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Un but pour son père sur son seul tir dans la LNH

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Combien de Québécois peuvent se targuer d’avoir un jour disputé un match dans la Ligue nationale de hockey? Bien peu! Et combien, parmi ceux qui l’ont fait, ont marqué dès leur première joute? Encore moins!      

C’est pourtant ce qu’est parvenu à accomplir le Valdorien Samuel Henley. Sauf que dans le cas de cet imposant ailier gauche, son premier match dans la LNH, malgré un but qu’il n’oubliera jamais, aura aussi été son dernier.             

Voici le touchant récit d’un jeune homme ayant réussi à atteindre son rêve malgré d’inimaginables embûches.      

Une carrière junior en montagnes russes      

Samuel Henley entame son parcours junior dans la Ligue de hockey junior majeur du Québec (LHJMQ) lors de la saison 2009-2010 avec les MAINEiacs de Lewiston. Il est alors âgé de 16 ans.       

À la base, pour un adolescent, quitter le nid familial si jeune pour se rendre aux États-Unis constitue en soi un gros défi sur le plan personnel. Mais Samuel, en jeune homme mature, n’est pas impressionné et fonce dans cette aventure sans regarder derrière.       

Mais survient alors une terrible nouvelle. Quelques semaines après s’être installé à Lewiston, Henley apprend que son père est atteint d’un cancer.       

Après consultation auprès des membres de sa famille, le patineur choisit de poursuivre sa saison et de demeurer avec son équipe.       

Sur la glace, Henley, qui se qualifie lui-même de joueur à caractère défensif, se montre plutôt timide sur le plan offensif lors de sa première saison. Il amasse 13 points à sa première campagne, mais améliore toutefois sa récolte à 31 lors de sa deuxième, qui constitue également son année de repêchage.       

Malheureusement, et à son grand étonnement, il est ignoré par toutes les formations de la LNH.       

«Pour être honnête, en milieu de saison, j’avais rencontré plusieurs recruteurs. Je m’attendais à 90% à être repêché. Presque toutes les équipes avaient voulu me rencontrer, alors je me suis dit que ça allait fonctionner avec l’une d’entre elles. Ça avait surtout cliqué avec les Capitals de Washington.       

«J’avais connu une saison moyenne en attaque, mais les équipes savaient que j’étais un joueur qui pouvait être très efficace dans ma zone, alors j’y ai vraiment cru jusqu’à la fin de la campagne. C’est lors d’une rencontre en fin de saison que mon entraîneur, qui était Jean-François Houle, m’a dit de ne pas me faire trop d’attentes.       

«Quand le repêchage s’est terminé et que j’ai vu que je n’avais pas été sélectionné, ça m’a rentré dedans. J’ai alors vécu ma première vraie déception sportive.»      

Un nouveau souffle      

La carrière junior de Samuel prend toutefois un nouveau tournant après ce difficile moment.       

Au terme de la saison 2010-2011, la formation des MAINEiacs est dissoute. Les Foreurs de Val-d’Or en profitent alors pour rapatrier le patineur de 17 ans à la maison. Pendant ses deux premières saisons en Abitibi, il partage la glace avec son frère aîné, Cédrick, alors capitaine de l’équipe.       

Samuel Henley
Crédit photo : Agence QMI

Tout semble alors aller pour le mieux, surtout qu’il apprend, à 19 ans, que son père est complètement guéri du cancer qu’il combattait depuis trois ans.       

Puis à l’aube de sa troisième campagne chez les Foreurs, sa dernière dans la LHJMQ, Samuel est nommé capitaine de l’équipe, succédant ainsi à son frère, dont la carrière junior est terminée.       

Jumelé à Anthony Mantha sur le premier trio de l’équipe, l’attaquant explose lors de cette campagne. Il marque 30 buts, amasse 39 aides et récolte 69 points en seulement 51 matchs.       

Et ses performances sur la glace ne passent pas inaperçues... En pleines séries éliminatoires, Samuel se repose à l’hôtel lorsqu’il reçoit un appel de son agent.      

«Il m’apprend que l’Avalanche du Colorado me soumet une offre! Quelques jours plus tard, j’ai reçu le contrat par courriel. Disons que ça donne une solide montée d’adrénaline!»      

Surtout qu’Henley, il est le premier à le reconnaître, n’envisageait pas vraiment de jouer au hockey professionnel après sa carrière junior.       

«Mes années junior passaient et honnêtement, je m’enlignais beaucoup plus vers les études. Surtout que je n’avais pas été repêché. J’avais déjà commencé à regarder pour m’aligner au sein d’une équipe universitaire.»      

L’équipe remporte finalement la coupe du Président cette année-là. Elle participe aussi au prestigieux tournoi de la coupe Memorial. Samuel vit tout ça avec le plus jeune de ses deux frères, David, devenu entre-temps un (autre) membre des Foreurs en début de saison!      

Crédit photo : Agence QMI

«Mes trois années à Val-d’Or ont été vraiment spéciales», avoue Henley.       

«Je jouais chez moi près de ma famille et mes amis. Mes deux parents ont toujours été de grands partisans des Foreurs. J’étais un partisan des Foreurs plus jeune. Alors d’avoir vécu tout ça comme amateur, puis comme joueur et capitaine, ç’a vraiment été spécial. Avoir la chance de jouer avec mes deux frères a aussi été très particulier. Ce sont des moments que je n’oublierai pas.»       

Un autre coup dur      

Mais alors que tout n’est que positif pour Samuel et les siens, la vie assène à nouveau un dur coup au patineur. Son père, apprend-il, doit se battre contre un nouveau cancer.       

Henley vient cependant tout juste de signer son premier contrat professionnel et doit quitter vers Lake Erie, où l’attend sa première saison dans la Ligue américaine...      

«C’est carrément un autre monde»      

Arrive donc la saison 2014-2015.      

Les premiers pas de Samuel dans l’AHL sont tumultueux. Il avoue, de façon tout à fait transparente, avoir été surpris du niveau de jeu.       

«Tu arrives là et c’est carrément un autre monde! J’ai vécu un gros choc. Le calibre de jeu était de loin supérieur à celui dans le junior et j’ai alors compris que j’allais devoir travailler fort pour obtenir ma chance dans la LNH.»      

Henley complète sa première saison chez les pros avec 10 points en 54 matchs. Le club-école de l’Avalanche devient ensuite le Rampage de San Antonio et Samuel déménage donc là-bas.       

Mais le déménagement n’offre pas d’électrochoc au patineur. La saison suivante n’est pas non plus à la hauteur de ses attentes.       

Il amasse finalement 15 points lors de cette campagne.      

«Je n’avais pas énormément de temps de glace. Je ne m’en plains pas, car j’étais davantage un joueur défensif, mais c’était difficile de démontrer ce que je savais faire. Je ne considère pas avoir connu de grosses saisons dans la Ligue américaine.»       

Henley détaille ensuite son passage dans l’AHL. Un circuit, décrit-il, comme étant extrêmement compétitif.       

«Les gars sont tellement plus forts que dans le junior. Tout le monde veut avoir sa chance dans la LNH. Le gars assis à tes côtés dans le vestiaire veut aussi monter. Alors ça crée une ambiance plutôt étrange dans le vestiaire. C’est un climat où les gars sont peut-être plus individuels.»       

Un cadeau inespéré       

Henley entame sa troisième saison au sein du club-école de l’Avalanche.       

Après 19 matchs, il totalise quatre points. Mais le 31 novembre 2016, alors qu’il se trouve à son appartement de San Antonio, l’attaquant reçoit un renversant coup de fil.       

«Mon entraîneur dans l’AHL, Éric Veilleux, m’appelle. Il me dit que je viens d’être rappelé par l’Avalanche. Je suis autant excité que complètement déstabilisé. Je n’ai cependant pas trop eu le temps de célébrer, car j’ai reçu l’appel d’Éric à midi et je devais prendre l’avion à 16h.       

«Je devais aussi appeler ma famille, parce que le match était le lendemain. Alors si je voulais avoir des proches à l’aréna, je devais faire vite. Le stress a vraiment commencé à embarquer dans l’avion. Je me suis ensuite dirigé à l’hôtel de l’équipe...»      

Le jour «J»      

Puis vient le 1er décembre, jour de la partie. Laissons Samuel nous décrire comment il a vécu son expérience, en commençant par l’avant-match.       

«J’arrive au Pepsi Center (Colorado), et je suis habituellement quelqu’un de très calme. Sauf que là, c’est différent. Tu arrives dans le vestiaire du grand club devant Jarome Iginla, François Beauchemin et Nathan MaCKinnon. Ces gars-là imposent le respect.       

Crédit photo : Photo d'archives, Martin Chevalier

«Avant le match, l’entraîneur Jared Bednar m’a rencontré. Il m’a dit qu’il m’avait rappelé pour me récompenser parce que je travaillais toujours très fort.»      

Le match débute. L’Avalanche tire de l’arrière 2-1 en fin de 2e période contre les Blue Jackets. Henley ne joue pas beaucoup. Mais soudain, Bednar lui tape sur l’épaule. Il saute sur la glace. Puis survient un moment que le jeune homme n’oubliera jamais :       

Son tir trompe Bobrovsky et crée l’égalité!       

«Ce n’était pas le plus beau but!», se rappelle Henley en riant.       

«Au premier entracte, l’entraîneur nous avait dit de lancer au filet. Alors j’ai simplement dirigé une rondelle vers la cage des Jackets... et j’ai surpris le gardien!»      

Dans les gradins, sa mère, sa conjointe, ses deux meilleurs amis et ses frères sont fous de joie.      

Crédit photo : LNH.com

 Son père, dont l’état de santé s’est détérioré avec les années, ne peut y être, mais ne manque cependant rien de l’action. Il écoute le match à la télévision. Et le descripteur du match lui fait le plus beau cadeau.       

«Après mon but, je ne sais pas comment le descripteur a su que mon père n’avait pu être présent, mais il a dit : "Hey Rock, ton fils vient de marquer!". Mon père était vraiment heureux. Ça lui a tellement fait plaisir...»      

Henley complète le match avec 5 :18 de temps de glace, un tir et... Un but!       

Il flotte sur un nuage.       

«Après le match, les gars sont venus me féliciter. J’ai même pris quelques photos avec eux. Tout le monde était content.»      

Après la joie...       

Sauf que l’euphorie ne dure pas tellement longtemps. Alors qu’il était sur le point de regagner son hôtel du Colorado, il reçoit un appel de Jared Bednar, qui lui apprend qu’il est cédé dans la Ligue américaine.       

«Bien sûr, je savais qu’un but n’allait pas confirmer ma place éternellement. Je croyais cependant que j’en avais fait assez pour mériter quelques matchs de plus. J’étais déçu.      

«L’entraîneur m’a cependant félicité et m’a demandé de profiter du moment. Il m’a clairement indiqué que je venais d’accomplir quelque chose de gros. Il m’a dit qu’il allait essayer de me rappeler plus tard. Je me suis ensuite rappelé que beaucoup de joueurs méritaient aussi un rappel dans la LNH. Alors j’ai simplement essayé de passer un beau moment par la suite.»      

Un retour ardu      

De retour dans la Ligue américaine, les choses ne se passent toutefois pas très bien.       

Henley dispute quelques matchs, puis se blesse au pouce et doit être opéré.       

La saison se termine, puis l’ailier gauche prend alors une décision radicale : il met un terme à sa carrière d’hockeyeur.       

«Cet été-là, j’avais reçu des offres de la Ligue américaine seulement. Ayant vu plusieurs joueurs avec des contrats de l’AHL, je n’avais pas envie de devoir déménager comme eux. Je recherchais une stabilité. Et je voulais aussi me rapprocher de mon père...»      

Et aujourd’hui?       

Aujourd’hui, Samuel Henley mène une vie rangée. Il est rentré chez lui à Val-d’Or, et demeure avec sa conjointe et leur petit garçon de trois mois. Il travaille pour la mine LaRonde, une mine de très grande envergure au Québec. Il complète aussi des études en Santé et sécurité.      

«Je me suis vraiment découvert une passion pour les mines! Je ne sais pas si c’est parce que j’étais tanné du hockey d’une certaine façon, mais on a vraiment du plaisir. Il y a une belle ambiance. C’est un peu comme dans un vestiaire de hockey!»      

Même s’il est heureux dans sa nouvelle vie, Henley avoue qu’il se pose parfois certaines questions.       

«Je me demande souvent ce qui serait arrivé si j’avais continué.       

«Mais pour être honnête, certains joueurs sont beaucoup plus passionnés que moi. Ce que j’aimais du hockey, c’était surtout l’entraînement et l’ambiance dans le vestiaire. Mais je suis très heureux avec ma famille actuellement.»      

Raconte-t-il souvent son histoire?       

«Non, j’essaie de rester humble. J’ai été chanceux à plusieurs reprises dans ma carrière. Il y a des joueurs qui auraient mérité d’avoir les opportunités que j’ai eues, comme mes deux frères, d’ailleurs. Je vais garder mon histoire pour mes enfants quand ils seront plus grands!»      

À la mémoire de Rock Henley       

Rock Henley, le père de Samuel, est finalement décédé le 23 janvier 2019 des suites d’un cancer du côlon.       

«Avec du recul, je me rends compte que j’ai vécu tout ce qui entoure la maladie de mon père de l’extérieur. J’ai toujours habité assez loin de Val-d’Or après 2014. Parfois, je me dis que je n’ai pas été assez près de lui. Je me console en me disant qu’il adorait me voir jouer, et il l’a toujours fait.»      

Samuel peut aussi se consoler en se rappelant qu’il a fait vivre un inoubliable moment à son paternel, un certain 1er décembre 2016...