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Crédit : Eric Bolte/Agence QMI

Canadiens de Montréal

Étonnantes révélations de Hal Gill sur P.K. Subban

Étonnantes révélations de Hal Gill sur P.K. Subban

Louis Jean

Publié 15 avril
Mis à jour 15 avril

Il y a 10 ans, la fièvre du hockey débutait à Montréal alors que les Canadiens de Montréal se préparaient à surprendre la planète hockey. C’était une année extrêmement imprévisible. 

Les Canadiens traversaient une période de transition. Saku Koivu avait quitté pour Anaheim. Brian Gionta, Scott Gomez, Michael Cammalleri, Travis Moen, Hal Gill et Jaroslav Spacek s’étaient tous joints au CH.  

Gill était un joueur sous-estimé puisqu'il a été très important pour cette relance. Il n’a passé que trois saisons à Montréal, mais il retient des souvenirs impérissables de son temps dans la Belle Province. Je me suis entretenu avec l’ancien défenseur devenu analyste des matchs des Predators de Nashville. 

1- Que te souviens-tu de ton arrivée à Montréal dans cette période de changement?  

«Je me souviens du camp d’entraînement puisque nous étions plusieurs qui arrivaient d’ailleurs. Lorsque le camp s’était conclu, Bob Gainey, le directeur général de l’époque, avait été questionné à savoir s’il aimait son équipe. Il avait dit qu'il n'avait aucune idée puisqu'il ne l'avait pas encore vue! C'était exactement ça. 

«Nous avions beaucoup de personnalités différentes dans le vestiaire et j’ai apprécié l’expérience. C’était unique comme situation. Moi je criais des bêtises à Gomez et lui en criait à Cammy (Cammalleri), c’était un peu fou par moments. Arrivés en séries, on a arrêtés de se chamailler entre nous et tout le monde a trouvé son rôle. Je sais que ça semble cucul, mais on s’est rapprochés comme des frères. Gionta était le leader qui nous tenait ensemble et Josh Gorges était le plus vocal.» 

2- Comment as-tu vécu la controverse Price-Halak? 

«C’était un peu fou. Tout le monde savait que Carey était notre gardien. Il n’y avait aucun débat. Jaroslav était tout simplement en feu. Ce n'est pas facile pour un compétiteur de vivre une telle situation. Il veut jouer, il veut être celui qui va faire la différence. Il aurait pu bouder ou demander une transaction, mais il s’est comporté en leader. S’il avait agi autrement, ç’aurait assurément affecté l’équipe et nos performances. Il s’est plutôt rangé derrière Jaro et l’équipe. Ça en disait long sur le genre d’équipe que nous avions.»  

3- On a souvent dit que tu as joué un rôle de grand frère avec P.K. Subban. Est-ce vrai? 

«C’est drôle, j’ai souvent entendu que j'allais régler son cas. Quand j’étais jeune, je parlais fort, j’étais parfois un peu déplacé. Les Raymond Bourque, Dave Ellett et Ken Baumgartner me remettaient à ma place. Mais le hockey a changé. Je n’ai jamais voulu réprimander P.K., au contraire, on a développé un partenariat. 

«C’était vraiment agréable jouer avec lui. Parfois, il s’emportait un peu dans les médias et il fallait le rappeler à l’ordre. Mais nous parlions beaucoup sur le banc. Je l’appelais parfois après le souper, la veille d’un match, pour lui rappeler l’importance de la rencontre à venir. On développait des stratégies ensemble. J’ai essayé de l’aider et il m’a beaucoup aidé aussi. Il jouait avec tellement de passion. Il voulait tellement faire la différence que ça m’a fait sortir de ma coquille.»  

4- Dans quelle mesure il t’a sorti de ta zone de confort? 

«Il pouvait commencer une guerre de mots avec Alex Ovechkin et soudainement j’embarquais dans son jeu et c’était moi qui disait à Ovi qu’il n’allait rien faire contre nous, qu’on ne lui donnerait pas un pouce. Quand on était en avant, je lui disais de ne pas faire de montées, de jouer simple et de protéger notre avance. 

«Quand on tirait de l’arrière tard dans le match, je lui disais que je m’occupais d’Ovechkin et d'aller chercher un but. J’ai aimé joué avec P.K.. J’ai beaucoup appris de lui. Si j’ai pu l’aider un peu, c’était pour gérer son match.»  

5- Quelle genre d'influence Raymond Bourque a-t-il eu sur toi? 

«Énorme! À mes débuts, il voyait que je n’étais pas prêt. Pour utiliser une comparaison: on était tous les deux dans la même piscine, lui faisait de la nage papillon et moi je nageais comme un petit chien en essayant de survivre! Il a été tellement généreux avec moi. 

Il m’a donné un conseil qui m’a aidé toute m’a carrière... 

«Tout ce que tu fais, fais-le avec plein intensité. Que ce soit une sortie de zone, une mise en échec, une bataille devant le filet, aucune demi-mesure!» 

«Et c’est ce que j’ai appliqué. Il faut dire que Pat Burns était l’instructeur et il me disait que je n’avais pas besoin de faire des jeux, que j'avais juste besoin de sortir la rondelle de la zone! J’ai joué presque trois ans avec Ray. Il m’a permis de mieux comprendre mon rôle. Tous les soirs, on affrontait les meilleurs joueurs adverses. On s’assurait de ne pas se faire marquer contre nous. Mon rôle en repli défensif était simple: accrocher et ralentir les autre joueurs pour ne pas qu’ils puissent frapper Ray. Le hockey a beaucoup changé!» 

6- Tu dois être fier de la carrière que tu as connue? 

«Absolument, surtout que le hockey a tellement changé. J’ai dû énormément m’adapter au fil des ans. Je suis convaincu que tous les changements de règlements étaient pour me sortir de la ligue haha! La réalité est que j’avais tellement peur que quelqu’un prenne ma place que je faisais tout pour rester. Je n’ai jamais été un joueur rapide, mais j’ai trouvé une façon de jouer plus rapidement, si ça peut faire du sens.» 

7- Que retiens-tu de ta conquête de la coupe Stanley? 

«Les amitiés, d’abord et avant tout. Mais aussi que c’est un effort collectif et un long marathon. J’ai joué pour une équipe qui comptait Sidney Crosby et Evgeni Malkin dans ses rangs et pourtant, le héros du match no 7 a été Max Talbot. Nous ne gagnons pas le match no 6 sans Rob Scuderi. Marc-André Fleury avait été sublime. Jordan Staal avait connu une finale du tonnerre. Les joueurs de 2009, on est tous sur un groupe pour parler ensemble. On se taquine encore pas mal et on se rappelle des souvenirs de ce moment unique.»  

8- Qu’est-ce qui différenciait Montréal des autres marchés? 

«Premièrement, je me souviens de mon premier match. J’avais harponné la rondelle et la foule avait réagi. Je n’avais jamais vécu pareille situation avant. Tous les moindres gestes sont scrutés à la loupe. Ça veut aussi dire que les engueulades ne passent pas inaperçues. Parfois, Scott (Gomez) et moi avions des échanges animés sur le banc et il fallait répondre aux questions des journalistes qui s’en étaient aperçu. Il fallait toujours être sur nos gardes avec les médias!»  

9- Avec le recul, comment te sens-tu d’avoir joué pour trois équipes originales? 

«C’est une grande fierté. J’ai grandi à Boston. Je connaissais tout au sujet des Big Bad Bruins. C’était le plus grand des honneurs pour un jeune du Massachusetts d’enfiler cet uniforme. Jouer pour les Leafs était surréaliste. Les joueurs sont plus grands que nature à Toronto. C’était un choc culturel. J’avais l’impression que chaque sortie était comme déambuler sur un tapis rouge. 

«Et quand je me suis amené à Montréal, mes amis de Boston m’ont dit que j’avais l’air d’une grosse canne de Noël en rouge! Mais à Montréal, il n’y a qu’une seule chose qui compte: le hockey. Ça fait partie de la société, c’est une religion et l’ambiance au Centre Bell, même pour un mardi soir contre Columbus, est unique.»