Crédit : Martin Chevalier / JdeM

LNH

Le potentiel vol du repêchage 2020

Publié | Mis à jour

Quand on mentionne le nom de William Villeneuve, on perçoit immédiatement au bout du fil l’enthousiasme débordant du président et directeur général des Sea Dogs de Saint-Jean, Trevor Georgie.              

«Je ne suis pas un recruteur de la LNH, et il y a beaucoup de gens intelligents dans le milieu, mais, à mon sens, il est sous-estimé. Quand on y pense, c’est incroyable qu’on puisse qualifier de sous-estimé le défenseur le plus productif de la LHJMQ cette saison», s’emballe le fringant dirigeant de 32 ans, qui voit chez son poulain un potentiel énorme.                      

Lorsque Villeneuve a jeté un coup d’œil au classement final publié par la Centrale de recrutement de la LNH, il a dû accéder à la deuxième page de la liste nord-américaine et descendre jusqu’au 99e rang pour tomber sur son nom.               

On parle ici d’un candidat au titre de défenseur de l’année dans la LHJMQ. Et d’un jeune homme qui, à 17 ans, a dominé tous les joueurs du circuit à sa position avec 58 points.                

«Je m’y attendais un peu, sincèrement, réagit le jeune homme lors d’un entretien avec le TVASports.ca. Ça fait depuis le début de l’année que la Centrale ne me met pas super haut. C’est une petite surprise, mais je m’y attendais quand même. Je ne m’en fais pas trop avec les différents classements. Ça me pousse à travailler encore plus fort.»               

C’est un peu l’histoire de la saison de Villeneuve, qui n’a pas même reçu une invitation au match des meilleurs espoirs en janvier. Pourquoi semble-t-il passer sous le radar? Le mystère est tout aussi entier pour le principal intéressé.               

«Honnêtement, c’est une bonne question, concède-t-il. Je pensais en avoir fait assez pour mériter cette invitation-là. Je suis revenu fort cette saison après une deuxième moitié de campagne difficile l’an passé.»              

«Je n’ai pas vraiment de réponse à ça. Les gens ont différentes opinions à mon sujet. Certains m’aiment, d’autres ne m’aiment pas...»               

Un potentiel effleuré              

Lorsque le TVASports.ca a sondé les recruteurs de la LNH pour établir son top 10 des espoirs québécois de la cuvée, on reprochait au longiligne athlète (6 pi 1 po, 175 lb) une chose en particulier : son manque de maturité physique, qui se répercute sur plusieurs aspects de son jeu, que ce soit son explosion sur patins qui laisse à désirer ou ses ennuis lors des batailles à un contre un.               

Une critique raisonnable. Mais il faut comprendre qu’un facteur non négligeable a retardé le développement physique de Villeneuve. En revenant du temps des fêtes la saison dernière, il a souffert d’une mononucléose. Tout ça alors qu’à 16 ans, il jouait au sein de la première paire contre les meilleurs éléments adverses, avec comme partenaire une recrue de 21 ans, Michael Campoli. Il composait aussi avec la pression d'avoir été choisi au deuxième rang du repêchage de la LHJMQ, derrière Hendrix Lapierre.             

«Au début, il croyait qu’il était simplement fatigué, raconte Georgie. C’est fou. Considérez le temps que ça prend, récupérer d’une mononucléose. Combien de temps après une mono peux-tu vraiment retrouver ta meilleure forme et ajouter du muscle à ta charpente? Physiquement, c’était une période de 12 mois difficile pour Will. Je crois qu’il ne fait qu’effleurer son potentiel. Tu commences tout juste à voir ce qu’il est en mesure de faire.»               

«Cet été, il pourra prendre du muscle sans être ralenti par quelque chose comme la mononucléose. Je crois que tu verras une amélioration encore plus substantielle de sa part l’an prochain», prédit-il.               

«C’est l’été le plus important de ma vie, reconnaît quant à lui le principal intéressé. C'est essentiel d'ajouter un peu de poids à cette grande charpente-là. Si je deviens plus fort, mon explosion sera bien meilleure. Je serai aussi plus rapide dans mes batailles à un contre un devant le filet. Ce sera plus facile pour moi de tasser les gars.»            

En dépit des lacunes sur lesquelles il devra travailler, Villeneuve sait pertinemment ce qu’il apporte à un club de la LNH. D’ailleurs, il n’est pas question pour lui de changer complètement son jeu simplement car il n’est pas un joueur parfait.               

«Je suis un gagnant. J’ai gagné depuis que je suis jeune. Je dois aussi rester moi-même. La "game" que j’ai jouée depuis que je suis jeune m’a amené où j’en suis aujourd’hui», affirme le droitier, dont la principale source d'inspiration dans la LNH est Alex Pietrangelo, des Blues de St. Louis.           

«William prend ça très à cœur, indique son directeur général. Les défaites, il les prend de façon très personnelle. Certaines personnes mettront le blâme sur 10 différentes choses quand elles perdent. William porte le fardeau de la défaite comme si c’était lui qui avait perdu pour tout le monde. Il a des qualités de leader.»               

Le CH cache-t-il son jeu?   

Les Canadiens de Montréal possèdent trois choix de deuxième tour en prévision du prochain repêchage. Villeneuve risque d’être au nombre des options s’offrant au grand chef du recrutement amateur de l’organisation, Trevor Timmins.              

Toutefois, il est toujours difficile, voire impossible, de deviner les intentions d’une équipe comme le CH.               

«Je n’ai pas senti un intérêt particulier. J’ai eu une petite entrevue avec un de leurs recruteurs, Donald Audette», raconte Villeneuve.              

Comme tout québécois, le Sherbrookois ne cache pas qu’il serait spécial pour lui d’être choisi par la formation montréalaise. Imaginez un scénario dans lequel le CH jetait aussi son dévolu sur son très bon ami et coéquipier chez les Sea Dogs, Jérémie Poirier...           

Bien entendu, Villeneuve se donnera corps et âme pour n’importe quelle équipe qui lui accordera sa confiance.              

«Le CH est l'équipe de mon enfance, donc c'est un rêve. C’est sûr que ce serait spécial. Mais lorsque tu arrives à un tel niveau, ce qui importe, c’est juste d’être sélectionné par une équipe qui va croire en toi. Au bout du compte, le repêchage, c’est juste un numéro. C’est le travail après qui compte», mentionne sagement le défenseur.