Canadiens de Montréal

Carey Price: la situation devient intenable

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Lors des deux dernières années, Carey Price a dû composer avec la réalité suivante : s’il ne va pas chercher les victoires pour les Canadiens de Montréal, il n’y a aucun autre gardien (ou presque) qui risque de le faire.          

Car depuis 2018-2019, le Tricolore a vu ses auxiliaires remporter 13 matchs. Durant cette même période, les Bruins de Boston ont obtenu 40 victoires de la part d'un gardien autre que Tuukka Rask.                   

Selon l’ancien gardien Patrick Lalime, qui compte 444 matchs d’expérience dans la Ligue nationale de hockey, la situation devient intenable, tant pour Price que pour l’équipe.          

«J’ai l’impression que c’est lui qui transporte tout sur ses épaules. Ça ne peut pas fonctionner comme ça...», constate-t-il.         

«Un auxiliaire, c’est une des plus grandes priorités pour le CH.»         

Price a 32 ans. Il a subi des blessures importantes et, avec son contrat de 10,5 millions $ par année valide jusqu’en 2026, le CH est condamné à vivre ou mourir avec lui. Or, la position de gardien de but en demande plus que jamais au corps humain depuis l’arrivée du style papillon puis celle de la technique «verticale-horizontale renversée» (reverse VH), qui inflige une pression presque insoutenable à l'une des hanches.      

«Les gardiens sont à genoux, appuyés contre le poteau, explique Lalime. C’est incroyable la pression dans ta hanche, c’est une problématique, c’est sûr et certain.»          

Le corps de Lalime n’a d’ailleurs pas été épargné au cours de sa carrière. Celui qui est maintenant analyste à TVA Sports a subi des opérations à un genou, au dos et aux deux hanches. Ajoutez à cela une hernie sportive et une blessure à une épaule. Les choses ont escaladé lorsque Scott Hartnell est entré en collision avec lui en 2005-2006.          

«J’ai été magané physiquement. Quand Hartnell est tombé sur mon genou, ça a parti : le dos, les hanches... On dirait que tout a lâché», raconte-t-il.         

Jean-Sébastien Giguère est tout aussi bien placé pour en parler. Son corps ressent encore aujourd’hui les contrecoups de 597 matchs dans la LNH.          

«Le point de rupture pour moi a été à Toronto. Je me suis blessé 4 ou 5 fois dans l’année. Tout allait vraiment mal pour moi. Je me sentais bien mentalement quand je revenais au jeu, mais mon corps ne suivait plus. J’en subis encore les conséquences. Cette semaine j’avais de la misère à marcher...», confie celui qui a remporté une coupe Stanley avec les Mighty Ducks d’Anaheim.          

Un fardeau psychologique   

Si le fameux point de rupture devait arriver bientôt dans le cas de Price, la situation serait catastrophique pour le Tricolore. Mais, selon Lalime, il ne faut pas s’inquiéter pour autant d’une blessure qui provoquerait la fin préméditée de sa carrière, car celles-ci sont peu fréquentes chez les gardiens de but.          

Lorsqu’il n’est pas question d’une commotion cérébrale, presque tout peut être réparé de nos jours; la procédure est claire et on dispose d’assez de données.      

Ensuite, chaque athlète est différent : Nikolai Khabibulin, se rappelle Lalime, ne prenait pas une journée de congé et son corps tenait le coup. Chez les Rangers de New York, Henrik Lundqvist est demeuré très efficace jusqu’à la fin de sa trentaine. Par ailleurs, l’Association des joueurs est d’une grande aide lorsque vient le temps de référer le bon docteur.        

L’usure joue bel et bien un facteur, et Lalime peut lui-même en témoigner, mais l’ancien des Sénateurs d’Ottawa est davantage préoccupé par le fardeau psychologique que doit porter Price en étant soir après soir le seul gardien pouvant gagner un match pour son équipe.          

Par conséquent, Price joue tellement de rencontres qu’il dispose de moins de temps au cours de la saison pour parfaire sa technique lors des entraînements, car ceux-ci sont encore plus éreintants pour un gardien de but.          

«Ce qui est super exigeant, souvent, ce sont les entraînements, observe Lalime. C’est là que tu vas recevoir de 400 à 500 lancers. Dans les matchs, tu vas avoir peut-être 30 lancers et 100 situations devant le filet. Dans les entraînements, tu peux compter 100 situations après les deux premiers exercices.»          

«Ça prend toujours un mélange des deux, ajoute-t-il. Tu as besoin des entraînements pour avoir des répétitions. Si Price a une petite pause physique ou mentale, je pense que ça va être un avantage.»          

Jean-Sébastien Giguère abonde dans le même sens : Price pourrait bénéficier du fait de s’entraîner davantage. Mais il veut en finir une fois pour toutes avec une pratique qu’il juge désuète, les séances matinales précédant les matchs en soirée. En ce qui le concerne, Price ne devrait prendre part à aucune d’elles.          

«Ce n’est plus à jour, affirme-t-il. Les gars n’ont plus besoin de ça. Carey pourrait peut-être s’entraîner un peu plus et avoir moins de journées de congé. Mais les entraînements matinaux, c’est quelque chose de complètement dépassé. Quand tu y penses, ça fait juste t’enlever de l’énergie pour le match.»         

«Dans les années 80, les entraîneurs voulaient éviter que les gars sortent la veille d’une rencontre, mais ça n’a plus sa place. Les gars ne sortent plus autant.»         

Les solutions   

Dans la LNH, la tendance est de plus en plus aux comités avec les gardiens. Les Bruins sont l’exemple à suivre, eux qui sont parvenus à donner moins de 50 départs à Rask en 2018-2019.          

«Rask est super content de la situation, lui, mentionne Lalime. L’an passé en séries éliminatoires, j’essayais de lui trouver des mauvais matchs... Il y a peut-être eu le septième match contre les Blues de St. Louis, mais sinon, il était "sharp". Il était prêt.»          

Giguère et Lalime font également remarquer qu’en séries, les bobos et l’usure deviennent moins importants, car le gardien entre dans un état de transe et plus rien ne semble le perturber.         

«On dirait que tu deviens beaucoup moins fatigué quand tu entres dans ta zone. La rondelle te touche, tu te sens en confiance», fait valoir Giguère.         

«Le mental passe à un autre niveau, indique Lalime. Pour Price et le CH, le problème est davantage de se rendre en séries. Si un auxiliaire peut fournir seulement 10 victoires et amener le Canadien en séries, attache ta tuque. Quand tu as un bon gardien, tout peut arriver.»         

À qui pourrait-on confier une trentaine de matchs la saison prochaine pour soulager Price? Il y aura quelques options sur le marché des joueurs autonomes cet été.          

D’abord, Corey Crawford risque de rester avec les Blackhawks de Chicago et Robin Lehner voudra sans doute un poste de partant. Jaroslav Halak? Ça semble plutôt utopique pour les raisons que l’on connaît.         

Parmi les candidats plus logiques, on retrouve Anton Khudobin, Cam Talbot, Thomas Greiss et Brian Elliott (s’il peut rester en santé).          

«Talbot est un vétéran qui a eu une bonne saison à Calgary, et j’ai entendu dire que c’est un travaillant, mentionne d’ailleurs Lalime. C’est un élément important pour un auxiliaire, c’est bon d’avoir un gars qui est sur la glace, qui se donne et qui est dédié à la tâche. Un gars qui est prêt et en forme quand on fait appel à lui.»          

Même Jimmy Howard, 36 ans et limité à deux victoires avec les moribonds Red Wings de Detroit cette saison, pourrait, qui sait, apporter un bagage intéressant, selon Lalime.          

«Tu amènerais un gardien de but qui connaît la "game", qui a du vécu et qui connaît son rôle.»          

Mais le CH se sortirait-il du trouble comme par magie en embauchant seulement un bon gardien auxiliaire? Pas si vite.         

«Ça va prendre une défense solide, il y a beaucoup de ratés de ce côté-là à Montréal. Ça va prendre plus qu’un autre gardien de but», estime Giguère.