Simon Gamache (74 buts en 2000-2001).         

Humble, le patineur ne souhaite pas que cette prestigieuse marque ne soit associée qu’à lui. Il donne énormément de crédit à Perreault pour ses 71 filets.          

«Il est le meilleur joueur avec qui j’ai joué. Il me trouvait partout sur la glace. Ses passes étaient fantastiques. Je lui disais souvent que n’importe qui marquerait en jouant avec lui. Il me disait que non. Que j’avais un talent particulier. On était vraiment une combinaison parfaite. Cette saison, encore aujourd’hui, est mémorable.»         

Encore plus satisfaisant pour Beauregard: il comprend quelques jours après la saison que le pari de demeurer à Bathurst pour son année de 20 ans a finalement été le bon. Les Canadiens de Montréal lui offrent un contrat à un volet dans la Ligue américaine avec les Bulldogs de Hamilton. C’est le début d’une aventure inoubliable et... rocambolesque pour le Québécois.          

Un premier camp d’entraînement chez les pros          

Même si son entente en est une à un volet (LAH), les Canadiens invitent quand même Beauregard à leur camp principal. À 21 ans, le jeune homme peine à tenir en place.          

«Juste ça, c’est un rêve qui se réalisait, avoue le sympathique patineur.          

«Je suis arrivé au camp en n’ayant aucune attente, honnêtement. Et je sais que les dirigeants n’en avaient pas non plus envers moi. J’étais un jeune de 21 ans qui n’était pas repêché, donc c’était facile pour eux de me donner un chandail juste pour qu’il soit rempli.»         

Sauf que Beauregard épate. Il se démarque lors des matchs intra-équipe et reçoit une récompense inespérée...         

«Après le troisième match intra-équipe, j’étais sur le vélo stationnaire. Je savais que deux matchs hors-concours s’en venaient contre les Penguins au Centre Bell. Dans ma tête, je me disais que je n’allais jamais être retenu pour ces matchs. Mais Mathieu Carle est venu me voir et m’a annoncé que j’allais jouer!»         

Beauregard dispute finalement deux matchs préparatoires et laisse une bonne impression aux dirigeants du CH.          

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Crédit photo : Getty Images

«Bob Gainey était le directeur général à cette époque-là. Lors des coupures, il nous rencontrait en compagnie de Trevor Timmins. Quand ce fut mon tour, Gainey m’a dit que j’étais un excellent joueur de hockey et que j’avais été une grosse surprise. Bob et Trevor m’ont dit que je devais me rapporter aux Bulldogs et que j’allais me faire encadrer. Gainey m’a alors dit que j’allais le revoir très vite.»         

Mauvaise surprise          

Thomas se présente donc au camp des Bulldogs de Hamilton avec une belle énergie. Il surfe encore sur les bons commentaires reçus au camp principal des Canadiens. Mais les choses prennent alors une tournure complètement inattendue.          

«Je me disais que ma place était pas mal faite à Hamilton! Je me suis présenté là et j’ai quand même tout donné. J’ai connu un bon camp et j’ai marqué plusieurs buts lors des matchs préparatoires. J’étais heureux de ma performance.         

«Mais après le troisième match, les dirigeants ont décidé de retrancher tous les jeunes à Cincinnati, dans la Ligue East Coast. Je n’en revenais pas. Envoyer les jeunes dans les mineures, c’était juste trop facile.         

«Quand on a été renvoyés à Cincinnati, on avait aucune espèce d’idée du projet dans lequel on s’embarquait. On est arrivés là-bas, David Desharnais et moi, et je me rappelle que Desharnais voulait tout lâcher. C’était déprimant. Tu passes de l’ambiance d’une équipe de la LNH et tu arrives dans la ECHL en quelques jours. C’est vraiment un autre monde, cette ligue.»         

Beauregard canalise cependant sa frustration au bon endroit. Il récolte 65 points en 59 matchs à Cincinnati et, avoue-t-il, dispute l’une de ses saisons les plus agréables à vie.          

«On a connu la plus belle saison possible! Collectivement, j’ai rencontré des gens incroyables. On a remporté le championnat. L’ambiance avec les joueurs était complètement folle. Nous étions toujours ensemble!          

«On a commencé la saison et Cincinnati n’était vraiment pas une ville de hockey. Notre aréna comptait 15 000 places et à notre premier match, sérieusement, il devait y avoir moins de 50 personnes. À notre dernier match, lorsqu’on a remporté le championnat, il y avait 15 000 personnes en feu dans les gradins!»         

Deuxième chance à Montréal          

Évidemment, une saison comme celle qu’a connue Beauregard à Cincinnati pousse les dirigeants des Canadiens à lui offrir une nouvelle opportunité.          

Il est donc invité, pour une deuxième année consécutive, au camp principal du Tricolore.          

«Encore là, je me présente là-bas en étant vraiment prêt. Mon objectif était de jouer un match de plus que l’année précédente. Donc trois.»         

Beauregard dispute son premier match du camp à Detroit, contre les Red Wings. Et il n’est pas près de l’oublier.         

«Je débarque au vieux Joe Louis Arena et je constate que les Wings envoient leur gros alignement contre nous. Seul Zetterberg ne jouait pas. Datsyuk y était, Lidstrom aussi...         

«Je me souviens que chaque fois que je jouais, Guy Carbonneau m’insérait sur l’un des deux premiers trios de l’équipe. Pourquoi? Je ne le sais pas. Ce soir-là, je jouais avec Robert Lang et Guillaume Latendresse. Nous perdions 2-1 en fin de partie.          

«Il devait rester quatre minutes au match quand Carbonneau m’a envoyé sur la glace. Lang a pris un tir anodin et la rondelle est atterrie directement sur ma palette. Je ne me suis pas posé 1000 questions et j’ai marqué le but égalisateur! Le match s’est finalement décidé en tirs de barrage et Carbonneau m’a désigné pour lancer! Mais je n’ai pas marqué.»         

Beauregard l’avoue: ce match restera à jamais dans sa mémoire.          

«Ce sont des moments que je n’oublierai jamais. Ce fût vraiment plaisant.»         

Le Québécois atteint finalement son objectif et dispute trois matchs préparatoires avec le CH, avant d’être renvoyé à Hamilton. Il ne se doute cependant pas qu’une autre mauvaise nouvelle l’attend...          

Amère déception          

Comme la saison précédente, c’est un Thomas Beauregard confiant qui se rapporte aux Bulldogs. Mais un scénario (trop) familier se pointe rapidement le bout du nez.          

«J’étais au camp des Bulldogs. Je revendiquais quelque chose comme quatre points en trois matchs. Je jouais bien. Mais les dirigeants, encore une fois, m’annoncent que je suis de nouveau rétrogradé à Cincinnati. Là, j’étais vraiment fâché. Je ne comprenais pas.»         

Mais le patineur montréalais fait de nouveau preuve de maturité et se dirige vers Cincinnati avec une bonne attitude. Il récolte 28 points en 25 matchs, puis est finalement rappelé par Hamilton.          

Après huit matchs dans la Ligue américaine, il compte trois points, dont deux buts. Mais survient alors une autre terrible malchance.          

«Je me suis déchiré le ligament de mon seul genou toujours en santé. J’ai dû me faire opérer. Et les Canadiens ne m’ont jamais resigné...»         

Regard sur le passé          

Treize ans ont passé depuis la fin de l’association entre Beauregard et les Canadiens.          

Lors des cinq saisons qui ont suivi son passage dans l’organisation montréalaise, Beauregard a essentiellement tenté de se refaire un nom dans la ECHL. Malgré de bonnes statistiques, il n’a jamais reçu le coup de fil tant attendu.          

En 2014-2015, il a disputé une saison en deuxième division suisse, puis a également joué en Autriche lors de la campagne 2016-2017.          

Il évolue aujourd’hui dans la Ligue nord-américaine de hockey, au sein du club des Éperviers de Sorel-Tracy.          

Comment perçoit-il son aventure avec les Canadiens, après toutes ces années?          

Crédit photo : Zimbio

«Je sais que si on m’avait donné une chance dans la LNH, j’aurais probablement pu performer. Mais chaque joueur a son parcours. Certains l’ont plus facile que d’autres. Ça n’a pas été mon cas.         

«Je n’ai jamais été repêché alors j’ai toujours dû démontrer que j’étais de calibre, même si je le savais au fond de moi. Il y a tellement d’appelés, mais tellement peu d’élus pour un poste dans la LNH. Tu dois parfois être à la bonne place au bon moment. Peut-être que si quelqu’un avait pris la peine de me repêcher quand j’avais 17 ans, mon parcours aurait été différent. Mais je n’ai pas de regrets.»         

Toute sa vie, malgré ce rendez-vous manqué avec la LNH, Beauregard jure qu’il se rappellera toujours de son bref, mais Ô combien dynamique passage avec le CH.          

«J’ai été chanceux de vivre ça. J’ai joué au Centre Bell. J’ai pris l’avion avec l’équipe. Ce sont des souvenirs mémorables que je n’oublierai jamais.»         

Et aujourd’hui?          

Aujourd’hui, Beauregard est chef-releveur pour la compagnie familiale d’inspection de poteaux électriques et télécommunications appartenant à son père. Il travaille également avec son frère, en plus d'être papa d’un petit garçon de deux ans et demi.         

«C’est vraiment un luxe de pouvoir travailler avec la famille. Je suis très heureux.»         

Pourrait-il, un jour, être intéressé par une carrière d’entraîneur?          

«Définitivement!, lance-t-il sans hésiter.          

«J’aimerais éventuellement me trouver un poste de recruteur ou d’entraîneur. Je resterai toujours passionné par ce sport.»         

On lui souhaite. Après tout, ce ne sont pas tous les joueurs qui peuvent un jour compter sur un ancien marqueur de 71 buts comme entraîneur!