Boxe

Abel-Lemieux: un couple unique que rien n'arrête

Publié | Mis à jour

Les couples d’athlètes de haut niveau ne sont pas communs dans le monde du sport. À l’instar de tous les autres, ils traversent des hauts et des bas dans leurs carrières respectives, mais aussi dans leur quotidien. Celui composé du boxeur David Lemieux et de la plongeuse Jennifer Abel n’est pas différent.     

Ils ont commencé à se fréquenter durant quelques mois avant que Jennifer emménage dans la maison de David après les Jeux olympiques de Rio en 2016.          

À travers leur histoire d’amour des quatre dernières années, ils ont célébré de belles réussites ensemble, mais ils ont aussi surmonté les coups durs en se serrant les coudes.     

Lemieux n’a pas été épargné au cours de cette période. Après avoir perdu son titre mondial contre Gennady Golovkin en 2015, il a trimé dur pour avoir à nouveau sa chance dans un combat de championnat du monde. Il l’a obtenue contre le Britannique Billy Joe Saunders en 2017, mais il a trébuché dans un duel à sens unique.     

Par la suite, les problèmes de perte de poids et les blessures ont été des embûches dans sa carrière. Durant ces moments difficiles, le cogneur de 31 ans a pu compter sur le soutien de son promoteur Camille Estephan et de son entraîneur Marc Ramsay.     

Toutefois, il ne faut pas sous-estimer l’apport de sa conjointe Jennifer Abel. Elle a été une compagne de vie qui a rapidement été en mesure de comprendre les aléas du noble art.     

Deux mondes opposés     

Le boxeur, qui défend les couleurs d’Eye of the Tiger Management, en parle avec admiration.     

«Je ne croyais jamais que je partagerais ma vie avec une plongeuse, a raconté David Lemieux lors d’une généreuse entrevue avec “Le Journal de Montréal“. Ç’a cliqué, simplement.»     

«C’est sûr que nous avons eu besoin d’ajustements dans les premiers temps parce qu’on venait de deux milieux sportifs complètement différents. Moi, je suis dans un sport assez agressif. Son sport, le plongeon, est à l’opposé.»     

Il a d’ailleurs raconté une anecdote à ce sujet.     

«Je voyais Jennifer fraterniser avec d’autres plongeurs et d’autres plongeuses. Je lui disais: “Qu’est-ce que tu fais là à développer une amitié avec une fille qui est ton adversaire sur le tremplin?”»     

Dans le monde de Lemieux, l’amitié et le respect s’acquièrent à coups de poing sur la margoulette. Le boxeur veut toujours faire mal à celui qui est en face de lui.     

Il arrive parfois que deux boxeurs développent une relation d’amitié après une guerre de 10 ou 12 rounds. Toutefois, ce n’est pas la norme dans ce domaine où l’intimidation et la domination jouent encore un rôle important.     

«Au fil du temps, Jennifer et moi avons réussi à nous rejoindre quelque part. Avec Jennifer dans ma vie, ça devenait vraiment facile de me concentrer sur ma mission qui est d’aller dans les plus hautes sphères de la boxe.»     

«Peu importe, si j’ai des entrevues, des entraînements ou des combats, elle comprend toutes les facettes de mon métier. Jennifer est capable de tout assimiler ce que je lui dis. C’est une personne très solide.»     

On a vu l’olympienne à maintes reprises dans l’entourage de Lemieux avant l’un de ses combats. Elle est discrète. Elle ne gaspille pas de salive à moins qu’on le lui demande.     

Souvent, seule sa présence suffit pour que son homme se sente appuyé.     

Le retour du balancier     

À la fin de mars, le report des Jeux de Tokyo a été annoncé. Ce fut au tour de Jennifer d’avoir besoin du soutien de son conjoint.     

«Les 48 premières heures ont été difficiles, a mentionné Jennifer Abel, qui allait prendre part à ses quatrièmes Jeux olympiques. Lorsque tu es à quelques mois des Jeux et que tu te fais dire que ça ne va pas arriver, c’est dur à encaisser.»     

«On était dans une situation où il y avait un nuage noir. On ne savait pas si Équipe Canada allait annuler notre participation ou s’il y aurait un report des Jeux.»     

On peut très bien comprendre sa déception. Abel avait obtenu d’excellents résultats depuis le début de sa saison de compétitions tant au plan individuel qu’en duo. Elle était sur une lancée qui l’aurait peut-être menée à une ou deux médailles olympiques.     

Elle n’a pas eu à chercher bien loin pour du réconfort. Même s’il n’a jamais participé aux Jeux olympiques, Lemieux connaissait bien les sentiments qui habitaient sa blonde.     

«Je suis chanceuse d’être avec David. Il a été capable de comprendre ce que je vivais. Plusieurs personnes disent que c’est seulement un an, mais ce n’est pas seulement un an. C’est beaucoup (de sacrifices).»     

«David a tout de suite compris les implications avant même que je lui parle et il m’a écoutée. J’ai eu un grand sentiment de soulagement lorsqu’il m’a dit: “Ce n’est pas grave. On va y aller un jour à la fois. C’est seulement partie remise. L’année prochaine, ça va être ton année.”»     

Lemieux parle de son rôle avec humilité.     

« Je n’ai pas eu à jouer au psychologue avec elle, a-t-il indiqué. Elle est très forte. Jennifer est capable de se motiver par elle-même.     

«Sa déception n’a pas été très longue à digérer. Elle connaît la date des prochains Jeux olympiques et elle est déjà concentrée là-dessus. Elle est impressionnante à voir aller au quotidien.»     

Le boxeur devait faire le voyage au Japon pour encourager sa plongeuse préférée. Il a déjà reporté toutes ses réservations à 2021. Pas question pour lui de rater la chance de voir sa douce remporter une médaille olympique.     

Du temps de qualité     

Lemieux et Abel, c’est plus qu’un couple de deux athlètes. Ils s’occupent également des deux enfants du boxeur, Lilyanna et Léon.     

«On a vraiment une vie familiale ensemble, d’affirmer Abel. Oui, on a nos sports.»     

«Mais on a aussi Lilyanna et Léon, son fils qui habite en Russie et qui passe ses étés avec nous. On n’est pas seulement deux athlètes qui se rejoignent le soir après leurs entraînements et qui retournent à leur routine le lendemain matin.»     

Le confinement des dernières semaines en raison de la COVID-19 leur a permis de resserrer les liens entre eux.     

«En temps normal, on est dans nos entraînements et Lily va à l’école. On est dans un mode accéléré. Là, pendant la pause, on en profite davantage pour passer des moments avec elle. On fait du vélo et elle participe à nos entraînements. On fait aussi ses devoirs.»     

Une belle-mère fière     

Lorsque Jennifer Abel parle de sa belle-fille, sa voix est empreinte de fierté. C’est la plongeuse qui s’occupe des devoirs de la petite.     

«Lorsqu’elle a commencé l’école, Lily parlait déjà trois langues. À la maison, on parle le français avec elle. C’est une petite fille allumée.     

«J’aime la voir se développer et ça m’aide à retourner à la base. Lorsqu’elle obtient de bonnes notes à l’école, je suis fière de me dire qu’on a réussi ça ensemble. C’est comme de gagner une médaille d’or. L’une des plus belles.»     

Les cheveux, le test ultime     

Les proches de Lemieux savent à quel point il est très pointilleux avec ses coupes de cheveux. C’est presque maladif.     

Étant donné que les salons de coiffure sont fermés en raison de la pandémie, le pugiliste a dû passer au plan B.     

C’est Jennifer qui s’est occupée de cette tâche. À l’instar d’un de ses plongeons parfaits, elle n’a pas fait beaucoup d’éclaboussures.     

«Je ne pensais jamais qu’une autre personne que ma coiffeuse me couperait les cheveux, a raconté Lemieux. Jen a passé le test haut la main.     

«Depuis qu’elle est avec moi, elle a réussi tous les tests. Il y a une expression qui dit qu’il y a une femme forte derrière un homme. Je crois qu’on peut dire cela de notre couple.»     

Un repos bénéfique     

David Lemieux et Jennifer Abel pratiquent des sports exigeants. Durant le confinement en raison de la pandémie de la COVID-19, ils continuent de s’entraîner, mais ils en profitent pour donner du répit à leurs corps.     

Lemieux a subi plusieurs blessures, notamment aux mains, au cours des dernières années. D’ailleurs, il en a subi une avant son combat contre Max Bursak, en décembre dernier.     

«Une pause ne peut pas nuire à mes mains, a expliqué l’auteur de 34 knock-out en carrière. Je fais du shadow avec des poids, mais il n’y a aucun impact. Ça fait une différence.     

«Je peux guérir les petites blessures et les petites déchirures à l’intérieur. Par contre, lorsque je vais recommencer à frapper dans des sacs, je vais devoir reformer la corne sur mes jointures. C’est un couteau à deux tranchants, mais c’est mieux comme ça.»     

Routine nécessaire     

Avec une athlète olympique comme blonde, il ne peut pas tomber dans la procrastination.     

«Jennifer et moi sommes dans la même ligne de pensée. On garde la routine du mieux qu’on peut. On s’entraîne une à deux fois par jour.     

«Je suis bien équipé à la maison, et tout ce qui me manque, c’est un sac de sable et un entraîneur. L’important est de me garder en forme pour être prêt lorsque le feu va être vert. Je veux être prêt à foncer.»     

Lemieux tente de garder un poids idéal en mangeant de bonnes choses avec des portions raisonnables préparées par Jennifer.     

Effets après un mois     

Abel était un peu déstabilisée au début du confinement. Elle n’a jamais été loin de la piscine durant une aussi longue période.     

«Même en vacances, on trouvait un gymnase ou une piscine pour se garder en forme, a-t-elle mentionné. Je me sens mieux que je l’étais avant cette pause.     

«C’est plaisant de m’entraîner avec David. On s’encourage.»     

Bien sûr, ses entraînements à la maison n’ont pas la même intensité qu’à la piscine. D’ailleurs, elle en ressent des effets bénéfiques.     

«Ça m’a pris une ou deux semaines avant de voir un impact sur mon corps. Par contre, ce fut vraiment plus difficile la semaine dernière.     

«Je me suis rendu compte que mon corps avait vraiment besoin de repos.»     

Avant le confinement, elle peaufinait les derniers détails de ses plongeons en prévision des Jeux de Tokyo.     

«Je trouvais ça vraiment difficile de donner le petit extra nécessaire. Tout devait être parfait. Cette pause va me permettre de tout rééquilibrer dans ma tête.»