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Crédit : AFP

F1

Le week-end de l’horreur

Louis Butcher

Publié | Mis à jour

Le Grand Prix de Saint-Marin devait constituer le troisième épisode d’un duel épique qui se dessinait entre Ayrton Senna et Michael Schumacher au cours de la saison 1994. Mais c’était avant que la Formule 1 ne connaisse le pire week-end de son histoire au circuit d’Imola, il y a 26 ans.

En ce 1er mai 1994, la F1 perdait l’une de ses légendes en Senna, victime d’une sortie de piste à plus de 200 km/h. À peine 24 heures plus tôt, l’Autrichien Roland Ratzenberger s’était lui aussi tué lors de la séance de qualifications.

Ces tragédies avaient tôt fait de rappeler que malgré des pas de géant menés au chapitre de la sécurité, il était impossible d’éliminer le risque en F1 et dans tous sports motorisés.

On disait à l’époque que c’était la fin des miracles. Huit ans s’étaient écoulés depuis la mort tragique de l’Italien Elio De Angelis, le 15 mai 1986, lors d’une séance d’essais privés tenue au circuit Paul-Ricard, en France. Plus tôt, autre triste rappel, les derniers décès remontaient à 1982 : le Québécois Gilles Villeneuve à Zolder, en Belgique, et l’Italien Riccardo Paletti à Montréal.

Un drame en cinq temps

Ce qui s’est passé à Imola est digne d’une histoire d’horreur en... cinq temps. Dès le vendredi, aux essais libres, Rubens Barrichello est victime d’une embardée terrifiante. Le Brésilien, sauvé par une barrière de pneus et des grillages de protection, s’en tire avec quelques ecchymoses et une coupure au visage.

Le lendemain, le pauvre Ratzenberger n’aura pas la même chance. La dérive gauche de son aileron avant s’envole et sa monoplace en perdition tape le mur de front dans le virage Villeneuve. Après le choc, sa voiture s’immobilise, sa tête complètement désarticulée. Sa mort est instantanée.

Dimanche, à 14 h, heure locale, le départ du Grand Prix maudit est donné. Quelques mètres après le départ de la course, les bolides de Pedro Lamy et de J.J. Letho s’accrochent. Une roue et des débris sont projetés vers la tribune principale, blessant sept spectateurs, dont l’un grièvement, et un policier.

Puis, au septième tour, Senna, qui s’était élancé de la position de tête (pour la troisième fois en trois courses depuis son arrivée au sein de l’écurie Williams), tape le mur au virage très rapide de Tamburello à un peu plus de 210 km/h. À l’arrivée des secouristes, le champion brésilien est inerte. Des soins lui sont prodigués pendant de longues minutes.

Une soudure a cédé

Extirpé de sa monoplace, il est étendu à proximité de sa monoplace, une mare de sang à ses côtés. Transporté à un centre hospitalier de Bologne, en Italie, Senna sera déclaré mort un peu plus de quatre heures plus tard. Il était âgé de 34 ans.

Selon les résultats de l’enquête, c’est un défaut de la colonne de direction qui a causé son accident fatal. À la demande de Senna, la pièce avait été réduite et c’est la soudure qui a cédé. Voilà qui explique que sa monoplace ait quitté brutalement sa trajectoire. Le détachement d’un triangle de la suspension avant a heurté son casque, causant des lésions irréversibles au cerveau et une hémorragie cérébrale.

Malgré cette autre tragédie, la direction de la course décide quand même de relancer la l’épreuve. Ça ne se verrait pas aujourd’hui...

À 11 tours de la fin, le cinquième et dernier acte de ce récit catastrophe se joue cette fois dans les puits de ravitaillement. Une roue se détache de la Minardi de l’Italien Michele Alboreto et heurte trois mécanos. L’un deux subira de multiples fractures.

Le drapeau à damier est finalement agité. Sur le podium, composé du vainqueur Schumacher, de Nicolas Larini (2e) et de Mika Häkkinen (3e), le champagne n’est jamais sorti du frigo. Ce sont les larmes qui ont coulé.

Le plus grand ?

La F1 a perdu en ce funeste 1er mai 1994 l’un de ses plus grands, sinon le plus grand. Dès son année recrue, on a vu en lui un pilote d’exception. Sa magistrale démonstration sous la pluie au GP de Monaco en 1984, à son cinquième départ en F1 seulement et au volant d’une modeste Toleman, lui vaudra un concert d’éloges.

Classé deuxième derrière Alain Prost, il est privé d’une première victoire quand la direction de la course met fin prématurément à l’épreuve face aux conditions exécrables. «On m’a volé !» a-t-il alors déclaré. Mais ce n’était que partie remise.

C’est ce même Prost qui allait devenir à la fois son coéquipier et son plus grand adversaire. Cette rivalité est encore aujourd’hui considérée comme l’une des plus grandes de l’histoire, tous sports confondus, et certes la plus intense jamais vue en F1.

► Monaco se veut la référence en F1, où le pilotage a préséance sur la voiture. Or, Senna, sans surprise, y détient toujours le record absolu de victoires (6) et de positions de tête (5). Au total, sa fiche montre 41 succès en F1 (5e rang de tous les temps), 65 positions de tête (3e) et 80 présences sur le podium (7e).