US-CORONAVIRUS-PANDEMIC-CAUSES-CLIMATE-OF-ANXIETY-AND-CHANGING-R

Crédit : Photo AFP

Golf

Golf: cri d’alarme sur les allées

Publié | Mis à jour

Avec les retards entraînés par la pandémie de la COVID-19, l’industrie du golf du Québec essuiera des pertes gigantesques. À compter de vendredi, elle perdra 5 M$ par jour jusqu’à l’ouverture des parcours, a appris en primeur Le Journal.

Devant les délais gouvernementaux pour obtenir le feu vert cette semaine, les différents groupes de l’industrie ont planché sur les scénarios touchant leur trésorerie. Or, il s’avère que les coffres seront dégarnis de 800 M$ en 2020, a calculé la Table de concertation de l’industrie du golf.

En entrevue avec Le Journal de Montréal jeudi, elle a tiré la sonnette d’alarme. À l’économie du Québec, ce sport contribue à hauteur de 2,48 G$ du produit intérieur brut.

Le compteur des pertes financières tourne maintenant à grande vitesse à travers les quelque 340 clubs de la province.

Privés des tournois, des événements de collectes de fonds, des réceptions et des mariages jusqu’à la fin de l’été, les clubs voient partir en fumée des revenus dont ils ne peuvent se passer. Le gravy pour soulager la clientèle et les membres, imagent certains directeurs généraux.

Moment crucial

«L’industrie tombe dans un moment critique. On sait que les opérations sont échelonnées sur six mois dans notre secteur, soit de mai à octobre. À partir de demain (aujourd’hui), les clubs passent à la caisse», a expliqué le président de l’Association des clubs de golf du Québec (ACGQ), Martin Ducharme, assis à cette Table de concertation, et directeur général du club Château-Bromont.

«Les dépenses sont énormes, a-t-il ajouté. On doit maintenant aller jouer dans nos marges de crédits, un endroit où on ne voulait pas aller.»

Les frais fixes peuvent varier de 400 000 à 1 M$, témoignent des dirigeants de clubs sondés par Le Journal de Montréal.

Le directeur général d’un complexe de la région de la Capitale-Nationale a d’ailleurs chiffré ses pertes nettes à plus de 200 000 $, alors qu’aucune balle n’a encore été frappée sur ses parcours.

Il n’y a pas que l’argent. Le drame touche aussi les employés. Aux pertes financières s’ajoutent tristement les 20 000 emplois perdus dans la province, surtout dans le secteur de la restauration. Alors que les pavillons des clubs demeureront fermés lors du lancement de la saison, le personnel des salles à manger sera remercié. Il s’agit de 38,5 % des 52 000 emplois dans cette industrie.

«C’est énorme. C’est douloureux, tant pour ces employés que pour nous, a réagi Ducharme en avançant ses chiffres. On travaille pour ramener 32 000 emplois sur le plancher le plus vite possible. Nous pensons aux régions et villages où les clubs sont des employeurs importants.»

En attente du signal de départ

En pleine tempête depuis le début de la semaine en raison du manque d’information transmis, la Table de concertation a redressé la barque. Dorénavant, elle donnera l’heure juste et collaborera avec sa clientèle.

Elle a d’ailleurs cogné à la porte de sept ministères au fil de la semaine pour faire état de sa situation précaire.

Comme les amateurs, les acteurs de cette industrie ont hâte de lancer leur saison, mais ils doivent attendre le feu vert de la Santé publique, qui a son dossier et son protocole d’ouverture entre les mains. Ils n’ont d’autre choix que de s’y conformer et d’attendre. Le scénario d’un lancement en mai n’est pas encore écarté.

Un club tombe au combat

Comme on apprend à marcher avant de courir, le plan de relance devait viser les grandes structures de la société. L’annonce de la levée progressive des barrages routiers est vue comme un pas dans la bonne direction, surtout vers les régions touristiques, pour l’industrie du golf.

Mais déjà, un club est tombé au combat. Le club l’Estérel, dans les Laurentides, a annoncé qu’il n’ouvrirait pas ses portes et agitait définitivement le drapeau blanc.

Combien des 340 clubs au Québec la COVID-19 poussera-t-elle dans le précipice en 2020 ?

Il est encore trop tôt pour y répondre. Ceux dans une situation précaire auront de grandes décisions à prendre.

«On fera l’autopsie de cette saison à l’automne, a souligné Ducharme. Comme pour les autres secteurs, il y a des fermetures à prévoir.»

Pas de plan pour les aînés

Inquiets de leur sort à l’approche de la saison estivale, les amateurs de golf de 60 ans et plus désirent connaître ce que leur réserve le plan de déconfinement au Québec. Du même coup, les clubs de golf aussi.

Ils ne s’en cachent surtout pas, les directeurs de clubs au Québec témoignent que les golfeuses et golfeurs de plus de 60 ans représentent la majorité de la clientèle. Ils en forment jusqu’à 70 % dans certains cas.

Selon les statistiques de l’organisme provincial Golf Québec comptant 38 000 membres, 42,5 % des golfeurs sont âgés de 50 et plus. Du nombre, 15,4 % ont 65 ans et plus.

Depuis 10 jours, ils sont nombreux à interroger le représentant du Journal au sujet des permissions à venir.

D’un côté, les aînés veulent observer les consignes de la direction de la santé publique souhaitant leur protection, de l’autre, ils veulent bouger. Véritable sport de prédilection, le golf leur offrirait une balade en plein air où les risques sont moindres qu’à faire les commissions habituelles.

Appel au déconfinement

La situation est par contre différente dans les résidences pour personnes âgées (RPA) où le confinement est total. Justement, hier, le président et directeur général du Regroupement québécois des résidences pour aînés (RQRA), Yves Desjardins, a apostrophé le gouvernement en lui demandant de déconfiner les aînés. Il a demandé des mesures concrètes dans un plan afin d’éviter de garder encabanés entre quatre murs des aînés encore trop longtemps. Il désire d’ailleurs éviter une certaine désobéissance.

En conférence de presse hier, le directeur national de la santé publique, Horacio Arruda, a souligné qu’il sera en discussion avec les établissements pour entreprendre la relance.

Au cabinet de la ministre responsable des Aînés et des Proches aidants, Marguerite Blais, on a refusé la demande d’entrevue du Journal. On s’est contenté de rappeler les règles de distanciation sociale chez les 60 ans et plus. « Des orientations claires » seraient communiquées au fil des prochaines semaines.

Pas plus d’informations au cabinet de la ministre déléguée à l’Éducation, Isabelle Charest. Aucune entrevue.

Bon pour la santé

Dans la communauté médicale, on s’inquiète aussi du prolongement du confinement chez les aînés.

«L’exercice est fondamental, a rappelé le Dr Alain Vadeboncoeur, chef du service de médecine d’urgence de l’Institut de cardiologie de Montréal, en entrevue avec Le Journal. C’est la mesure de prévention la plus efficace, surtout chez les 50 ans et plus. Le corps humain perd ses capacités cardiovasculaires et musculaires en confinement. Les impacts sont évidents sur la santé.»

«C’est triste, car on sait que les personnes âgées perdent plus rapidement leurs capacités, a-t-il ajouté. L’état de santé décline si elles ne restent pas actives.»

Selon lui, le golf répond parfaitement au principe de distanciation sociale. «C’est une marche sur un terrain dégagé où on peut respecter la distance avec les autres. Les risques sont davantage liés à l’accès au terrain.»

Des subventions disponibles

Comme dans tous les secteurs de l’économie en cette ère pandémique, les clubs de golf bénéficient aussi des subventions gouvernementales.

Ainsi, les clubs qui sont en mesure de démontrer qu’ils ont subi des pertes de revenus considérables de mars à mai sont admissibles à la subvention salariale de 75 % des employés. Celle-ci est offerte par le gouvernement fédéral dans l’enveloppe de 73 milliards.

Les clubs sont aussi admissibles à la subvention fédérale d’accès au crédit de 40 000 $. Cette subvention est offerte aux entreprises et organismes à but non lucratif qui ont versé de 20 000 $ à 1,5 M$ en salaires en 2019.

L’Association des clubs de golf du Québec (ACGQ) a transmis à ses clubs membres les renseignements nécessaires sur les programmes afin de les aider à pallier leurs pertes en temps de crise. Déjà, plusieurs clubs profitent des subventions.

À travers les branches, on entend que le ministère du Tourisme annoncerait également une aide financière par secteur. L’industrie récréotouristique recevrait un coup de pouce. Déjà fragile, l’industrie du golf devra être soutenue.

Ces programmes mettent un léger baume sur une plaie financière vive. Tant les clubs privés que publics traversent des moments sombres. «La situation est alarmante, a signalé Martin Ducharme, de l’ACGQ. Dans les clubs privés, on a dans certains cas sollicité des cotisations spéciales aux membres avec la perte des grands évènements.»

La majorité des clubs ont mis sur pied des mesures afin d’alléger le fardeau de leur client en période d’incertitude. Parmi celles-ci, on permet aux membres d’échelonner leurs paiements.

Propriétaires heureux

Seule véritable bonne nouvelle de la semaine dans l’industrie, la possibilité d’ouvrir des boutiques dans les clubs de golf réjouit leur propriétaire.

Celles qui possèdent un accès direct extérieur pourront ouvrir à partir du 4 mai, à l’exception de celles dans la communauté urbaine de Montréal qui le pourront à partir du 11 mai. Cette nouvelle touchant le commerce de détail a soulagé les proprios qui avaient dépensé de grosses sommes afin d’obtenir leurs marchandises.

Ailleurs

Au Canada, les provinces de l’Île-du-Prince-Édouard, de l’Alberta et du Manitoba ont permis l’ouverture des parcours. Aux États-Unis, on dénombre près de 50 % des parcours ouverts, selon un rapport de la Fondation américaine nationale du golf (NGF). Le Québec se préoccupe de son sort sans regarder les permissions ailleurs au pays.