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Canadiens de Montréal

«Ne pas avoir eu ma chance a été très décevant»

Publié | Mis à jour

30 juin 2013. Repêchage de la Ligue nationale de hockey. Après une première ronde où les Canadiens font de Michael McCarron leur tout premier choix, la formation montréalaise fait ensuite plaisir à de nombreux amateurs de hockey de la Belle Province lors du deuxième tour.       

Avec la 36e sélection au total, le Tricolore jette son dévolu sur le gardien lavallois Zachary Fucale, qui vient de connaître deux saisons du tonnerre chez les Mooseheads d’Halifax dans la Ligue de hockey junior majeur du Québec (LHJMQ).            

Sept ans plus tard, Fucale est âgé de 24 ans. Il n’a finalement disputé aucun match dans l’uniforme des Canadiens, ni ailleurs dans la LNH. Mais il n’est pas près d’abdiquer. Et par-dessus tout, il croit qu’il aurait dû avoir sa chance à Montréal...      

Un parcours junior des plus prestigieux       

On le disait, Fucale a connu une carrière junior sans bavure. Lors de sa première saison avec les Mooseheads en 2011-2012, il enregistre 32 victoires et établit ainsi un record de la LHJMQ pour le plus grand nombre de victoires par une recrue de 16 ans. Il remporte également le Trophée Raymond Lagacé, remis à la meilleure recrue défensive du circuit.       

«J’ai eu une saison de rêve. En fait, c’est comme ça que mon cheminement a véritablement débuté. Cette campagne m’a donné beaucoup d’énergie. Pour un gardien de 16 ans, pouvoir garder les buts pendant près de 60 matchs, c’est un luxe», a mentionné le gardien lors d'un généreux entretien avec TVA Sports.      

À sa deuxième saison, Fucale se retrouve au premier rang des gardiens de buts nord-américains sur la liste préliminaire des joueurs à surveiller en vue du repêchage 2013 de la Ligue nationale de hockey. Il devient également le gardien de but avec le plus de victoires de l'histoire des Mooseheads avec 69, surpassant ainsi un record détenu par Jean-Sébastien Giguère.      

Crédit photo : MARTIN ALARIE/AGENCE QMI

La même année, il mène les Mooseheads à leur première conquête de la coupe Memorial.       

Puis, en 2014, Fucale est échangé aux Remparts de Québec. Le 21 janvier de la même année, il devient, à l'âge de 18 ans, le plus jeune gardien de but dans l'histoire de la LHJMQ à atteindre le plateau des 100 victoires.      

«Tu peux demander à n’importe quel joueur et il te dira que ses années junior ont été les plus belles de sa carrière. Quand tu regardes en arrière, tu réalises que ces moments sont les plus agréables. Ce sont des années que je n’oublierai jamais. J’ai été chanceux de pouvoir évoluer au sein de deux des organisations junior les plus prestigieuses au Canada.»      

Avec les accomplissements cités plus haut, avouez qu’il était tout à fait logique, pour les amateurs du CH, d’avoir de grandes attentes envers Fucale. Mais le sympathique athlète nous expliquera plus bas qu’il y a parfois un monde entre ce que l’on veut, ce que les autres veulent, et ce que le contexte nous permet de faire...       

Une équipe de coeur      

Avant d’aller plus loin dans ce récit, revenons sur les émotions vécues par le gardien québécois lorsqu’il a entendu son nom être prononcé par les Canadiens lors du repêchage de 2013.       

L’amour que Fucale portait au CH est très perceptible dans ses propos.       

«J’ai toujours été un grand amateur des Canadiens. Quand j'avais entre sept et onze ans, mon père nous achetait un forfait de 10 matchs pour aller voir les joutes du Tricolore. J’étais vraiment partisan, donc avoir eu la chance de me faire repêcher par l’équipe, c’était un rêve. Je me sens vraiment chanceux d’avoir pu vivre ça.»      

Débuts prometteurs dans la Ligue américaine       

Fucale dispute donc sa première saison dans l’organisation du CH en 2015-2016 avec les Ice Dogs de Saint John’s, autrefois le club-école du Bleu-blanc-rouge.       

Il dispute 42 matchs avec l’équipe, récoltant 16 victoires. Il affiche alors une moyenne de buts alloués de 3,13 et un pourcentage d’efficacité de ,903. Des statistiques très respectables pour une première campagne.       

«À 20 ans, j’avoue que c’était un peu intimidant de devoir m’en aller aussi loin qu’à Saint John’s. Mais au moins, c’était au Canada. Ça s’est super bien passé finalement. J’ai eu de très bons coéquipiers.»      

Mais l’équipe ne parvient pas à se tailler une place en séries et le gardien conserve un souvenir plutôt cocasse de cette première campagne chez les professionnels.       

«Il y a eu tellement de blessés dans l’organisation, que je crois que j’ai dû côtoyer 60 joueurs cette année-là! C’était une saison plutôt étrange, mais j’ai eu beaucoup de plaisir et j’ai appris énormément.»      

Les plans changent...      

Depuis le début de sa carrière, les plans de Zachary Fucale avaient toujours été très clairs. Il souhaitait faire sa marque dans la LNH. Et sa première année à Saint John’s n’a fait que renforcer cette ambition. Mais l’organisation du CH, elle, ne semble pas voir les choses de la même façon.       

Fucale dispute sa deuxième campagne professionnelle à Brampton dans la Ligue East Coast, puis obtient 18 départs avec le Rocket de Laval lors de la saison 2017-2018. Il doit cependant retourner à Brampton pour terminer la campagne.      

Crédit photo : Photo d'archives Agence QMI, JOEL LEMAY

Puis, à la fin de cette saison, Fucale apprend que les Canadiens le libèrent... sans jamais lui avoir donné la moindre chance de se faire valoir dans la LNH.       

Cette décision, concède le portier, ne concorde pas avec ce que les dirigeants de l’équipe avaient pu lui dire à son arrivée dans l’organisation.       

«Dès mon arrivée au sein de l’équipe, les dirigeants m’ont toujours dit qu’ils avaient de grands plans pour moi et qu’ils voulaient me faire jouer dans la LNH. Pour moi, c’était une fierté. Je travaillais fort chaque jour pour atteindre les objectifs placés en moi. Quand je regarde en arrière, aujourd’hui, c’est sûr que c’est une déception pour moi de ne pas avoir eu la chance de jouer avec les Canadiens.      

«Le simple fait de ne pas avoir eu la chance, ne serait-ce qu’une seule fois, de prouver ce que je savais faire, a été très décevant. Je ne te cacherai pas que j’ai connu des moments difficiles.»      

Fucale fait ensuite preuve de beaucoup d’humilité :       

«C’est sûr que j’étais déçu de ne pas avoir d’appel, mais j’étais aussi déçu de ne pas performer comme je savais que j’en étais capable. Et je sais que les dirigeants ont aussi dû être déçus de certaines de mes performances...»      

Quelle pression?       

Avec du recul, Fucale est catégorique. Si son passage dans l’organisation du CH n’a pas été couronné de succès, ce n’est pas du tout la faute de la pression.       

«Je n’ai jamais ressenti de pression. Comme je l’ai dit, j’ai toujours un partisan de l’équipe. Donc faire partie de l’organisation, c’était comme naturel. J’étais tellement fier, en tant que Québécois d’ici, que jouer à Montréal était beaucoup plus motivant que stressant. Je ne pouvais pas être nerveux. J’étais trop occupé à être fier.       

Fucale précise ensuite sa pensée.       

«Je ne me mettais pas plus de pression, parce que moi, en tant que gardien, mais aussi en tant qu’individu, je veux toujours être le meilleur possible. J’étais trop occupé à penser à mes propres attentes envers moi-même pour me soucier de celles des autres. Plusieurs personnes essaient de me faire dire que la pression a joué un rôle durant mon passage à Montréal, mais non.»      

Le jour de la marmotte       

Aujourd’hui, ironie du sort, les Canadiens sont à la recherche d’un auxiliaire à Carey Price. En fait, l’équipe cherche un deuxième gardien de qualité depuis plusieurs saisons déjà.       

Toujours au fait de ce qui se passe dans la LNH, la situation, bien sûr, n’a pas manqué d’attirer l’attention de Fucale. Aurait-il pu remplir ce mandat, selon lui?       

«Si je te réponds non, je te mens.», lance le gardien en toute franchise.       

Crédit photo : DIDIER DEBUSSCHERE/JOURNAL DE QUEBEC/AGENCE QMI

«En tant que gardien, je suis confiant en mes habiletés de jouer dans la LNH. Je sais que je suis de calibre, autant au niveau mental que physique.»      

Fucale relativise ensuite les choses.       

«Mais la vérité, c’est qu’il y a tellement de gardiens qui sont capables de jouer dans la LNH. Plusieurs ne le feront jamais, car c’est une question de timing et d’opportunité avant toute chose. Pour moi, ce n’est pas encore arrivé. Mon parcours n’a pas été le plus facile, mais je ne compte pas m’arrêter là.»      

Des kilomètres au compteur      

Après son passage dans l’organisation du CH, Fucale a porté les couleurs de plusieurs organisations, sans toutefois s’établir. Il a évolué à Fort Wayne (ECHL), Chicago (AHL), Orlando (ECHL), Syracuse (AHL) et s’est engagé avec le Munich EHC en Allemagne. Il n’a toutefois disputé aucun match sur le Vieux Continent.       

Lorsque le coronavirus a forcé l’arrêt des activités dans le monde du hockey, Fucale évoluait à Orlando dans la Ligue East Coast.       

Comment vit-il avec le fait, à 24 ans, d’avoir dû voyager autant depuis quatre ans?      

«Ça ne me dérange vraiment pas. Je suis l’une des rares personnes au monde à pouvoir gagner sa vie en jouant au hockey. Je me sens extrêmement chanceux à tous les jours. C’est un privilège et je travaille très fort pour pouvoir continuer à jouer le plus longtemps possible. J’adore jouer au hockey et j’envisage jouer encore longtemps.       

«Ce n’est pas parce que ça n’a pas fonctionné à Montréal que je dois m’apitoyer sur mon sort. En fait, c’est pratiquement à cause que je ne joue pas à Montréal que je suis autant motivé à réussir.»      

Un prochain défi excitant       

Maintenant, et sachant qu’il est motivé comme jamais, quels sont les objectifs de Fucale en vue de la prochaine saison?       

Avant de mettre fin à la discussion, le lavallois nous laisse, en riant, sur un suspense loufoque.      

«En fait, je sais très bien où je m’en vais. Je ne peux pas l’annoncer encore, car l’équipe n’a toujours pas rendue la chose publique. Mais ce sera tout un défi! L’annonce sera faite très prochainement. J’aurai l’occasion de prouver bien des choses...»      

À 24 ans, et avec tout le talent qu’il a, Zachary Fucale a toutes les raisons du monde de croire en ses chances de rebondir.