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Un accès sans précédent à la saison recrue d’Ovechkin

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Depuis son arrivée dans la Ligue nationale de hockey en 2005, Alexander Ovechkin n’a jamais cessé d’épater. 

Collectionnant les saisons de 50 buts (il en a huit en banque, et se dirigeait vers une neuvième avant la suspension des activités), l’imposant ailier russe a su s’élever, au fil des campagnes, au rang de marqueur générationnel. 

Si certains jeunes joueurs ont parfois besoin de quelques saisons pour trouver leur rythme et leur place dans la LNH, «Ovie», lui, n’a eu besoin que de quelques secondes pour prouver à ses coéquipiers qu’il était l’homme de la situation. 

Repêché au tout premier rang du repêchage de 2004 par les Capitals de Washington, il a, dès sa première campagne (2005-2006), inscrit 52 buts et récolté 106 points. Il n’avait alors que 19 ans.

Le Québécois Mathieu Biron a eu l’occasion, via un siège des plus privilégiés, de vivre la première saison professionnelle d’Ovechkin de très près. Âgé de 25 ans à l’époque, l’ancien défenseur avait disputé la campagne entière chez les «Caps» et se rappelle très bien l’engouement suscité par les performances de «cette recrue surdouée».

Biron a généreusement accepté de replonger dans ses souvenirs de façon à nous faire vivre, de façon privilégiée, les premiers moments dans la LNH du meilleur buteur des 15 dernières années. 

Pas trop d’attentes 

À l’aube de la saison 2005, le camp d’entraînement des Capitals s’apprête à ouvrir. Les attentes envers l’équipe, qui traverse une période difficile, sont modérées. 

Arrivé chez les «Caps» quelques mois auparavant, Biron se présente au camp en sachant très bien que son équipe a repêché un joueur que plusieurs qualifient «d’unique». 

«J’entendais plein de gens dire que ce joueur, que je n’avais jamais vu, serait une future vedette. Sauf qu’à l’époque, les joueurs qui réussissaient à avoir un impact immédiat dans la LNH à 18-19 ans étaient très rares. Je pense à des gars comme Vincent Lecavalier et Joe Thornton, qui ont vécu une première année plus difficile dans le circuit.

«Mais j’ai rapidement compris pourquoi on parlait de lui comme ça. Lors d’un match intra-équipe, au tout début du camp d’entraînement, Alex a marqué un but et tu pouvais voir quelque chose de vraiment unique dans ses yeux. Il était comme un volcan sur le point d’exploser de joie. Mais ce n’était qu’un match intra-équipe! C’est le premier souvenir que j’ai de lui.

«Je n’avais jamais vu un joueur qui aimait autant marquer. Que ce soit dans les pratiques ou encore dans les matchs hors concours, il n’y a pas un seul but qui ne lui faisait pas plaisir. Il est comme un enfant à Noël à chaque fois. Ce n’est pas un hasard s’il marque autant aujourd’hui.»

Peu de temps après, la saison débute et Ovechkin ne tarde pas à démontrer à ses adversaires (et à ses coéquipiers!) qu’il n’est pas là pour rigoler. 

Il récolte 10 points, dont six buts, à ses huit premiers matchs dans la LNH. Il n’est blanchi pour la première fois qu’à sa neuvième partie. 

«Je commençais à saisir à quel point il était au-dessus. Dès son premier match professionnel, il était déjà parmi les meilleurs. J’ai récemment écouté le documentaire «The last dance» impliquant Michael Jordan et on apprend qu’il a rapidement su s’imposer comme le meilleur des siens. C’est vraiment la même histoire pour Alex. Après quatre matchs, l’équipe était déjà formée autour de lui.»

Flamboyant «pour lui»

Ceux qui ont suivi de près la carrière d’Alex Ovechkin se rappellent que le Russe, au-delà de ses performances phénoménales, se distinguait aussi par son style flamboyant à sa première campagne dans la LNH. 

Visière teintée au possible, lacets jaunes... Rien n’était laissé au hasard par le spectaculaire numéro 8. Mais n’allez pas croire, nous dit Biron, qu’il faisait cela pour attirer l’attention. 

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«Il faisait ça pour lui. Il aimait ça. Ça le rendait bien. Il ne faisait rien de tout cela pour impressionner les gens. C’était naturel pour lui.»

Biron se rappelle d’Ovechkin comme d’un jeune homme à la fois extraverti et avide d’apprendre qui faisait tout pour se faire apprécier des vétérans. 

«Il était certes flamboyant sur la patinoire, mais il ne parlait pas beaucoup anglais à son arrivée. Sauf qu’il essayait tellement fort. Il voulait s’intégrer rapidement. Tu voyais tout de suite que c’était une bonne personne et qu’il faisait de gros efforts.»

Biron y va ensuite d’une anecdote assez révélatrice des bonnes intentions qu’avait Ovechkin à son arrivée chez les Capitals. 

«Je me rappelle qu’au diner des recrues, il tenait vraiment à s’exprimer devant tous les gars. Il a alors demandé à Dainius Zubrus de venir le rejoindre et il lui a demandé de traduire ses propos pour que les gars comprennent ce qu’il avait à dire. 

«Il avait alors remercié tous les joueurs de l’équipe en disant qu’il avait été choyé d’apprendre à jouer au hockey professionnel auprès de coéquipiers comme ceux-là. Il a ensuite dit qu’il vouait un grand respect à tout le monde et qu’il se considérait chanceux de pouvoir faire partie de l’équipe. Tout le monde était vraiment touché. Autant il pouvait être flamboyant sur une patinoire, autant il savait comment rallier les troupes.»

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Capitaine en devenir

À ce moment-là, un déclic se fait dans la tête de Biron. Ovechkin sera un capitaine dans la LNH. 

«C’était clair dans mon esprit. Il avait un côté leadership incomparable. C’est rapidement devenu le visage de la franchise. Alex voulait que les autres le suivent. Il voulait gagner. Même à 19 ans, il voulait transporter l’équipe. Je fais encore la comparaison avec Michael Jordan, mais ces gars-là sont plus grands que leur sport.

«Lorsqu’on perdait 4-3, il voulait être sur la glace. En fait, il voulait toujours l’être, mais tu voyais qu’il voulait vraiment faire la différence. Il voulait la rondelle. Il voulait prendre LE tir du match. Certains sont craintifs dans ce genre de situation, mais Alex se nourrissait de ce type de moments. Je crois que tu vois le jour avec ce trait de caractère...»

«Gretzky l’applaudissait»

Lorsqu’on demande à Mathieu Biron de nous raconter le moment qui l’a le plus marqué concernant Ovechkin, sa réponse ne tarde pas. 

«Le fameux but qu’il a marqué couché sur le dos à Phoenix... Je ne l’oublierai jamais! C’est le but d’une décennie! Les spectateurs à Phoenix se sont levés et se sont mis à applaudir Alex, alors que leur équipe perdait 4-1. 

«Wayne Gretzky était alors l’entraîneur des Coyotes, et il a applaudit le but qu’«Ovie» venait d’inscrire contre lui! Les joueurs adverses sont venus le féliciter. Tout le monde a pris une pause de la confrontation en comprenant que ce type de moment n’arriverait plus de sitôt. C’était un moment plus important que le match. 

«Quand tu vis un moment grandiose, tu dois savoir l'apprécier. L’entraîneur et les joueurs adverses qui applaudissent le but d’un joueur qui les affronte, tu ne vois pas ça souvent...»

Et connaissant la passion de marquer d’Ovechkin, on se doute qu’il ne devait plus tenir en place...

«Il a accordé une entrevue après ce but-là et ça n’avait aucun sens!», lance Biron en riant. 

«Il était tellement excité qu’il cherchait ses mots! Il a dû dire "oh wow" 20 fois pendant les deux minutes de l’entrevue. Il faisait les sons d’un enfant de deux ans tellement il était joyeux. On ne comprenait absolument rien de ses propos. À son retour dans le vestiaire, tout le monde riait aux éclats. On l’a taquiné longtemps avec ça.»

Savoir s’adapter 

Alex Ovechkin a toujours su marquer des buts. C’est ce qu’il sait faire de mieux. Il a aussi toujours su inscrire son nom sur la feuille de pointage, ou appliquer une bonne mise en échec. 

Mais il n’a jamais été reconnu comme étant un grand joueur défensif. Il a toutefois compris, à un certain moment, qu’il devait aussi s’impliquer dans son territoire pour offrir une chance optimale à son équipe de triompher. 

«À 19, 20 ou 21 ans, il est vrai qu’Alex n’avait pas de grandes responsabilités défensives. Mais il a modifié son jeu en quelque sorte. Il a fini par maîtriser davantage cette facette avec la maturité. Il n’essaie pas d’être moins offensif pour autant. Il a compris ce que ça prenait vraiment pour remporter un championnat.»

Un record à sa portée? 

15 ans ont passé depuis les débuts d’Alex Ovechkin dans la LNH. En date d’aujourd’hui, il compte un impressionnant total de 706 buts dans le circuit Bettman. 

Au cours de la présente saison, il a rejoint, puis dépassé plusieurs grands noms du hockey au classement des meilleurs buteurs de tous les temps. Plusieurs se demandent s’il parviendra un jour à battre le record absolu détenu par Wayne Gretzky, qui revendique 894 filets en carrière. 

Qu’en pense son ex-coéquipier? 

«C’est une excellente question! Mais juste le fait qu’il compte huit saisons de 50 buts dans la LNH, c’est incroyable. Dans le hockey moderne, seul Steven Stamkos et Dany Heatley comptent plus d’une campagne de 50 filets. Et ils en ont deux. Ça démontre à quel point Alex est au-dessus de la compétition.

«Quand tu parles de marqueurs d’exception, tu as des gars comme Mike Bossy et Brett Hull. Alex fait partie de ce groupe-là. Ce sont des phénomènes.»

Reste maintenant plus qu’à savoir si Ovechkin saura un jour battre le record de celui qui l’a applaudit 15 ans plus tôt, lors d’un certain match disputé à Phoenix...