Sergei Mylnikov

Crédit : Le Journal de Quebec

LNH

Nordiques: le fond du baril

Publié | Mis à jour

Il y a 30 ans, les Nordiques concluaient une saison historiquement mauvaise de 31 points. 

Au printemps 1990, le pire calvaire dans l’histoire des Nordiques prenait fin avec une misérable campagne de 31 points. Deux autres saisons loin des séries allaient suivre avant la fin de la grande noirceur, mais en 1989-90, c’était le bas-fond de l’abysse, le plus creux du gouffre, le fond du baril. Trente ans plus tard, les acteurs de ce triste épisode peinent encore pour expliquer cette débandade historique.  

La saison 1989-90, c’est le quatrième plus bas total de points dans l’histoire de la Ligue nationale de hockey (LNH) parmi les saisons de 80 matchs ou plus. 

C’est quatre séquences d’au moins huit revers. C’est 49 joueurs, dont plusieurs mécontents contagieux, qui ont endossé le chandail fleurdelisé. C’est le départ des vétérans adulés qu’étaient Peter Stastny et Michel Goulet, échangés contre une maigre pitance. Bref, en un mot, c’est une catastrophe. 

Pourtant, de jeunes joueurs tels Joe Sakic pointaient à l’horizon. Le vétéran Guy Lafleur venait renouer avec les partisans de l’époque des Remparts en or. Derrière le banc, c’était le grand retour de Michel Bergeron, après un exil de deux saisons à New York. Si bien que le slogan «Le meilleur est à venir» avait été adopté par la direction de l’équipe pour galvaniser les partisans. 

«J’avais été congédié par les Rangers, et les Nordiques m’avaient tout de suite contacté pour que je revienne à Québec la saison suivante. Au lieu de dire que j’allais y penser, j’ai commencé à rêver au fait que ce serait donc bien le fun de retourner avec ma gang. 

«Plusieurs me le déconseillaient, dont mon agent Pierre Lacroix. Il m’avait dit que j’avais pris ma décision trop rapidement, mais c’était plus fort que moi», raconte aujourd’hui Bergeron. 

Du rêve au cauchemar 

Le «Tigre» a bien vite déchanté. Dès le camp d’entraînement, il s’est demandé dans quelle galère il venait de s’embarquer. 

«Un soir, je suis rentré à la maison et ma femme trouvait que je n’avais pas le même enthousiasme que d’habitude. Je lui ai dit: "Écoute, je pense que Guy Lafleur sera mon meilleur ailier droit. À New York, il était mon quatrième. Ça te donne une idée?"» se désole-t-il malgré l’immense respect qu’il a toujours voué au légendaire démon blond. 

Bergeron n’a pas eu tort quant à l’évaluation du personnel à sa disposition. Lafleur a été, à 38 ans, son meilleur ailier droit avec 34 points en 39 matchs. À l’exception d’une production exceptionnelle de Joe Sakic (102 points), l’attaque n’a rien fait qui vaille. Défensivement, les Nordiques ont concédé 407 buts, soit une moyenne astronomique de 5,09 par match. 

«On a entrepris cette saison-là comme un vent de fraîcheur, mais le vent a vite tourné. Clairement, on manquait de talent. Tu as vite le sentiment que les gars n’y croient pas, qu’ils creusent chaque soir leur tombe et qu’il n’y a pas moyen de s’en sortir», raconte l’ex-défenseur Steven Finn. 

Une fin indigeste 

Dès le 24 février, les Nordiques étaient mathématiquement éliminés de la course aux séries. Si bien que même les intouchables Goulet et Stastny ont obtenu leur merci en mars, partant respectivement par transaction vers Chicago et le New Jersey. 

«On parlait de deux joueurs grandioses, mais on recevait des offres épouvantables. Ç’a été un désastre cette saison, mais je ne pouvais pas en demander plus. La preuve, c’est que deux ans plus tard, les trois quarts des joueurs de l’équipe n’étaient même plus dans la ligue.» 

Michel Bergeron
Crédit photo : Photo d'archive, Jean-Claude Tremblay

Partisans au rendez-vous 

En dépit de l’ampleur du cataclysme, les partisans ont continué de remplir le Colisée. C’est d’ailleurs un constat qui laisse toujours un goût amer chez Bergeron. 

«Ça m’a fait tellement de peine pour les partisans de Québec. Ils se privaient de vacances ou de changer leur auto pour s’offrir un billet de saison. Ce n’était pas comme à Montréal où de grandes corporations achetaient des billets. Je sentais que nos partisans sympathisaient avec moi, comme je sympathisais avec eux», conclut celui qui avait été congédié au terme de la campagne. 

Une triste valse de gardiens 

Rien ne définit mieux le caractère famélique de la saison des horreurs des Nordiques qu’un simple constat. Sept gardiens ont défilé devant le but et ce n’est pas une faute de frappe. 

Il y a d’abord eu le prétendu messie, Sergei Mylnikov. Le Russe s’était présenté au camp d’entraînement en se faisant davantage remarquer pour son gras de bébé que sa grâce sur glace. Il n’aura finalement disputé que 10 matchs, récoltant au passage sa seule et unique victoire par un beau 17 mars, six mois après ses débuts annoncés avec fracas. 

«Il avait quelques livres en trop, mais surtout, la communication avec lui était inexistante. Il ne faisait pas confiance à notre interprète, donc il avait amené le sien. Bref, il fallait être quatre dans mon bureau juste pour lui dire s’il allait "goaler" ou pas le soir», se rappelle Michel Bergeron en riant un peu jaune. 

Les poteaux ont aussi été gardés par quelques immortels comme John Tanner (1 match), Mario Brunetta (6 matchs) et Scott Gordon (10 matchs). À cette liste s’ajoute aussi l’inoubliable Greg Millen, qui s’était amené à Québec récalcitrant dans l’échange du défenseur Jeff Brown à St. Louis. 

Plutôt que de se concentrer à garder les buts, il s’était plaint qu’il entendait le bruit du vent de Québec dans ses fenêtres et avait refait ses valises en mars. 

C’est finalement Ron Tugnutt qui avait pris la pole en gardant 35 fois le filet. 

Fiset se souvient 

Pour compléter le groupe, il y avait de l’espoir en Stéphane Fiset, 24e choix au total par les Nordiques à l’encan de 1988. Il n’aura finalement disputé que six matchs avant d’être retourné aux Tigres de Victoriaville pour compléter son stage junior. 

«Je me souviens encore, Michel m’avait annoncé que je faisais le club en me demandant si j’avais de bonnes bottes d’hiver», raconte-t-il, amusé. 

«C’était vraiment particulier cette saison-là. On ne peut même pas se donner l’excuse des blessures. Personne n’était bon devant le but! Je voyais que l’équipe n’allait pas bien, mais j’étais sur le nuage de ma première saison dans la LNH.» 

Au final, le septuor de cerbères aura présenté une fiche globale de 12-61-7. 

Une étoile est née en Joe Sakic 

Dans toute période sombre, une parcelle de lumière permet de vivre d’espoir. En 1989-90, à Québec, la dose de positivisme est provenue de Joe Sakic avec son explosion de 102 points. 

Parmi tous les joueurs des équipes qui ont inscrit moins de 40 points dans des saisons de 80 matchs ou plus, il s’agit du plus haut total. 

Joe Sakic
Crédit photo : Photo d'archives, Rene Baillargeon

D’ailleurs, Michel Bergeron s’était fait un point d’honneur que son jeune attaquant de 20 ans atteigne le plateau des 100 points. 

«Après quelques dizaines de matchs, j’ai compris que c’était tout ce qui nous restait pour nous motiver. Tout le monde adorait Joe. Il était déjà un vrai gentleman», se souvient l’ex-pilote de cette saison de misère. 

Enfin un sauveur 

Évidemment, Sakic n’avait pas l’expérience à l’époque pour transporter le club moribond et le sortir du marasme. Son éclosion s’est toutefois avérée annonciatrice d’un salut à venir après des années de choix au repêchage dilapidés. 

En effet, sur les 60 joueurs sélectionnés par les Nordiques de 1983 à 1987, seulement cinq ont disputé plus de 100 matchs avec l’équipe. 

«On ne va pas pointer personne du doigt, mais disons qu’on a payé pour des années de repêchages difficiles», résume Steven Finn. 

«Ça nous a beaucoup ralentis comme équipe et les erreurs ont allongé la période de transition. Dans une saison comme celle-là, beaucoup d’insécurité se crée et ça devient chacun pour soi. Mais avec Joe, on savait au moins qu’on avait enfin trouvé le joueur autour duquel on pouvait bâtir. C’était sans équivoque.» 

Une course excitante 

Marc Fortier est pour sa part arrivé dans le giron des Nordiques au même moment que Sakic. Il a vite compris qu’en 1989-90, son coéquipier devenait la raison principale pour laquelle les spectateurs n’ont pas déserté le Colisée. 

«Joe était déjà totalement dominant. On voyait qu’il était plus qu’un bon joueur de hockey, c’était un joueur exceptionnel. La course aux 100 points est devenue excitante pour tout le monde. Il fallait quelque chose pour se raccrocher», affirme-t-il. 

Sakic a finalement disputé 508 rencontres avec les Nordiques, récoltant 626 points. Il a ensuite terminé sa carrière avec 13 autres saisons au Colorado, amassant 1015 points en 870 matchs. 

Les pires saisons de 80 matchs ou plus dans l’histoire de la LNH  

  • Capitals de Washington: 1974-75 (21 pts en 80 matchs) 
  • Sénateurs d’Ottawa: 1992-93 (24 pts en 84 matchs) 
  • Sharks de San Jose: 1992-93 (24 pts en 84 matchs) 
  • Nordiques de Québec: 1989-90 (31 pts en 80 matchs) 
  • Capitals de Washington: 1975-76 (32 pts en 80 matchs) 
  • Jets de Winnipeg: 1980-81 (32 pts en 80 matchs) 
  • Scouts de Kansas City: 1975-76 (36 pts en 80 matchs) 
  • Sénateurs d’Ottawa: 1993-94 (37 pts en 84 matchs) 
  • Penguins de Pittsburgh: 1983-84 (38 pts en 80 matchs) 
  • Thrashers d’Atlanta: 1999-2000 (39 pts en 82 matchs)