Crédit : AFP

Golf

Le cœur à Augusta, les yeux sur l’avenir

François-David Rouleau

Publié | Mis à jour

Mercredi matin, Brigitte Thibault ne s’est pas réveillée aux aurores à Augusta, où elle devait s’élancer à la deuxième édition du Championnat amateur féminin de l’Augusta National. 

Non, elle a ouvert un œil à Rosemère, en fin de quarantaine, incertaine du sort de ce tournoi. Elle préfère cependant voir l’avenir avec optimisme.

Dans le tourbillon des dernières semaines, la pandémie de COVID-19 a tout englouti : sa deuxième participation à ce prestigieux championnat amateur et sa fin de saison prometteuse sur le circuit de la NCAA. Son passage à Augusta, elle ne l’avait pas volé. 

Il représentait une occasion en or d’évaluer les apprentissages des derniers mois. L’occasion de prouver au club de golf Champions Retreat, hôte des deux premières rondes, que la leçon à 1 M$ reçue l’an dernier, elle l’avait retenue.

«Je réalise l’ampleur de la situation, mais c’est difficile de croire qu’on ne dispute pas ce championnat à Augusta en raison d’un ennemi invisible. J’étais prête. J’avais corrigé et amélioré mon jeu. 

«J’arrivais sur une bonne cadence. J’avais fixé de grands objectifs. Ma famille devait être là à mes côtés. C’est un moment très étrange», a raconté Thibault en entrevue téléphonique avec Le Journal au même moment où elle aurait dû enregistrer son premier pointage, mercredi. 

Pour ajouter au supplice, le soleil aurait été au rendez-vous durant la totalité du championnat...

Meilleur arsenal

Ce qui ne tue pas rend plus fort, veut l’adage du philosophe allemand Friedrich Nietzsche. Il s’applique à merveille aux pensées de la golfeuse de 21 ans, qui ne s’apitoie surtout pas sur son sort en cette ère pandémique. Elle peaufine plutôt tout ce qu’elle peut dans son jeu.

«Je ne peux voir la remise du Championnat amateur féminin de façon négative. C’est plutôt une tape dans le dos pour continuer mon travail et ma progression. Quand ce sera le temps de jouer ce tournoi, j’aurai de nouveaux outils.»

«Ce temps additionnel m’ouvre les yeux sur l’avenir. Je suis aussi affectée que tout autre athlète dans le monde. Je ne suis pas heureuse de ne pas être à Augusta en ce moment. 

«Mais je dois rester positive. Je dois trouver les bénéfices au lieu d’attendre à ne rien faire.»

Débarquée de Fresno, en Californie, en ayant délesté une tonne de lingettes désinfectantes sur son chemin, elle terminera bientôt sa quarantaine.

Entraînement de fortune

Encabanée dans la maison familiale, elle a concocté un horaire jumelant son entraînement spécifique au golf et ses études en marketing sportif. Tout y passe, de son fer droit aux exercices avec ses chiens, Pablo et Maddie, sous les regards de l’oiseau nommé Sunshine! Elle doit occuper son esprit et garder sa motivation.

Pour s’y faire, elle ne veut surtout pas s’attarder aux ravages de ce satané coronavirus. Elle a quitté sa Californie ensoleillée, car elle ne pouvait plus vaquer à ses occupations. 

D’ailleurs, elle était laissée à elle-même si elle avait décidé d’y rester. C’était inutile de tenter de prolonger son entraînement pendant que les parcours fermaient les uns après les autres, d’autant plus qu’elle observait les États-Unis accumuler les retards face à la rapide évolution de la crise.

Thibault refuse de sombrer dans ce que lui réserve l’avenir à court, moyen ou long terme. Avec raison, il pourrait donner le vertige. Son cœur et ses yeux restent à Augusta jusqu’à ce que l’avenir la ramène sur les allées verdoyantes du mythique terrain.