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Le jour où les Maple Leafs se sont trompés de défenseur

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Que ce soit en raison de leur défaite contre un chauffeur de Zamboni, de leur débandade au septième match de leur série contre les Bruins de Boston en 2013 ou de leur disette de 52 ans sans coupe Stanley, les Maple Leafs de Toronto ont souvent fait l’objet de moqueries, surtout à l’ère des réseaux sociaux.    

Mais il y a une histoire qui demeure inconnue auprès d'un grand nombre de partisans à Montréal. Une anecdote de hockey surréelle qui vaut la peine d’être racontée en ces temps de confinement.      

Le 1er juillet 2008, les «Leafs» prenaient une décision qui allait faire sourciller la planète hockey en accordant un contrat de quatre ans, d’une valeur de 14 millions $, à Jeff Finger, un défenseur qui, à 27 ans, n’avait joué que 94 matchs dans la Ligue nationale de hockey (LNH).    

Mais Finger était-il vraiment le défenseur auquel les Maple Leafs voulaient octroyer un contrat? On dirait bien que non. Aussi absurde que cela puisse paraître, tout indique qu’ils ont fait erreur sur la personne.    

C’est le blogueur Daniel Tolensky qui, à l’époque, avait fait ce constat. Tolensky avait pris connaissance des propos du directeur général des Maple Leafs, Cliff Fletcher, et il avait le pressentiment que quelque chose clochait.    

«Beaucoup de gens à Toronto me demandent : "Mais qui diable est Jeff Finger?", simplement car ils ne l’ont pas vu jouer, avait déclaré Fletcher. Mais l’entraîneur-chef de l’Avalanche du Colorado, Joel Quenneville, m’a dit qu’il était dans le top 5 des défenseurs de l’Ouest l’an dernier. Il a affronté les meilleurs joueurs de chacune des autres équipes. Ron Wilson [entraîneur-chef des Sharks en 2007-2008, embauché par les Maple Leafs par la suite] m’a dit qu’il était toujours sur la patinoire contre Joe Thornton. Idem avec Jarome Iginla à Calgary, ou les jumeaux Sedin à Vancouver. Quenneville a dit que Finger était son meilleur défenseur lors de la deuxième moitié de la saison.»    

Finger avait pourtant été laissé de côté cinq fois lors des séries de 2008...    

«Je ne vous dis pas des conneries, avait pour sa part assuré Wilson, il est le défenseur s’étant le plus amélioré à la fin de l’année dans l’Ouest. Il a reçu en moyenne 20 minutes par match cette saison et, lors des 30 premières rencontres, il n’en jouait pas plus de 10.»    

Or, lorsque Tolensky a compilé les statistiques, il a d’abord pu confirmer que la déclaration de Wilson était fausse : Finger recevait en moyenne 18 minutes lors des 30 premiers matchs, et 21 minutes dans les 42 derniers.    

Pour ce qui est des propos de Fletcher selon lesquels Finger était constamment déployé sur la patinoire pour se mesurer aux gros canons de l’autre équipe, c’est tout aussi faux. Mais cette déclaration aurait survécu à l'épreuve des faits si elle avait concerné un autre défenseur de l'Avalanche : Kurt Sauer. Tolensky a analysé un échantillon de 17 matchs que Sauer et Finger ont tous les deux disputés contre Thornton, Iginla et les jumeaux Sedin, les joueurs mentionnés par Fletcher. Conclusion: 62% du temps, Sauer affrontait ces joueurs étoiles, contre 22% pour Finger. 

Les Maple Leafs se sont-ils vraiment mépris sur l’identité du défenseur sous-estimé de l’Avalanche? Impossible de le confirmer, mais dans tous les cas, ils n'ont pas embauché le joueur qu'ils croyaient obtenir... En novembre dernier, Sportsnet n’avait pas manqué d’inclure cet épisode dans son palmarès des moments les plus gênants de l’histoire des Maple Leafs.    

Finger a disputé 105 matchs en deux saisons avec la formation torontoise avant de finir sa carrière dans la Ligue américaine.